Tout au long de l’année, sur chaque épreuve, et cela dans les divers championnats qui existent, ces femmes et ces hommes qui assurent bénévolement la sécurité sur les bords de pistes sont incontournables et indispensables. Régulièrement mis en avant par les médias pour leur formidable travail et leur bravoure lorsqu’ils sont en action, toutes ces personnes sont les yeux des pilotes quand ils sont en piste. Ils signalent, ils préviennent, ils nettoient, mais ils sont aussi les premiers sur les lieux pour intervenir lorsque survient un incident. Nous avons donc nous aussi décidé de leur rendre un petit hommage et rencontrant Arnaud, l’un de ces “personnages de l’ombre”.
Arnaud, depuis quand exercez-vous en tant que commissaire de piste au Mans ?
“Depuis 1989, année de ma première licence.”
C’était votre première venue au Mans où vous aviez déjà assisté à cette épreuve dans le public ?
“Non, je viens au Mans depuis 1979 et je n’ai jamais loupé une édition depuis mais jamais en zone spectateur ! Entre 1979 et 1989, avant d’être commissaire j’accompagnais mon père qui lui aussi avait cette fonction au Mans. Sa première expérience date de 1976.”
Comment s’organise votre semaine Mancelle, quand arrivez-vous au circuit ?
“On arrive généralement le dimanche précédent pour avoir le temps de nous installer tranquillement avant le début des hostilités. Cela nous permet aussi pour ceux qui le souhaitent d’aller assister au pesage et voir les autos de près car après c’est très difficile pour nous de pouvoir les approcher pendant la semaine une fois que l’on est en poste, et puis le fait d’être commissaire nous permet d’accéder à l’enceinte intérieure du pesage et d’en profiter pleinement.”
Comment fonctionnent vos plannings lors de la course, vous avez une organisation précise ?
“Oui, rien n’est fait au hasard, nous n’avons pas le droit à l’erreur. On exerce pendant trois heures toutes les six heures. Et même sur nos postes, on échange nos places régulièrement de façon à ne pas rester fixe au même endroit pendant trois heures et risquer de perdre notre concentration.”
Etes vous toujours au même poste chaque année, et est-ce avec les mêmes “collègues” ?
“Pour ma part, oui ! Depuis mes débuts en 1989 j’ai toujours été à ce poste, le #8, dans la montée de la Dunlop. C’est assez souvent le cas avec la majorité des hommes et femmes en fonction autour du circuit, mais si l’un d’entre nous désire être affecté à un autre poste, il peux en faire la demande et si une place est disponible, il pourra y officier. Celles et ceux qui sont avec moi le sont pratiquement chaque année. Nous sommes une bonne équipe très soudée, et notre force, c’est que nous nous connaissons depuis plusieurs années et nous nous voyons aussi en dehors des 24 Heures du Mans. Nous formons une équipe d’organisation de rallye et nous officions également lors des 24 heures tout terrain de Paris.”
Sur combien de courses officiez-vous dans l’année ?
“Une vingtaine chaque année, dont les 6 Heures de Spa et les 24 Heures sur ce même circuit. Ma première expérience pour le double tour d’horloge à Spa remonte à 1999.”
Y a t-il des périodes plus difficiles que d’autres pour vous quand vous êtes en poste ?
“La nuit… Les conditions changent, visuellement il faut être beaucoup plus attentif, on voit les choses différemment. Et si la pluie vient s’en mêler, ça devient beaucoup plus stressant.”
Comment vous est venu cette envie d’être commissaire de piste ?
“Grâce à mon père. Dès que j’ai commencé à l’accompagner sur les bords de piste, j’ai eu envie de faire comme lui.”
Qu’est-ce qui vous pousse à revenir chaque année ?
“Tellement de choses….. Il serait difficile de tout énumérer mais je dirais l’ambiance, les amis, la passion…”
Il peux arriver que vous ayez de jeunes “débutants” avec vous en poste, c’est une pression supplémentaire pour vous ?
“Non pas forcément, car même si ils exercent pour la première fois, ils connaissent déjà les “bases” importantes du rôle de commissaire de piste donc il y a une confiance réciproque. De plus nous apprécions la venue de ces “débutants” et c’est pour nous une certaine fierté de pouvoir les former et leur apprendre les bons gestes.”
Pour finir, y a t-il un moment qui vous a marqué le plus depuis que vous officiez ?
“Oui… Le décès de Sébastien Enjolras en 1997 lors des essais pré-qualificatifs des 24 Heures… J’ai appris ce drame d’une façon particulière et je dois dire que cela m’a marqué à jamais. Mon service vient de se terminer et j’apprends malheureusement le décès d’Allan Simonsen. C’est le genre de choses que l’on n’aime pas du tout voir ou apprendre. On reste malgré tout concentré pour le reste de la course, mais rien n’est plus pareil après un évènement si dramatique…”
Propos recueillis par Guillaume Robert