Le Mans

Une catégorie GTE-Pro qui a vite tourné au duel !

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Jamais les 24 Heures du Mans n’avaient connu un tel plateau en GTE-Pro. Malgré une catégorie GT3 qui a le vent en poupe, le GTE est toujours sur le devant de la scène avec Aston Martin, Corvette, Ferrari, Porsche et Viper. On s’attendait à un match entre ces cinq marques mais il a vite fallu se rendre compte que deux des cinq marques ne pouvaient rien espérer à la régulière. Même Ferrari s’est pris les pieds dans le tapis avant la mi-course. Il ne restait donc que Aston Martin et Porsche pour aller au combat et c’est à un sprint de 24 heures que se sont livrées les deux marques avec des écarts infimes tout au long de la course. Fred Mako avait donné le ton lors de la séance qualificative en s’octroyant sa deuxième pole consécutive au Mans.

 

Ce mano a mano a duré 24 heures avec des pilotes solides dans les deux camps. Aston Martin Racing a sonné la charge durant les premières heures avec la #97 « Art Car » de Turner/Mücke/Dumbreck et la #99 de Mako/Senna/Dumbreck mais les deux Porsche n’ont jamais été distancées. Au cap de la 16ème heure, le trio de tête composé des Vantage GTE #99, #97 mais aussi de la 911 RSR #92 n’était séparé que par 32 secondes, la #91 étant elle aussi en embuscade. On s’attendait à un final de toute beauté mais les conditions de piste ont mis à mal la marche en avant de Fred Mako, Bruno Senna et Rob Bell. Alors qu’il était en tête, Mako a perdu le contrôle de sa monture dans les Hunaudières. Choqué, Fred raconte : « Je n’étais pas en pleine attaque. L’essuie glace ne fonctionnait pas et il s’est mis de nouveau à pleuvoir. Il était difficile de voir les endroits mouillés. La voiture est partie d’un seul coup sans que je puisse corriger quoi que ce soit. » Le Vice-Champion du Monde GT1 a été impeccable toute la semaine et c’est bien lui qui met le feu des différentes catégories GT où il passe. Notre confrère Gary Watkins d’Autosport ne s’y est d’ailleurs pas trompé en titrant : « The best GT driver in the world ? » Ce n’est que partie remise pour lui, en GTE ou en LMP. La #99 étant out, tous les espoirs reposaient alors sur la #97 mais un arrêt imprévu pour refixer le fond plat à quelques encablures de l’arrivée a fait perdre le contact avec la Porsche de tête. Lors de leurs derniers relais, Darren Turner et Stefan Mücke ont tout donné jusqu’à ce qu’une averse complique la donne. Si la Porsche repartait en « slicks », l’Aston Martin reprenait la piste en « wet », ce qui n’était finalement pas le bon choix. Aston Martin Racing voulait mettre un point d’honneur à remporter cette édition des 24 Heures du Mans, non plus pour célébrer le centenaire de la marque mais bien en mémoire d’Allan Simonsen, décédé la veille. La dernière Vantage GTE a abdiqué le dimanche matin alors qu’elle ne pouvait jouer aucun rôle pour la gagne.

 

Débutantes cette saison en FIA WEC et plutôt discrètes lors des deux premiers meetings, Porsche AG Team Manthey repart de la Sarthe avec un doublé. Romain Dumas nous confiait que le kit Le Mans pouvait être d’un précieux secours face à la concurrence et l’Alésien remporte son premier succès au Mans en GT après avoir longtemps tourné autour. Ses deux coéquipiers Marc Lieb et Richard Lietz ont déjà connu quant à eux la plus haute marche. Avec ce succès mais aussi celui décroché en GTE-Am, Porsche rafle sa 100ème victoire de classe au Mans. On trouve tout de même une Aston Martin sur le podium mais à la troisième place. Dans le camp Aston Martin, on nous avait prévenu avant le départ qu’il fallait se méfier des Porsche. Le trio Pilet/Bergmeister/Bernhard a lui aussi fait une course solide.

 

Les autres marques ont été transparentes à l’image de Ferrari, vainqueur de la dernière édition. La meilleure des deux F458 Italia alignées par AF Corse a terminé à une anecdotique 5ème place (Vilander/Kobayashi/Beretta) devant la voiture sœur (Bruni/Fisichella/Malucelli). Les deux Ferrari se sont faites remarquées dans la voie des stands avec un Toni Vilander venu toucher une Porsche officielle puis un Matteo Malucelli qui n’a pu éviter le contact avec une LMP2 alors que son stand venait lui demander de repartir. On ne peut pas dire que les F458 aient été avantagées par la BOP.

 

Si l’on y regarde de plus près, les GTE-Pro qui ont dominé l’édition 2012 n’ont guère brillé. Inexistantes tout au long de la semaine, les Corvette C6.R n’ont jamais pu jouer le haut de l’affiche et la 4ème place de la #73 de Magnussen/Garcia/Taylor n’est due qu’aux problèmes de ses adversaires. Quant à la #74 de Westbrook/Gavin/Milner, elle a repris la piste uniquement pour le dernier tour suite à un souci d’échappement. Doug Fehan, en charge du programme, compte bien revenir en 2014 avec une toute nouvelle auto : « C’était notre 14ème participation consécutive aux 24 Heures du Mans. Cette année, la course a été la plus difficile que nous ayons connu jusqu’à présent. Si on considère le tout, je ne peux pas être plus fier de l’ensemble de l’équipe pour ces 4ème et 7ème places. Une fois de plus, nous avons démontré la constance et la fiabilité qui ont fait le succès de Corvette. Nous pouvons maintenant aller de l’avant et regarder avec enthousiasme la défense de notre titre en ALMS avant de revenir au Mans l’année prochaine avec la toute nouvelle C7.R. »

 

On ne savait pas trop quel crédit donner aux Viper GTS-R engagées par SRT Motorsports avant ces 24 Heures du Mans. Maintenant on le sait… Les Viper ont rallié l’arrivée sans gros problèmes majeurs. Les six pilotes ont pris beaucoup de plaisir en engrangeant de l’expérience pour le futur. Les Américains ne sont pas venus dans la Sarthe pour un simple one-shot. On les reverra en 2014 avec comme mission de gagner. Il faudra pour cela leur donner un peu plus de puissance, sous peine de ne rien pouvoir faire pour la victoire. Les Wittmer, Bomarito, Goossens, Kendall, Farnbacher et Dalziel ont assuré au volant de GTE dont l’aéro n’est pas vraiment taillée pour Le Mans.

 

Que dire de la prestation de la Ferrari F458 Italia du JMW Motorsport engagée dans une catégorie trustée par les constructeurs. Le trio Al Faisal/Al Qubaisi/Bertolini ne pouvait rien espérer que de rallier l’arrivée, ce qui a été fait.

 

Pour être franc, on s’y perd un peu dans ce GTE-Pro dont les réajustements sont nombreux. Il devient compliqué de savoir qui est performant, l’objectif étant d’être le moins bridé. Certes les GTE reposent sur un règlement technique bien défini mais le résultat est le même qu’en GT3 avec une Balance de Performance bien en place. Il reste maintenant à savoir ce que va faire BMW, McLaren et les autres sachant que le champ d’action des GTE est plus que limité.

 

Laurent Mercier

 

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