Un petit tour et puis s’en vont. Voilà comment nous pourrions résumer la présence des Porsche RS Spyder en Le Mans Series. Les prototypes allemands ont tout raflé en 2008 et elles ne participeront plus à l’intégralité du championnat cette saison. Seuls les teams Essex et Goh feront une apparition lors des 1000km de Spa. Pendant que le chat n’est pas là, les souris dansent… et elles sont nombreuses. Pas moins de sept marques seront représentées : Lola, Pescarolo, Radical, Courage-Oreca, WR, Ginetta-Zytek et Lucchini. Voilà qui offre au plateau une belle diversité, et une grande quantité puisque 15 LMP2 seront au départ. Désuète il y a quelques années, la catégorie fait désormais le plein et c’est tant mieux.
Lola
Avec pas moins de cinq châssis, Lola est en supériorité numérique. Il est clair que le constructeur britannique est particulièrement attendu en 2009. Avec la B08/80 du Speedy Racing/Team Sebah, Lola a montré l’an dernier que sa dernière arme était une vraie pépite. Un diamant à l’état brut serait-on tenté de dire, qui doit encore être poli. Car si le potentiel du Coupé est évident, il ne l’a que trop rarement concrétisé en 2008, la faute à une fiabilité précaire. Logique pour une nouvelle voiture. La deuxième saison doit être la bonne, d’autant que les RS Spyder ne sont plus là. Pour atteindre un objectif élevé, le titre, Lola peut compter sur quatre teams : RML, Speedy/Sebah, Racing et KSM.
RML
Lola B08/86-Mazda n°25 – Erdos/Newton
Parmi ces équipes, RML est certainement celle qui possède le plus d’expérience. Victorieuse en Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans en LMP2, la structure anglaise a vécu un dernier exercice difficile, avec notamment des problèmes récurrents de moteur, semble-t-il causé par l’essence. Le châssis, B05/40, était en bout de développement, tout comme le 4 cylindres turbo AER. Pour la première fois depuis plusieurs années, RML a donc changé tout son package : la Lola a désormais un toit et elle est propulsée par Mazda. On conserve donc une certaine continuité, avec des partenaires connus. Idem du côté des pilotes, les indéboulonnables Mike Newton et Tommy Erdos étaient toujours au rendez-vous.
Sera-ce suffisant pour retrouver le sommet de la hiérarchie ? Oui et non à première vue. Le coupé Lola a toutes les qualités pour gagner, c’est un fait. Mais quid du moteur ? Les pilotes qui ont l’occasion de rouler avec ont toujours souligné sa bonne puissance et son couple impressionnant. Mais le Mazda a encore beaucoup de choses à prouver. Au Etats-Unis, il a souffert de la comparaison avec les Porsche et les Acura, même très récemment lors des 12 Heures de Sebring. La fiabilité n’est pas encore parfaite, et sans ce paramètre, difficile de décrocher de bons résultats. Du côté des pilotes, Erdos est une valeur sûre, tandis que Newton est un bon gentleman. Mais les équipages adversaires sont de plus en plus professionnels, alors…
Speedy Racing/Team Sebah
Lola B08/80-Judd n°33 - Kane/Leuenberger/Pompidou
Alors pour le rôle du favoris, on se tournera plus volontiers vers le Speedy Racing/Team Sebah. L’équipe est la seule à déjà connaître son package. Un atout non négligeable, cela ne fait aucun doute. En plus de la B08/80, Speedy/Sebah peut compter sur le Judd DB. Dès sa première saison, le V8 développé par la structure de John Judd a montré toutes ses qualités, y compris une bonne fiabilité. Le team a profité de l’hiver pour peaufiner les moindres détails, notamment sur le plan électronique/électrique qui avait causé quelques ennuis en 2008.
Outre l’expérience emmagasinée, Speedy/Sebah peut compter sur un trio de pilotes particulièrement homogène. La rapidité de « notre » Xavier Pompidou n’est plus à démontrer. Celle de Jonny Kane n’ont plus d’ailleurs. Après un passage chez Embassy l’an dernier, l’Anglais poursuit sa présence en LMP2. Il apportera un excellent coup de volant et une grande expérience. Quant à Benjamin Leuenberger, il revient en prototype après avoir piloté pour Speedy en GT2. Les trois hommes ont donc déjà une expérience des protos. Et comme ils sont également tous passés par la case GT2, le trafic ne devrait par leur poser trop de problèmes. Sur le papier, les qualités sont nombreuses. A confirmer sur la piste.
Racing Box
Lola B08/80-Judd n°29 – Francioni/Ceccato/Piccini
Lola B08/80-Judd n°30 – Biagi/Bobbi/Piccini
Racing Box sera l’un des rares teams à aligner deux voitures en LMP2. L’équipe italienne a mis les petits plats dans les grands pour cette saison placée sous le signe de la revanche. Personne n’a en effet oublié les péripéties vécues l’an dernier avec la Lucchini. Changement de décor en 2009, avec deux coupés Lola. Voilà qui tranche singulièrement. Racing Box a misé sur un package identique à celui de Speedy/Sebah : châssis B08/80, moteur Judd DB et pneus Michelin. Difficile de faire mieux.
Au niveau des trios qui se relayeront dans les deux baquets, ils sont certes 100% transalpins mais ont été composés selon deux philosophies totalement différentes. La n°30 est clairement la voiture de pointe avec un équipage très typé GT : Bobbi/Piccini/Biagi. Si l’adaptation au proto fermé se fait rapidement, aussi bien pour le team que pour les pilotes, voilà qui peut faire sacrément mal ! Pour la voiture sœur, la n°29, la donne est différente : Francioni/Ceccato/Piccini forme un trio moins homogène et moins expérimenté. Mais après tout, si cette voiture passe au travers des embûches, elle pourrait bien tirer son épingle du jeu.
KSM
Lola B07/86-Mazda n°39 – Marsh/Noda/Sini
Dernier représentant de Lola, Kruse-Schiller Motorsport sera le seul à aligner une barquette. L’écurie de Kai Kruse et Hardy Schiller devait initialement engager un coupé, mais la suite des événements en a décidé autrement. KSM sera toujours motorisé par Mazda, mais le team allemand ne sera plus seul à défendre les couleurs de la firme nippone. Côté pneumatiques, Dunlop sera toujours le fournisseur. Le package n’a donc pas sensiblement évolué, hormis le kit-aéro adapté au règlement 2009. En cette saison où les nouveautés sont nombreuses, miser sur la continuité pourrait être un choix payant.
Au volant, il y a en revanche plusieurs changements, si bien qu’Hideki Noda est le seul à rempiler. Le Japonais, dont on connaît la pointe de vitesse, sera le capitaine de route du trio. Ses deux partenaires n’ont pas ou peu d’expérience en Protos. Respectivement vus en GT et en Radical Cup, Matthew March et Francesco Sini n’ont fait que deux séances avec la Lola-Mazda, une en août dernier, une autre récemment à Magny-Cours. Barcelone devrait donc être synonyme d’apprentissage pour les deux hommes. Face à des voitures de dernière génération, KSM optera certainement pour la régularité. L’essentiel sera donc de se tenir écarté des problèmes et profiter des pépins rencontrés par les autres concurrents.
(Ginetta) Zytek
Avec le forfait de Barazi-Epsilon, Zytek a perdu l’un de ses représentants et non des moindres puisque l’équipe de Michel Lecomte avait apporté au constructeur britannique ses premières victoires avec la 07S/LMP2. Zytek devra donc se contenter du Quifel-ASM Team et G.A.C Racing Team du côté des châssis en piste, tout en motorisant WR. Les objectifs sont bien évidemment différents pour ces trois entités.
Quifel-ASM Team !
Ginetta-Zytek 09S/2 n°40 – Amaral/Pla
Après avoir brillé en 2006 et 2007, Quifel-ASM a vécu une saison frustrante avec un podium lors de la finale du championnat à Silverstone. Podium qui restera le seul pour une Lola B05/40 et pour le moteur AER. Le châssis était encore compétitif, mais pas le 4 cylindres turbo, si bien que l’équipe portugaise a décidé de faire sa révolution. Un constructeur britannique en remplace un autre, avec l’arrivée de la Ginetta-Zytek. Avec la 09S/LMP2, Quifel-ASM tient un bolide dont il faudra se méfier. De tout temps, les Zytek ont été compétitives. On se souvient notamment de la période avec Hayanari Shimoda au volant. Certes, c’était en LMP1. Mais en LMP2 aussi, Zytek a eu l’habitude de briller, notamment en 2007 avec un doublé à Silverstone. 2008 a été plus décevant et, désormais associée à Ginetta, la structure managée par Trevor Foster a aiguisé son arme. Le dernier Petit Le Mans nous avait donné une petite idée du potentiel de la bête. Les Essais Officiels ont confirmé le bien que l’on pensait de la 09S, Olivier Pla réalisant le meilleur temps des tests avec un chrono plus rapide que celui établit par la RS Spyder douze mois plutôt.
Voilà qui a le mérite d’être clair : il faudra compter sur Quifel-ASM. Reste la question des gommes : les Dunlop seront-ils aussi constants dans la performance que les Michelin ? En cette année de changement réglementaire, la réponse aura son importance. Quant aux pilotes, Olivier Pla a montré qu’il s’était rapidement adapté à l’Endurance. Motivé comme jamais, il sera à n’en pas douter l’un des grands protagonistes cette saison. Quifel-ASM poursuivant sa philosophie d’un tandem Pro-Am, le rôle de Miguel Amaral sera important. Le gentleman-driver portugais a montré des progrès intéressants durant l’hiver, mais pourra-t-il résister suffisamment face à des équipages plus équilibrés ? Barcelone nous donnera un première idée…
G.A.C. Racing Team
Zytek 07S n°41 – Ojjeh/Gosselin
Après une saison sous le nom de Trading Performance en 2008, c’est désormais sous la bannière du G.A.C. Racing Team que la Zytek n°41 sera alignée. Karim Ojjeh et Claude-Yves Gosselin seront toujours partenaires dans le baquet de cet 07S première génération. Le package n’en reste pas moins de qualité, avec un excellent châssis et un bon moteur. L’équipe suisse tentera de porter haut les couleurs du Gstaad Automobile Club, avec pour mission de rallier l’arrivée sans rencontrer le moindre problème. Face à des adversaires coriaces, la régularité sera le principal atout du duo, qui aura pour objectif de récolter un maximum de places d’honneur. Et plus si affinités…
WR
WR LMP2008 – Gommendy/Salini/Salini
Le doute a plané sur la présence de WR mais l’équipe française sera finalement de la partie. Non sélectionné par l’ACO pour les 24 Heures du Mans, qui l’a placé sur la liste de réserve, WR n’a pas caché sa déception après un hiver studieux. A tel point que les protégés de Gerard Welter n’ont pas participé aux Essais Officiels des Le Mans Series. Mais ils seront bien au départ des 1000km de Catalunya, avec les frères Salini et Tristan Gommendy. La LMP2008 a subit un certain nombre d’évolution compte tenu de la réduction de taille de l’aileron arrière tout en profitant du travail de développement effectué par Tristan Gommendy. Des progrès sont donc attendus pour cette voiture qui a souffert en 2008. La première épreuve à Barcelone devrait être riche en enseignements !
Pescarolo
OAK Racing
Pescarolo-Mazda n°24 – Nicolet/Hein
Pescarolo-Mazda n°35 – Lahaye/Ajlani
L’hiver a été synonyme de changement pour le Saulnier Racing, désormais appelé OAK Racing. Le nom du team n’est pas la seule chose à avoir changé. Exit le Judd DB, bonjour le moteur Mazda, avec un soutien intéressant de la part de Mazda France. Terminés également les pneus Michelin, remplacés par des Dunlop. Et enfin, fini l’engagement dans deux catégories, place à un double engagement en LMP2. Voilà qui fait beaucoup de nouveautés pour Jacques Nicolet et ses hommes.
Le fait d’avoir deux voitures en LMP2 sera à n’en pas douter un avantage. En terme d’exploitation tout d’abord : pour l’équipe, la gestion sera facilité. En terme de stratégie également : le OAK Racing pourra mettre ses œufs dans des paniers différentes. Seul inconvénient dans l’histoire, il faut réapprendre. Le moteur doit être développé, tandis que les gommes doivent être adaptées au châssis Pescarolo (bien que Rollcentre roulait déjà en Dunlop en LMP1). Mais comme l’a dit Jacques Nicolet, l’équipe voit plus loin que 2009. On peut alors imaginer que la saison à venir servira d’apprentissage pour l’année suivante. Les chronos du Test Day en témoignent.
Au niveau des pilotes, le patron sera toujours associé à Richard Hein. Pierre Ragues étant parti en LMP1, Matthieu Lahaye a perdu son coéquipier. Il faudra donc reconstituer une paire qui fonctionnait à merveille. Il partagera désormais son baquet avec Karim Ajlani. Agé de 33 ans, le Suisse a multiplié les expériences en monoplace, avant de rouler en VdeV, sur Ligier. Barcelone marquera donc un certain pas dans l’inconnu pour le OAK Racing, seul représentant du clan Pescarolo en LMP2.
Courage-Oreca
Pegasus Racing : Courage-Oreca LC75-AER n°38 – Schell/Thirion
Ibane Racing Service : Courage-Oreca LC75-AER n°28 – Ibanez/Cavailhes/Da Rocha
Deux LC75 au départ, voilà une chose à laquelle on ne s’attendait pas forcément à l’issue de la dernière saison. Et finalement, la LMP2 française, absente en 2008, va faire son retour. Tout d’abord sous les couleurs du Pegasus Racing, qui après avoir tout gagné en VdeV va mener les deux programmes de front. Le défi est de taille pour l’équipe alsacienne, qui doit découvrir le LMP2, avec un châssis que l’on peut considérer d’ancienne génération. Le moteur, lui aussi, n’est pas tout jeune. Quant aux pneus, cela fait partie des nouveautés : Avon débarque, avec tout le développement que cela suggère. Les débuts ne seront peut être pas faciles mais, associé à Philippe Thirion, Julien Schell devrait pouvoir faire quelques coups d’éclat.
IRS, pour Ibanez Racing Service, est l’un des invités de dernière minute. On attendait le team de José Ibanez en VdeV, en championnat SPEED et en Formula Le Mans. Il sera finalement présent dans ces trois disciplines… et en Le Mans Series. Riche programme en perspective pour l’un des grands animateurs du VdeV ! Pour ses débuts en LMP2, IRS misera sur le même package que Pegasus, à savoir une Courage LC75 à moteur AER. Différence notoire, les pneus : la n°28, ex-châssis Saulnier Racing, sera en effet chaussée en Dunlop. Aux commandes, le patron sera épaulé par William Cavailhes et Frédéric Da Rocha. Notons qu’avec Jacques Nicoles, les frères Salini et Pegasus, ce sont plusieurs teams passés ou encore présents en VdeV qui ont suivit une trajectoire identique.
Radical
Bruichlladish-Brunau : Radical SR9-AER n°26 – Bruneau/Greensall/Moseley
La Radical SR9 rempile pour une nouvelle saison, avec des objectifs relativement modestes. Qu’il semble loin le temps où cette voiture, alignée par Rollcentre, s’annonçait comme l’une des futures stars du LMP2. Les années ont passé et la SR9 n’a jamais vraiment confirmé les espoirs placés en elle. Elle s’est petit à petit installée dans le peloton qui vise simplement le drapeau à damiers. Pour cela, il faudra d’abord régler les problèmes de moteur causés par l’essence, le AER n’ayant pas supporté les changements de caractéristiques opérés l’an dernier. Les tests hivernaux ont semble-t-il été plutôt positif, y compris au niveau de l’équilibre de la voiture, qui paraît bien réagir au petit aileron.
Côté nouveauté, Bruichlladish ne sera plus seul. L’équipe de Tim Greaves sera désormais associée au PIR Compétition de Pierre Bruneau. Ce dernier retrouvera d’ailleurs le volant, après une saison passée à nouer des liens avec le team, alors que son fidèle compère, Marc Rostan, évoluait dans le bac de la Radical. Pierre sera associé à Nigel Greensall, dont il se murmure qu’il pourrait aligner une SR9 lors des prochaines épreuves. Stuart Moseley, qui connaît bien le proto britannique épaulera les deux hommes. Un équipage qui connaît bien les astuces des Le Mans Series et qui tentera donc de tirer son épingle du jeu lorsque l’occasion se présentera. Face à une adversité féroce, il ne faudra pas raté la moindre opportunité. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter aux « Bru&Bru », que nous suivrons tout particulièrement. Nous vous en reparlerons…
Lucchini
Ranieri Randaccio : Lucchini-Nicholson McLaren n°42 – Randaccio/Gianmaria
Q8 Oils hache Team : Lucchini-Judd n°43 – Moncada
Après les difficultés rencontrées l’an dernier avec Racing Box, on ne s’attendait pas à revoir les Lucchini en piste. Elles seront pourtant au nombre de deux, engagées par Ranieri Randaccio et Q8 Oils Hache Team. Quelles peuvent être les ambitions de ces teams ? Bien minces à priori, même si nous n’en savons que très peu sur les évolutions apportées ou non par Lucchini durant l’hiver.
La LMP2 italienne a rarement, pour ne pas dire jamais, été dans le coup. Les changements réglementaires ne devraient pas aider, tout en sachant que cette voiture ne s’est pas montrée particulièrement fiable. Qu’importe, Ranieri Randaccio a décidé de revenir dans la série avec son habituel châssis, toujours propulsé par le moteur Nicholson-McLaren. Le patron fera équipe avec Raffaele Gianmaria et, compte tenu du package, rallier l’arrivée sera déjà une belle performance. Situation similaire pour Q8 Oils Hache Team. Seul le moteur est différent, l’équipe espagnol faisant confiance au Judd. Il s’agit en fait de l’auto alignée par Racing Box l’an dernier. A l’heure où ces lignes sont écrites, seul Enrico Moncada est confirmé au volant, pour ce team qui sera le seul « local de l’étape ». Ces deux Lucchini apporteront de la quantité et de la diversité à un plateau qui n’en manque pas. Après tout, c’est aussi ça l’endurance : des teams privés pour qui l’essentiel est de participer.
Anthony Megevand








