Des Gentlemen qui tiennent l’Endurance…
On l’a dit et répété, l’Endurance ne tient pas grâce aux constructeurs mais bien par la présence de gentlemen qui mettent des euros non négligeables sur les grilles de départ. Les 24 Heures du Mans n’échappent à la règle si bien que les gentlemen sont chaque année de plus en plus nombreux. Là aussi il ne faut cracher dans la soupe. Sans gentlemen, notre discipline favorite ne serait guère reluisante. Oui les gentlemen peuvent prendre la place de pilotes professionnels mais combien paient pour faire rouler des pros. Que ce soit du côté de l’ACO ou de SRO, on se plaît à avoir une cohabitation Pro/Am et on espère qu’elle durera le plus longtemps possible. Si l’on prend l’exemple du Mans, ces dernières années n’ont guère été favorables aux gentlemen suite aux sorties impliquant notamment deux pilotes Ferrari. Il est toujours plus facile de critiquer derrière son écran d’ordinateur que d’être dans la voiture. Il est aussi vrai qu’il ne faut pas accepter n’importe quoi et bien faire attention à ce qu’un baquet pour Le Mans ne s’achète pas comme une vulgaire baguette de pain. Une obligation de prendre part à une manche préparatrice pour tout rookie est peut-être une piste à étudier. Au moins trois équipages étaient composés cette année de vrais gentlemen dont deux ont rallié l’arrivée. On ne peut pas demander à des rookies roulant sur une Lola B11/40 d’un autre âge de tourner en 3.45 au tour. Le jour où les gentlemen seront trop montrés du doigt, ils iront investir ailleurs. Cette réflexion est valable pour tous les championnats mixant Pro/Am. Il n’y a guère que les VdeV Endurance Series qui ont freiné l’escalade des coûts même si Stéphane Ratel a obtenu le gel des évolutions sur ses GT3.
La loi des séries…
Les accidents mortels sont devenus rares en sport automobile et on ne peut que s’en féliciter. Pourtant « Motorsport is dangerous » comme le rappellent les pass des médias. Le décès d’Allan Simonsen a plombé l’ambiance d’une édition du 90ème anniversaire qui se voulait être une fête. Comme près de la totalité des accidents de la route, la sortie de piste du Danois est due à une multitude de facteurs : un pilote en pleine attaque au milieu d’une meute de GTE-Pro, une piste encore glissante après une averse, une dérobade de l’Aston Martin sur une bande bleue et un arbre très mal placé. L’arbre étant situé près du rail, ce dernier n’a pas pu faire son effet à 100%. On ne va surtout pas se risquer à donner une quelconque responsabilité à qui que ce soit car nous ne sommes pas experts en la matière. Une glissière basse Armco est éprouvée pour résister à une force de choc de 152 kN, soit l’équivalent d’un véhicule de 1,5 tonnes qui roule à 16 km/h. Lors du meeting Blancpain Endurance Series du Castellet, nous sommes allés voir de près les fameux rails Tecpro. Le circuit varois a été précurseur en la matière avec la mise en place de ce type de rails il y a plusieurs années. Pour ceux qui ne sont pas familiers du produit Tecpro, ce bloc technique est rempli de mousse souple injectée avec en prime une feuille métallique placée au centre et qui renforce le plot. Ses principales qualités sont un pouvoir d’absorption important et une nette diminution des « G » d’impact. Le bloc Tecpro ne peut être traversé par un véhicule (test effectué à 218 km/h). La disposition des barrières s’étudie en fonction de la vitesse d’impact d’un véhicule.
La sécurité sur les circuits a été nettement améliorée ces dernières années tout comme les habitacles des autos. Tout n’est pas parfait comme l’a montré cette fameuse « astroturf » qui a causé bien des dégâts, Guillaume Moreau en étant le parfait exemple. Cependant, les accidents graves qui étaient monnaie courante dans le passé sont devenus exceptionnels mais cela nous rappelle que le risque zéro n’existe pas. Andrea Mamé en a fait la triste expérience fin juin au Castellet où l’Italien est allé taper le mur en béton au départ lors d’une course de Lamborghini Blancpain Super Trofeo.
On peut toujours améliorer la sécurité sur les circuits mais on ne pourra jamais les rendre sûrs à 100%. Ce principe s’applique également à la route et aux habitacles des autos. La sécurité active (tout ce qui est mis en place pour éviter qu’un accident se produise) a bien progressé tout comme la sécurité passive (ensemble des éléments mis en place pour réduire la gravité des accidents). Les ailerons de requins ont été rendus obligatoires pour limiter les envols et non les éviter. On aura beau prendre toutes les précautions, faire tous les calculs possibles, chaque accident est différent et si imprévisible.
Neutralisation et coup de gueule…
Dans une bonne semaine, nous serons aux 24 Heures de Spa pour une édition qui devrait une nouvelle fois alternée pluie et soleil, sans quoi Spa ne serait plus Spa. On a eu des 24 Heures du Nürburgring amputées d’une bonne partie et les 24 Heures du Mans n’ont guère été épargnées sur le sujet. On ne sait pas ce qui nous attend à Spa sur le plan de la météo mais on va tout de même anticiper les choses. Il est loin le temps où l’on roulait par tous les temps, tous les vents. On ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque et ce n’est pas quand il y a un problème qu’il faut se dire : « si on avait su. » Prendre la décision d’interrompre une épreuve n’est pas une chose facile mais la sécurité prime avant tout, qui plus est dans des courses associant Pro/Am. N’est pas Maxime Martin qui veut…
On va tout de même adresser un coup de gueule estival. Ce n’est un secret pour personne que la France n’est pas (plus) le pays de l’automobile. Il suffit qu’un accident mortel arrive durant l’une des plus grandes courses automobiles du monde pour qu’il se dise tout et n’importe quoi. Non Allan Simonsen n’était pas un pilote amateur, et ce même s’il évoluait en GTE-Am. On sait bien que les différentes catégories sont incompréhensibles pour les non-connaisseurs mais quand même. Que cela concerne les médias généralistes, passe encore mais on ne peut pas avancer n’importe quoi devant une caméra de télévision même quand on possède une carte de journaliste. Pour notre part, nous avons toujours trouvé que ce nom GTE-Am était inopportun. On a encore en mémoire un pilote réputé venir nous dire qu’un partenaire ne voulait pas le suivre pour du GTE-Am car le terme « Am » était trop réducteur. GTE-Pro-Am serait certainement plus judicieux. Sur un plan plus positif de la médiatisation, on retiendra un Grand Journal sur Canal + où les 24 Heures du Mans ont été mis à l’honneur.
Malgré tout, nous sommes confiants sur l’avenir de notre discipline favorite, le sport automobile ayant toujours été cyclique. Il y a toujours eu des hauts et des bas. Il reste encore des domaines à explorer si bien que l’on va voir sous peu des courses en ville. On ne parle pas de Baku mais bien de la Formule E. Il est impossible de nos jours de voir une course de GT au beau milieu d’une capitale européenne. Mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. L’ACO a mis le doigt sur les nouvelles technologies et c’est tant mieux. Le règlement 2014 devrait permettre aux ingénieurs de se creuser encore plus les méninges. Il reste maintenant à attendre de voir quel va être l’avenir du GTE. Plusieurs projets sont en stand by. Même si les GTE sont basées sur un règlement technique bien défini, la Balance de Performance régit les autos au gré des courses. Il en va de même en GT3. Preuve que l’Endurance est toujours dans une phase ascendante, vous êtes toujours de plus en plus nombreux à nous lire quotidiennement. La meilleure des récompenses…
Laurent Mercier