Le Mans

Présent et avenir de Michelin en Endurance avec Pascal Couasnon.

thumbnail
0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

A la tête du service Michelin compétition depuis maintenant plus d’un an, Pascal Couasnon est un homme très pris du fait de l’engagement du manufacturier clermontois aux quatre coins du monde. Deux semaines après avoir suivi de près les 24 Heures du Mans où Michelin s’est assuré de nouvelles victoires avec Audi, Strakka Racing, Porsche AG Team Manthey et IMSA Performance Matmut, le responsable de la compétition chez Bibendum était au Val de Vienne pour suivre les concurrents du Championnat de France GT où Michelin est partenaire de la série. Que ce soit sur la scène nationale que mondiale, l’objectif est le même : donner aux équipes des pneus performants qui durent le plus longtemps possible tout en réduisant le nombre de gommes. Il était donc important d’aller questionner Pascal Couasnon sur divers sujets : GT Tour, Le Mans avec le Michelin Total Performance, le pneu LMP1 2014, l’USCR, le SUPER GT, les VdeV Endurance Series, l’avenir, mais aussi la Formule 1.

 

Laurent Mercier : C’est votre première visite au Championnat de France GT ?

Pascal Couasnon : « Oui car les calendriers sont bien chargés. Il est important pour moi de me rendre sur le terrain. Le Championnat de France GT est d’un très haut niveau avec des équipes et pilotes d’un haut calibre. Cela fait plaisir de voir un tel championnat en France. Beaucoup de gens s’investissent et le plateau est intéressant. Fin 2012, nous avons signé un nouveau partenariat qui court jusqu’à fin 2015. Les pilotes sont satisfaits de nos produits. On met tout en œuvre pour avoir des pneus performants, stables et qui durent. Michelin a bien conscience que le budget pneus est très important pour les équipes. Il y a deux façons de diminuer les coûts : proposer des pneus moins cher ou avoir des gommes qui durent plus longtemps afin d’en réduire le nombre. Michelin ne sait pas faire des pneus bon marché qui ne durent pas. Notre stratégie est claire : stabilité, durabilité et qualité. Le dernier exemple en date est en rallye dans le championnat ERC où nous avons présenté la gamme Pilot Sport R. »

 

Michelin ne s’arrête jamais de se perfectionner…

« Nous sommes toujours dans un mode d’amélioration et de performance. Nous sommes en sport automobile pour nous améliorer constamment. Cette année, nous avons également présenté un nouveau pneumatique pour les prototypes CN qui évoluent en VdeV Endurance Series dont Michelin est partenaire. Nous avons signé un contrat de trois ans à leurs côtés. On a écouté les équipes et le S410 est arrivé. Le plateau est là aussi très intéressant avec des autos très différentes et des catégories diverses. Là aussi, il faut que la technologie mise en place réduise le budget. »


Le transfert de la piste à la route est le leitmotiv de Michelin ?

« Oui et nous en sommes fiers. Cela ne peut paraître que des mots qui ne sont pas mis en application. Pourtant, c’est tout le contraire. Si l’on prend l’exemple des pneus qui équipent les autos du Championnat de France GT, il faut trois ans pour retrouver beaucoup de composants de ces gommes sur les GT de route. Le lien avec la compétition est là. Pour l’anecdote, nous équipons 100% des Corvette. »

 

Pour Michelin, le gros morceau de la saison reste les 24 Heures du Mans. Une édition plus compliquée qu’à l’accoutumée ?

« Le Mans a été difficile nerveusement. Tous nos techniciens n’ont pas chômé. De plus il y a eu ce drame avec l’accident d’Allan Simonsen. C’est toujours tragique de se dire qu’un pilote peut perdre la vie sur un circuit. Sur le plan sportif, c’est un bon cru pour Michelin. Notre pneu hybride « slick inter » sur les LMP1 a très bien fonctionné. Nous l’avions introduit à Spa en catimini la saison dernière. C’est une arme intéressante pour les équipes. Notre politique est de multiplier les relais. Audi a bouclé cinq relais avec les mêmes gommes et Toyota quatre sachant les conditions de piste ont joué dans le choix des équipes. Porsche a réalisé une performance extraordinaire en effectuant trois relais, ce qui n’avait encore jamais été fait. Le travail durant l’intersaison a payé. »

 

Le seul bémol reste le LMP2…

« Notre concurrent Dunlop a bien travaillé. Nous n’équipions pas la majorité du plateau. C’est pour nous un retour dans la catégorie et nous n’avons pas gagné. Il faut se fixer des objectifs et continuer à travailler. Il serait arrogant de dire que l’on allait revenir pour gagner de suite. Cela nous donne un nouveau challenge à relever. Michelin compte s’inscrire dans la durée en LMP2. Cela nous permet une présence internationale. Nous espérons maintenant que l’Asian Le Mans Series va décoller. Le continent asiatique est important pour le sport automobile. On souhaite y rester et poursuivre notre partenariat. »

 

En fin d’année, l’American Le Mans Series et le Grand-Am laisseront place à l’USCR. Un marché sur lequel Michelin souhaite se positionner ?

« Michelin est sur les rangs pour le United SportsCar Racing. Nous avons des partenaires historiques aux Etats-Unis, que ce soit Corvette ou Porsche. Il ne faut pas oublier que Michelin est numéro 1 en termes de vente sur le continent américain. Pour Michelin, c’est 1/3 en Europe, 1/3 en Asie et 1/3 aux Etats-Unis. Notre division Motorsport est mondiale mais pour aller en USCR, il faut voir comment vont évoluer les DP et si le manufacturier sera unique ou pas. Pour Michelin, il faut un challenge technologique. Actuellement, nous sommes seuls en LMP1 mais il y a un challenge derrière. Il faut faire avancer la mobilité de demain, mettre le curseur entre technologie et spectacle au bon endroit. L’USCR est de l’Endurance, donc on y regarde de près. »


Lors de la Journée Test, une Audi a roulé avec des pneus 2014 et de très bons chronos à la clé. Une belle satisfaction…

« Avec la simulation, on arrive à faire quelque chose qui a beaucoup de sens comme on a pu le voir avec la DeltaWing. Pour le pneu 2014, il y a encore des choses à tester mais nous sommes dans la bonne direction. Le but était de recueillir un maximum de données avant de les partager. On veut de l’équité entre nos partenaires. Les essais vont reprendre bientôt. C’est pour Michelin très beau challenge d’autant plus que Porsche et Nissan arrivent. Le projet Nissan est différent car le travail se fait sur la chaîne de traction. On a une base venant du projet DeltaWing. Ce défi fait la part belle à l’efficacité énergétique en se rapprochant de la Formule E où Michelin est impliqué dans cette nouvelle série. Cela permet de découvrir de nouveaux domaines et à moyen terme, on retrouvera ce type de gommes sur les véhicules électriques de tous les jours. »

 

Le règlement 2014 est donc une bonne chose pour Michelin ?

« Oui sans aucun doute ! Le Michelin Green X Challenge permettait de récompenser celui qui allait le plus vite en consommant le moins possible. En 2014, il faudra aller le plus loin possible. Le Michelin Total Performance est un nouveau défi pour les équipes. On s’est inspiré de ce qui avait été fait dans l’aviation. Au début du XXème Siècle, le Grand Prix Michelin récompensait le premier aviateur capable de décoller de Paris pour se poser au Puy-de-Dôme. Cela a demandé trois ans pour arriver à cette prouesse. Le Michelin Green X Challenge a bien fonctionné et là nous le faisons évoluer. L’objectif est de remporter les 24 Heures du Mans, d’avoir le meilleur temps au tour, de dépasser les 5000 km en consommant moins qu’en 2013 et d’être efficace sur l’utilisation des pneumatiques avec un nombre limité. »


Les premiers retours des équipes sont bons ?

« Nous avons présenté le Michelin Total Performance dans le cadre des 24 Heures du Mans. Le Dr Ullrich nous a confié qu’Audi allait devoir accélérer l’innovation et chez Toyota, Pascal Vasselon nous a bien fait comprendre que cette récompense allait être une carotte supplémentaire. Cela va rendre service à la mobilité de demain. Michelin joue son rôle d’acteur en Endurance. »


Michelin est aussi présent avec le succès que l’on sait en SUPER GT. Une belle prouesse d’aller bousculer la concurrence…

« Pour Michelin, le SUPER GT a une grosse importance. C’est un peu notre valeur étalon. Nous avons la possibilité de nous mesurer à la concurrence. Ce championnat est très bien fait avec un bon compromis entre développement technologique et coût. Michelin est présent avec Nissan et Honda sachant que le but n’est pas d’équiper tout le plateau. Le SUPER GT est certainement le championnat le plus relevé en termes de pneumatiques. »


Quelle est la position de Michelin sur un éventuel retour en Formule 1 ?

« Je ne ferai pas de commentaires sur les incidents récents. Bien entendu, on regarde ce qui se fait en Formule 1. On a quelque peu évolué sur notre idée de ne pas être manufacturier unique. On peut être seul tout en ayant un intérêt technologique. La F1 actuelle n’est pas cohérente pour Michelin et nous ne sommes pas intéressés. Si les choses devaient bouger, pourquoi pas… Nous sommes prêts à discuter. Il y a moyen de donner du spectacle avec des pneus de qualité. Le Mans en est la parfaite illustration. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

Publicité

0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Publicité

Sur le même sujet