Mardi soir, dans le Musée des 24 Heures qui jouxte l’entrée principale du circuit, se tenait une Soirée Souvenir Alpine dédiée à l’épopée de ce petit constructeur dieppois, devenu grand par le palmarès : Champion du Monde des Rallyes en 1973 avec l’inoubliable Berlinette A110 et Victoire aux 24 Heures du Mans en 1978. Devant une salle bondée ou l’on refusait du monde et sous la férule de Bruno Vandestick en maitre de cérémonie, étaient venus témoigner de cette incroyable aventure quelques acteurs de l’époque : Jean Paul Savin, responsable du sponsoring calberson/ Savin, Henri Stepak collectionneur alpine, André desaubry ( président de l’amicale des anciens d’Alpine) Jacques Cheinisse, directeur compétition d’Alpine de 1968 à 1975 et Jean-Pierre Jaussaud, inoubliable vainqueur en compagnie de Didier Pironi.
Jean-Pierre a d’ailleurs été la star de cette soirée. Il a su séduire la salle avec un parler-vrai touchant et lui a offert de bons moments de franche rigolade. Cette soirée aura d’ailleurs été l’occasion d’apprendre quelques faits encore peu connus de la victoire 1978. Jean-Pierre Jaussaud a confirmé que pour lui, la chaleur sous la « bulle » de la A442 n’avait pas été un problème mais qu’il en avait peut-être été différemment pour Didier Pironi. En effet, dixit Jean-Pierre, « à l’issue d’un relais de Didier, je me suis glissé dans le baquet de l’A442 et j’ai eu l’impression de plonger dans une baignoire, tant Didier transpirait ! ». Jean-Pierre ajoute que « Didier était une force de la nature ainsi, j’ai eu la surprise au bout d’un moment, de poser mes mains sur un volant “matricé” par celles de Didier. Il y avait réellement imprimé la forme de ses doigts ! ».
Jean-Pierre a également abordé l’aspect technique de sa A442B. S’il ne sait pas bien quantifier l’avantage que lui apportait les « jupes » dont étaient équipée sa voiture par rapport aux deux A442 n°3 et 4 qui en étaient dépourvues, il se souvient parfaitement que « la bulle nous donnait 10 km/h de mieux en ligne droite. Mais avec Didier, nous trouvions que la voiture, dès lors, perdait en précision de conduite, l’avant s’allégeait un peu trop. Nous avons donc remis un peu d’appuis à l’avant grâce aux trous au-dessus de la lame avant. Dès lors, le gain n’était plus que de 5 km/h mais la voiture était de nouveau saine… » Jean-Pierre confiera un plus tard qu’il n’est pas de ceux qui regrettent la ligne droite des Hunaudières. Par contre, il adorait l’enchainement d’Indianapolis ou les longues courbes de la Nouvelle Portion. « Là, je pilotais vraiment. Dans la ligne droite, tant que la voiture est saine, n’importe qui sait aller à fond… »
« Si j’avais su, j’aurai assumé mon ultime relais. » En vue de l’arrivée, l’anecdote est connue, Jean-Pierre craignant d’abîmer encore plus une transmission qu’il fait craquer à chaque changement de rapport, demande à ne pas reprendre le volant pour franchir la ligne d’arrivée comme c’était prévu. Il laisse Didier doubler son relais car le pilote Tyrell ne semble pas éprouver les mêmes difficultés avec la boite. Chaleur sous la bulle ? Tension du dernier relais et de la victoire à assurer ? Toujours est-il que Didier Pironi s’évanouit une fois la victoire acquise. Ce qui est beaucoup moins connu, ce sont les trois massages cardiaques qui lui ont été administrés par le docteur du circuit afin de le ranimer ! On comprend mieux dès lors la frayeur rétrospective de Jean-Pierre, qui lui, ne craignait pas la chaleur…
Jean-Pierre est également revenu sur le « harcèlement » qu’il a imposé à Gérard Larousse, le directeur sportif de Renault Alpine. « Je n’ai jamais fait cela avec qui que ce soit d’autre. Je l’appelais sans arrêt pour qu’il me confie un volant mais il me répondait sans cesse : “Jean-Pierre, je ne peux pas, je n’ai pas de place.” Mais j’insistai sans cesse. Finalement, il m’a appelé une première fois pour me demander de venir faire une séance d’essais. C’était la veille pour le lendemain. Mais je me suis rendu disponible et j’y suis allé. Puis cela s’est renouvelé régulièrement. C’était toujours à la dernière minute et j’étais toujours là. Finalement, j’ai beaucoup roulé et un jour, Gérard m’a dit. “OK Jean-Pierre, je te prends dans l’équipe mais je ne peux te donner un volant qu’au Mans.” “C’est déjà très bien !” lui ai-je répondu… »
Jean-Pierre n’a pas oublié de saluer son équipe. « Cette victoire, c’est celle de l’équipe avant tout. Ce sont ces gars qui nous ont donné la victoire, il ne faut jamais l’oublier. »
C’est au moment ou Bruno Vandestick demanda à Jean-Pierre d’aborder un peu la victoire de 1980 au volant de la Rondeau, « une autre victoire d’équipe », que le pilote caennais s’est soudain senti mal. La soirée si agréable prenait alors un tour plus tragique. Après de longues minutes ou Jean-Pierre demeura prostré sur sa chaise, il parvint, aidé de deux personnes, à quitter la salle sous un tonnerre d’applaudissements. Il eut alors la force de se retourner et d’embrasser la foule… Grand monsieur !
Au moment ou ces lignes sont écrites et comme vous l’a déjà dit Laurent Mercier dans une brève, Jean-Pierre est sur la table d’opération. Nous vous donnerons de ses nouvelles dès que nous en aurons et lui souhaitons que tout se passe désormais au mieux. Sachez qu’un livre est à votre disposition au Musée des 24 Heures si vous souhaitez laisser un message de soutien à Jean-Pierre Jaussaud.
Laurent Chauveau