Ils étaient deux cette année à se battre pour le général aux 24 Heures du Mans et ils seront au moins trois dans moins d’un an à en découdre. A l’issue des 24 Heures du Mans 2012, tout le monde avait bien compris qu’Audi n’aurait pas la tâche facile en 2013, surtout après les dernières courses du Championnat du Monde d’Endurance 2012. Pourtant, c’est bien Audi qui vient de rafler un 12ème trophée non sans avoir été marqué à la culotte par la concurrence. Sur le papier, il est déjà difficile de faire une vraie comparaison, la R18 e-tron quattro étant une hybride diesel et la TS030 HYBRID une hybride essence. De plus, un rééquilibre des performances tout juste avant Le Mans n’a pas fait plaisir à Audi et n’a guère suffi dans le camp adverse. Avec trois Audi en haut de la feuille des temps en qualifications et un écart significatif, les observateurs ont tous pensé à un cavalier seul des Audi, surtout que le message « Audi, Home of quattro » était bien présent tout autour du circuit.
245 000 personnes se sont déplacées pour cette édition du 90ème anniversaire, signe que l’Endurance se porte plutôt bien. Les deux premiers tours ont tenu leurs promesses avec deux Toyota pour le moins incisives sur une piste rendue piégeuse par une averse quelques minutes avant le départ. Allan McNish, André Lotterer et Lucas di Grassi ont bien dû se demander à quoi carburaient les « Toy » de Anthony Davidson et Nicolas Lapierre. Malheureusement, ce match a tourné court suite à la première neutralisation pour la raison que l’on sait. On aura eu en tout et pour tout 12 interruptions, la majorité pour des rails ouverts. Les services techniques ont remplacé plus de 200 mètres de rails sur une course amputée de 5h30 sur 24. Pas une mince affaire ! Les essais du mercredi et du jeudi ont eux aussi été écourtés, d’où le repêchage de bon nombre de pilotes. On sentait bien le vendredi que les pilotes étaient en manque de piste et tout le monde d’était donné rendez-vous samedi 15 heures mais la météo a joué le rôle d’arbitre sans vraiment donner un vrai carton puisque cette pluie a souvent été fine, exceptée la dernière averse du dimanche après-midi. On a eu un sentiment étrange de voir des nuages noirs quasiment uniquement au-dessus du circuit et pas à l’extérieur. Selon les conditions de piste, les Toyota ont semblé plus à l’aise que les Audi même si l’Audi des vainqueurs en titre semblait un ton en-dessus avec un André Lotterer des grands jours. Malheureusement, le remplacement d’un alternateur a coûté 35 minutes (12 tours) au trio Lotterer/Tréluyer/Fässler et ce handicap ne se rattrape pas au Mans. Les pilotes auront eu beau cravacher comme des beaux diables, ils doivent se contenter de clôturer le Top 5 à 10 tours de la tête, André Lotterer réalisant le meilleur tour en course.
Avant la nuit, Audi et Toyota se retrouvaient donc à armes égales pour une victoire à la régulière. On a bien vu les TS030 HYBRID venir se hisser à la place de leader mais à 21h43, c’est l’Audi R18 e-tron quattro de Loïc Duval, Allan McNish et Tom Kristensen qui a pris les commandes pour ne plus les quitter jusqu’au dimanche 15 heures. Rien n’est venu entacher la marche en avant de la #2 avec des pilotes impeccables en piste et qui ont vite sécurisé un tour d’avance sur la concurrence. Loïc Duval a une nouvelle fois fait étalage de son talent. Le Chatrain est enfin récompensé par la plus haute marche du podium, ce qu’ont déjà connu ses deux coéquipiers à plusieurs reprises. « Le Mans est une très belle course qui évoque tant d’émotions et qui est si fatigante » explique Loïc à l’arrivée. « Je dois me retenir pour ne pas verser de larmes. C’était une course difficile où malheureusement nous avons perdu Allan. Depuis l’an dernier, toute l’équipe a tout donné pour nous préparer une auto exceptionnelle. C’est ma première victoire au Mans et c’est un très grand moment dans ma carrière. »
La #3 a elle aussi eu son mot à dire avec un excellent rookie nommé Lucas di Grassi. Le Brésilien compte bien que cette escapade mancelle ne sera pas la dernière : « Cette piste est vraiment unique. C’est très rapide et incroyablement difficile à apprendre et à comprendre. Mais l’atmosphère, les fans et tous les efforts des équipes font que cette course est impressionnante. Vous avez pu voir la confiance qu’Audi a placé en nous. Spécialement pour moi en tant que nouveau venu. La course n’a pas été facile mais j’ai donné de mon mieux. Nous terminons sur le podium, ce qui est bien. J’ai beaucoup appris et j’aimerais bien rouler à nouveau au Mans à l’avenir. » La #3 a elle aussi été retardée samedi en fin d’après-midi suite à un contact puis une crevaison. Les deux tours perdus ont là aussi joué en la défaveur de la #3 qui termine tout de même sur le podium.
Pour ce troisième round du Championnat du Monde d’Endurance, le Toyota Racing alignait deux autos en configuration 2013. Malmenées aux essais disputés dans des conditions compliquées où elles n’ont pas pu pleinement s’exprimer, les TS030 HYBRID n’ont pas démérité en mettant toute la pression possible sur les quatre anneaux. On a cru revivre un moment ce que l’on a connu en 2012 avec un Lapierre versus Duval. La #7 de Lapierre/Nakajima/Wurz a pourtant perdu du terrain en début de course suite à une perte de pression de carburant puis deux changements de pneus pour des crevaisons lentes. Le trio n’a pas ménagé ses efforts pour s’assurer une place sur le podium. A une heure du terme, une piste devenue une fois de plus glissante par la pluie a mis la #7 hors du podium à l’entrée de la nouvelle portion, où Nico Lapierre n’a strictement rien pu faire pour éviter la sortie. Une fois ramenée au stand, les mécanos ont mis trente minutes pour remettre la Toyota sur la piste et terminer au pied de ce podium tant désiré. Le Toyota Racing peut être satisfait de sa prestation avec la #8 de Buemi/Sarrazin/Davidson qui échoue à un tour de l’Audi victorieuse. Stéphane Sarrazin a dû ronger son frein à la sortie de la voie des stands après deux ravitaillements sous régime de neutralisation, d’où des secondes perdues. Les pilotes ont mis tout ce qu’ils pouvaient sur la piste et on ne peut rien leur reprocher.
On ne connaît pas encore le programme 2014 du Toyota Racing mais Yoshiaki Kinoshita, Président du team, est prêt à revenir : « Je suis très fier de notre équipe aujourd’hui, nous nous sommes comportés en vraie équipe et ce résultat, nous sommes allés le chercher. Nous n’avons jamais baissé les bras ou perdu de vue même dans des circonstances difficiles notre objectif. Avoir les deux voitures à l’arrivée et en voir monter une sur le podium est un résultat très satisfaisant. Je me souviendrai toujours de la détermination et du travail d’équipe démontré par tout le monde après que la N°7 ait été endommagée. C’était très émouvant pour moi et cela a prouvé notre esprit d’équipe. Donc, je tiens à dire merci à l’équipe et aussi aux pilotes, qui ont tout donné. Je suis heureux de ce résultat, mais mon rêve est de gagner Le Mans et je suis déterminé, nous allons revenir encore plus fort l’année prochaine. » Jusqu’à present, la TS030 a fait aussi bien que les TS010 et TS020 avec cette deuxième place.
Du côté des equipes privées, on attendait le Rebellion Racing et même si le team Suisse repart avec les 2ème et 3ème places, ce n’est pas le résultat escompté. Sur la #12, Nick Heidfeld s’est fait une belle frayeur avec un tête-à-queue au Tertre Rouge. Des pépins à répétition ont repoussé la #12 de Prost/Jani/Heidfeld à la 40ème place finale après un retour en piste pour être classé et prendre de gros points au championnat. Tout reposait alors sur la #13 de Belicchi/Beche/Cheng qui pouvait espérer rafler la mise mais une grosse sortie d’Andrea Belicchi à la sortie du Ralentisseur Michelin n’a pas permis de concrétiser. Comme la majorité des sorties de piste du week-end, l’Italien n’a rien pu faire face à une dérobade avec des pneus pas encore en temperature. La sortie a été sèche et violente mais Andrea a pu ramener sa monture à son stand malgré des côtes, fêlées d’où son absence du podium. L’équipe technique a fait le job en remettant la voiture d’aplomb afin de terminer sur la troisième marche. C’est donc le Strakka Racing qui récupère les points de la victoire avec sa HPD ARX-03c confiée à Danny Watts, Jonny Kane et Nick Leventis. A la régulière, les Lola-Toyota étaient devant mais le team britannique monte pour la deuxième fois sur la plus haute marche du podium.
Dans un an, Porsche viendra s’ajouter au duel pour un match à trois, ce qui n’est pas sans faire plaisir au Dr Ullrich : « L’an prochain, une nouvelle réglementation entrera en vigueur et nous serons heureux de revenir au Mans sachant que ces nouvelles idées sont totalement en phase avec les idées techniques avant-gardistes d’Audi. Les règlements sont basés sur la consommation, ce qui est important pour Audi sur la route et lors des courses. De plus, Porsche, le cousin du groupe, fait son retour au Mans. Cela rend la compétition encore plus difficile. C’est pourquoi nous nous dirigeons vers une année qui sera marquée par une plus grande diversité que par le passé. » Avec les projets ADESS, Perrinn Limited, Rebellion, Onroak Automotive et Dome, la catégorie LMP1 nous réserve de bien belles choses sachant qu’il faudra être rapide en consommant le moins possible. On va vite se tourner vers les 24 Heures du Mans 2014.
Laurent Mercier