Un petit contingent français était présent à Goodwood, au nombre desquels, aux côtés de spécialistes des véhicules historiques de compétition tels que Claude Nahum ou Bernard Nahum, des jeunes retraités comme Jean Alesi, on comptait des pilotes en activité comme Romain Dumas Nicolas Minassian ou Stéphane Peterhansel, mais aussi des constructeurs comme Yves Courage et Henri Pescarolo, qui reprenaient le volant le temps d’un week-end.
Henri et Yves ont gentiment accepté de nous donner leurs impressions.
Henri Pescarolo : « C’est vraiment exceptionnel. L’ambiance était vraiment fantastique, avec des spectateurs passionnés. Je crois qu’il y a eu 160 000 spectateurs pendant les trois jours. De plus, pratiquement tous respectaient les codes vestimentaires. C’était vraiment fantastique.”
Tu as couru dans le Whitsun Trophy la course réservée aux Ford GT40. Il y avait du beau monde au départ, avec Emanuele Pirro, Andy Wallace, Adrian Newey…
« Oui, c’était un plateau tout à fait remarquable. Seulement, il y avait une grande différence entre les voitures. Entre la notre et celle des plus rapides, il y avait au moins 90 chevaux d’écart à leur avantage, si bien qu’ils nous passaient en ligne droite comme des balles. C’est souvent le problème en Historique où il y a souvent du laisser-aller au niveau de l’observation des règlements. C’est souvent une question de préparateurs. »
Qui était ton équipier ?
« C’était Fabien, le fils de Robert Sarrailh (ex-patron des ascenseurs ATS et de l’Ecurie ATS), mon ami de longue date. Fabien vient de l’Auto Sport Academy. »
Tu as aussi couru dans le Tourist Trophy -la RAC TT Celebration-…
« Oui, j’ai couru avec la Ferrari 250 GT de Vincent Gaye, une magnifique Ferrari grise à parements jaunes aux couleurs de l’Ecurie Belgique. Vincent Gaye court régulièrement dans des épreuves comme Le Mans Classic. Le plateau pilotes était dige du Mans, avec Tom Kristensen, Romain Dumas, Nicolas Minassian, Andy Wallace, Derek Bell et bien d’autres. C’était une course fantastique, avec des attaques sans arrêt. On a même eu droit pendant la course à une averse incroyable qui a noyé la piste, c’était difficile de rester dessus. C’est là que je me suis dit que lorsque j’ai piloté la Matra au Mans en 1968 sans essuie-glaces et sous une pluie battante, que j’avais dû être un peu fou… »
« Il est très rapide et dangereux. Il est construit sur un ancien aérodrome. Si tu sors de la trajectoire, tu mords sur l’herbe qui est souvent très mouillée et tu peux partir dans les fascines, comme dans le temps au Mans. Comme les sorties se font à haute vitesse, il y a souvent beaucoup de dégâts sur les voitures, et comme il y a beaucoup de bagarre… »
Goodwood Revival, c’est très différent de Le Mans Classic ?
« Oui, il y a de grosses différences. A Le Mans Classic, les concurrents paient leurs engagements et tous les frais. A Goodwood, Lord March, le propriétaire de Goodwood, invite des pilotes de renom, actuels et anciens, et les propriétaires des voitures font équipe avec un de ces pilotes, patrons d’écurie ou designers sur leur propre voiture. Cela permet d’avoir des gens comme Jackie Stewart, John Surtees, Stirling Moss, toujours en forme, Kristensen, Bell, Gavin, Schuppan, Dumas, Mass, Pirro et de nombreux autres, et ça marche, vu le nombre de spectateurs.
De plus, les courses sont vraiment très disputées, avec un niveau de pilotage relevé. Les propriétaires ne se soucient pas trop de la valeur de leurs voitures et courent à fond. C’est parfois très chaud. Nicolas Minassian s’est fait sortir deux fois pendant le week-end. La première fois, c’est Derek Bell qui a fait un tête-à-queue devant lui et Minassian n’a pu l’éviter, la deuxième il s’est fait sortir par une Cobra… Le Goodwood Revival, c’est vraiment du grand spectacle et une superbe ambiance. »
Yves Courage est tout aussi laudatif sur le meeting. Il a lui aussi couru dans le Whitsun Trophy, avec comme équipier son associé de Courage Classic, Alain Schlesinger.
Yves, quelles sont tes impressions ?
« C’est réellement fantastique. L’ambiance est réellement incroyable. On sent qu’il existe vraiment une alchimie particulière entre l’aviation, l’après-guerre, la passion pour le sport automobile et les belles mécaniques. C’est vraiment assez unique. Sur le plan du pilotage, j’ai quelque regrets puisque, comme tu le sais, je n’ai pas pu rouler en course. C’est Alain Schlesinger qui a pris le départ et très vite on a cassé des goujons d’échappement qui ont contraint Alain à l’abandon… »
C’est la première fois que tu venais à Goodwood ?
« Curieusement, oui, c’était la première fois. J’ai vraiment été emballé. J’espère que ce ne sera pas la dernière…Nous avons été invités pour disputer l’année prochaine la fameuse Course de Côte, la Hillclimb, lors du Festival of Speed en juillet et je pense que nous y serons. »
Henri disait qu’il y avait des écarts importants au niveau des moteurs…
« Enormes, énormes…Déjà, nous on avait une GT40 de route, qui pesait 150 kilos de plus que les GT40 de course. Nous avions un moteur 4,3 litres alors que de nombreuses autres Ford avaient un 7 litres, donc ce n’est pas la même chose… »
De plus, de nombreux pilotes sont des habitués de la GT40 en Historique..
« C’est vrai, mais pas seulement pour la course des GT40. J’ai vraiment été sidéré par l’attaque. C’est de la vraie course et les spectateurs vibrent. Il y avait du monde partout, même quand il a plu vraiment très fort, les spectateurs restent.
Je ne suis pas sûr qu’on pourrait dupliquer Goodwood en France, car presque tous les spectateurs sont habillés dans le style de l’après-guerre, ils respectent l’esprit du meeting. Ils ont vraiment le culte des héros, c’est vraiment très différent de la France. C’est un week-end vraiment très agréable. »
Nous remercions vivement Henri et Yves ainsi que Madie Pescarolo.
