Alpine ! Une marque qui a principalement fait rêver dans les années 60/70 aussi bien en rallye qu’en circuit mais l’engouement ne s’est jamais vraiment éteint même avec le temps. Lancé par Jean Rédélé avec comme feuille de route une frugalité ingénieuse, le constructeur dieppois est depuis bien longtemps associé à Renault. Tout le monde se souvient des Alpine-Renault en Endurance mais aussi de la Renault 5 Alpine sur les routes à un moment où avoir une bombinette n’était pas encore politiquement incorrect. A une époque où on nous parle de « vert » du matin au soir, relancer une marque sportive en France ne doit pas satisfaire tout le monde mais les passionnés de sport automobile sont ravis. Cela fait près de 40 ans qu’Alpine n’avait plus remporté un titre européen mais l’erreur est maintenant réparée avec une couronne European Le Mans Series grâce à Philippe Sinault et son équipe Signatech-Alpine. La structure berrichonne a fait briller les Bleus avec une Alpine A450 basée sur une ORECA 03. Les grincheux diront que ce n’est qu’une vulgaire ORECA 03 bleue mais qu’importe. On l’a déjà dit ici, le pari est gagné. Depuis la présentation du programme LMP2 en présence d’un certain Carlos Tavares sur le circuit du Mans, Alpine a été présent dans tous les médias alors qu’à Dieppe on n’a rien à proposer sur le marché pour le moment. On ferait bien de se réjouir de ce retour sur les pistes et au diable les détracteurs ! Pierre Ragues, Nelson Panciatici et Tristan Gommendy peuvent être fiers d’avoir porté le fameux « A » sur leurs combinaisons aux 24 Heures du Mans et en ELMS, tout comme Paul-Loup Chatin, que l’on verra à coup sûr à l’avenir dans les hautes sphères de l’Endurance.
Avoir un entretien avec celui qui gère Alpine n’est pas chose facile, non pas que Bernard Ollivier ne veuille pas parler, bien au contraire, mais l’homme fort d’Alpine a un vrai agenda ministériel, preuve de l’engouement pour la marque. Ironie du sort, Alpine a décroché le titre ELMS sur un meeting World Series by Renault. Entretien avec un homme heureux…
Vous avez vécu un beau week-end au Castellet…
« Lorsque nous avons lancé ce programme il y a six mois, on ne se doutait pas un instant de l’ampleur que cela aurait pu prendre. On vit des choses formidables. Nous sommes encore plus heureux maintenant que nous avons gagné. Nous avons bien conscience qu’il y avait beaucoup d’attentes. On l’a vu sur toutes les manches ELMS mais aussi et surtout aux 24 Heures du Mans. »
Vous êtes surpris de cet engouement ?
« Alpine, ça nous dépasse ! Tous les médias en ont parlé et pas seulement ceux qui traitent de l’automobile. Il y a eu Les Echos, Le Figaro et même la Une de l’Express. Vous vous rendez compte ce que cela signifie. Alpine a toujours eu cette proximité et cette familiararité. C’est le petit poucet qui a mangé les gros. Chez Alpine, on aime les astucieux. Lorsqu’il a fallu aller discuter avec l’Etat des aides que nous pourrions avoir, il a bien fallu expliquer que nous allions valoriser la technologie française. Alpine fait partie des trois marques qui vivent et qui ont vécu par et pour la compétition. Les deux autres sont Porsche et Ferrari. De belles références ! Il y a une relation plus qu’étroite entre la série et la course. Cela nous permet de parler de l’histoire. Nous allons sortir la Berlinette du XXIème siècle et les clients achèteront les gênes de la marque. »
Alpine est tout de même résolument tournée vers l’avenir ?
« Le challenge est de ne pas être esclave du passé. Nous voulons faire du moderne. Alpine a toujours été une marque innovante. Pour le futur d’Alpine en compétition, le résultat du championnat ELMS devrait bien entendu favoriser les choses. Il ne faut pas oublier que la situation économique n’est pas encore au beau fixe et il convient de ne pas faire n’importe quoi. Pour le moment, nous n’avons rien à vendre car l’auto doit sortir d’ici trois ans. Il est clair que nous voulons être en compétition la saison prochaine. L’idée est d’aller en Championnat du Monde d’Endurance sachant que tout est une histoire de budget. Nos ambitions sont liées au plan financier. Ce qui est positif, c’est que nos partenaires sont heureux. »
En 2014, l’Alpine A450 aura un look différent ?
« L’Alpine A450 sera encore plus une Alpine au fil du temps. Cette année, elle était très ORECA et peu Alpine mais il est prévu de faire évoluer les choses. Dans le passé, il y a eu 55 Alpine « usine » aux 24 Heures du Mans, dont huit sur la même édition. »
On devrait donc voir deux belles bleues la saison prochaine avec pourquoi pas une Alpine A450 en Championnat du Monde d’Endurance, une en European Le Mans Series et deux aux 24 Heures du Mans. Chez Alpine, on travaille sur un programme global, toujours sous la coupe de la structure Signatech-Alpine. Il faut juste souhaiter que les dirigeants de Renault ne viennent pas mettre un frein budgétaire au développement d’Alpine en compétition maintenant que Carlos Tavares a quitté l’entreprise. Si ce dernier a nettement œuvré pour ce retour d’Alpine, il ne faut pas oublier Philippe Sinault qui lui aussi va bien dans le moule de la frugalité ingénieuse. Après avoir été le premier à croire que mettre des « gamers » sur les plus belles courses d’endurance du monde était possible, c’est aussi lui qui a cru dans ce programme Alpine. Vivement 2014 !