Le Mans

François Perrodo : "Une seule envie, revenir au Mans !"

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Connu principalement jusque là dans les paddocks des VdeV Endurance Series, François Perrodo se fait petit à petit un nom dans le monde de l’Endurance. Vainqueur de sa catégorie aux 24 Heures de Dubai en janvier dernier, Le “mi-chinois mi-breton” vient de prendre part à ses premières 24 Heures du Mans sur la Porsche 911 GT3-RSR (GTE-Am) qu’il partageait avec son compère Sébastien Crubilé et son mentor Manu Collard. Le trio est rentré dans le Top Ten à l’issue de la course. Sa connaissance du tracé sarthois se limitait à deux participations à Le Mans Classic. Dans deux semaines, on le verra en European Le Mans Series, à nouveau sur la Porsche/ProSpeed. A la fin du mois, c’est aux 24 Heures de Spa que François Perrodo va poser ses valises pour ce qui sera son troisième double tour d’horloge de l’année. Point de Porsche au menu mais une Ferrari 458 Italia/AF Corse. Pour couronner le tout, le natif de Singapour sera à Motorland fin août pour une course de 12 heures dans le cadre du championnat VdeV où il joue le titre sur la Porsche 911 GT3-R du Crubilé Sport où là il est question de jouer le titre.

 

Laurent Mercier : On va finir par te mettre dans la catégorie des pilotes professionnels vu ton programme 2013…

François Perrodo : « A l’origine, Le Mans n’était pas prévu. L’idée était de poursuivre sur la lancée de 2012 avec le championnat VdeV. On m’a proposé d’acquérir une Porsche 911 GT3-R d’occasion. J’ai longuement réfléchi et je me suis décidé à faire le grand saut. Nous avons roulé sur l’auto à Estoril l’an passé mais la boîte de vitesses a malheureusement cassé durant la première heure. J’ai eu un coup de foudre pour cette auto qui est différente de ce que j’avais piloté jusqu’à présent. Avec Seb, nous étions partis pour disputer les VdeV Endurance Series mais il m’a proposé de nouvelles choses. Avec Jean-Pierre Malcher au poste de team manager, nous sommes allés rouler à Dubai avec Seb, Mr John of B et Soheil Ayari, avec une victoire de catégorie à la clé. Pour cette première participation à l’épreuve, nous avions dépêché la 997 Cup. »

Manu Collard est ensuite arrivé dans le schéma…

« Jean-Pierre (Malcher), qui le connaît bien, nous l’a conseillé. Personnellement, je ne savais pas trop quoi en penser car l’arrivée d’un pilote professionnel nous ôtait du temps de roulage. De plus, il a une image de timide alors que nous sommes là pour nous éclater. Finalement, c’est tout le contraire qui s’est passé. Nous avons roulé ensemble à Barcelone et le courant est de suite passé entre nous. Je n’ai absolument aucun regret de l’avoir à nos côtés. Il m’a fait énormément progressé et ce n’est pas terminé. On prend beaucoup de plaisir à passer du temps ensemble. »


C’est lui qui est à l’origine de votre présence en ELMS puis au Mans ?

« Nous avons appris rapidement à nous connaître. En mars, Manu nous a indiqué la possibilité de disputer l’European Le Mans Series sur la Porsche du ProSpeed Competition mais aussi une chance de disputer Le Mans sachant que le team était sur la liste des suppléants. Pour être totalement franc, Seb et moi avons pas mal cogité car les 24 Heures du Mans c’est autre chose. Manu nous a convaincu et l’aventure est partie. Outre le côté sportif, nous faisons du sport automobile pour le côté humain. L’ELMS nous a permis de découvrir l’équipe où nous avons vite pris nos marques. L’ambiance y est vraiment bonne. »

 

Avant Le Mans, il y a eu Silverstone et Imola. De quoi se mettre en jambes avec la RSR ?

« Silverstone ne s’est pas déroulé comme nous l’espérions compte tenu des conditions météorologiques. A Imola, la course n’a pas été facile car à aucun moment, nous avons pu pleinement nous exprimer. Je suis arrivé au Mans comme qui dirait à reculons, ce qui est impensable quand on connaît l’envergure de cette course si mythique. »

 

Pourtant, la course s’est plutôt bien déroulée pour la #75 ?

« Si je ne suis pas arrivé confiant au Mans, la donne a vite changé malgré des conditions compliquées dès la Journée Test. J’ai vraiment apprécié l’expérience même si la course a connu un moment tragique avec le décès d’Allan (Simonsen). L’accident a quelque peu refroidi les ardeurs de tout le monde. On peut avoir une fausse impression de sécurité dans une GT. Aussi bien Seb que moi n’avons pas pris le moindre risque en piste. On a fait notre course comme il le fallait. »

 

Le bilan est donc positif ?

« Je ne regrette absolument rien. Notre trio était dans la vraie mouvance Pro-Am où chacun a roulé ses 8 heures même s’il a fallu composer avec les neutralisations. Dans la majorité des équipes, le Am roule le temps minimum réglementaire, ce qui n’a pas été le cas chez ProSpeed Competition. Nous n’avions pas de vraie stratégie. Cette première année était là pour apprendre avec des doubles relais pour les pilotes. C’était un grand moment d’émotion lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée. Dans mon dernier relais, je n’en menais pas large car la pluie venait de faire son retour et il fallait être le plus précautionneux possible. Terminer 8ème, 9ème ou 10ème n’avait que peu d’importance. Il fallait assurer en piste. Mon seul petit regret est de ne pas avoir eu la possibilité d’effectuer un tour supplémentaire pour saluer les commissaires. Même Manu qui est loin d’être un débutant a reconnu que cette édition 2013 était l’une des plus compliquées. »

 

Ton premier tour sur le grand circuit restera un grand moment ?

« En attaquant pour la première fois la ligne droite des Hunaudières, là on se dit : « ça y est, on y est vraiment ! ». La météo a voulu que je découvre le grand circuit sur la Porsche sous la pluie. Je connaissais le tracé pour y avoir roulé à deux reprises lors de Le Mans Classic. Mais là c’est différent ! »

 

Comment s’est passée la cohabitation avec les autres catégories ?

« En tant que rookie, j’avais la hantise des LMP1. Je pense avoir harcelé Manu de questions à ce sujet (rires). Les pilotes de LMP1 vont tellement vite qu’ils savent où il faut passer avec des autos qui ont beaucoup d’appuis. C’est un peu plus compliqué avec les LMP2. Si tu gardes ta ligne, ils arrivent à passer. Finalement, le plus compliqué reste les GTE-Pro car le delta de vitesse est moins important. Là, il faut vraiment jouer la prudence. Je n’ai pas eu le moindre problème en piste. »

 

L’objectif est maintenant de revenir en 2014 ?

« C’est encore trop tôt pour le dire. Cependant, quand on y a goûté on a qu’une seule envie : y revenir ! Cette année était pour découvrir alors qu’en 2014, ce sera pour décrocher un bon résultat. Pourquoi pas avec le même équipage. »

 

Cette année, tu joues le titre en VdeV. Là aussi, le plateau est relevé…

« Le niveau est très relevé. Selon moi, les VdeV Endurance Series restent la meilleure série pour débuter. C’est hyper convivial mais il n’y a aucun cadeau en piste. Tous nos adversaires sont de bons copains avec qui on échange hors des circuits. L’ambiance est relax et professionnelle. L’organisation d’Eric Van de Vyver et son équipe est bonne. Cette année, c’est encore plus disputé avec des pilotes de la trempe de Collard, Bouvet ou Belloc. Je pense qu’il faut s’attendre à un meeting pour le moins serré à Motorland. »

 

Mais avant il va y avoir un autre double tour d’horloge avec Spa sur une Ferrari. Là aussi l’objectif est de rouler dans une bonne ambiance ?

« Déjà disputer trois courses de 24 heures la même année était inespéré. Pour Spa, la décision s’est prise il y a peu de temps. Yannick (Mallegol) a tout fait pour me convaincre et j’ai craqué. Le dénominateur commun est la bonne ambiance. On veut terminer et prendre du plaisir. Je garde un très bon souvenir de mon expérience en 2012. Cette année, il y a un plateau phénoménal. »

 

On pourrait te voir avec le Crubilé Sport en 2014 dans le championnat Blancpain ?

« On y a pensé mais cela fait moins de roulage qu’en VdeV. Tout est une question de compromis. On regarde différentes options. L’European Le Mans Series est aussi une bonne formule mais les courses font également trois heures. Certes, l’avantage est que l’on roule parmi les prototypes. Je pense de toute façon que mon avenir passera par Porsche. J’adore cette marque depuis que je suis gamin. J’ai roulé en Cup, R et RSR. Ces autos sont fabuleuses. »

 

Justement, tu vas retrouver la 911 GT3-RSR dans moins de deux semaines sur le Red Bull Ring. Tu connais le tracé ?

« J’y suis allé y rouler pour apprendre le circuit avec un coach nommé Manu Collard. C’était lors d’une journée Open. Cela m’a bien aidé. Le circuit est vraiment sympa avec de gros freinages. L’endroit est magnifique. Il est prévu que je termine la saison en compagnie de Manu. »

 

Tu vas repiquer aux 24 Heures de Dubai en janvier prochain ?

« On y pense mais rien n’est encore finalisé. Si on y va, on ne sait pas si ce sera avec la Cup ou la R. J’ai vraiment apprécié notre expérience en janvier dernier où nous avons pris du plaisir. C’était une magnifique aventure humaine. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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