Le Mans

Christophe Bouchut au Mans, part 1 : "La Peugeot 905 était diabolique."

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Christophe Bouchut prend cette année son 20ème départ aux 24 Heures du Mans. Vainqueur de l’épreuve dès ses débuts dans la Sarthe sur une Peugeot 905, le Bourguignon a ensuite été de toutes les campagnes : Honda, Kremer, Mercedes, Larbre, Cirtek, JMB Racing, Kolles et Level 5 Motorsports. Changement de monture cette année avec la toute nouvelle Lotus T128 alignée par Lotus Praga LMP2 et partagée avec James Rossiter et Kevin Weeda. Vingt participations aux 24 Heures du Mans ça se fête ! Christophe Bouchut va rentrer dans le club très fermé des pilotes comptant au moins 20 départs au Mans. Il rejoint Max Cohen-Olivar et David Hobbs et devient le pilote encore en activité qui compte le plus de départs dans la Sarthe. Lors de la Journée Test, Christophe Bouchut a gentiment accepté de remonter le temps avec nous en nous gratifiant de quelques anecdotes que nous ignorions. Episode 1…

 

Laurent Mercier : 1993/2013. Surpris de cette longévité ?

Christophe Bouchut : « C’est tout de même assez incroyable car ces 20 participations sont venues assez rapidement (ndlr : Christophe a seulement manqué Le Mans 2006). D’ailleurs, mon fils me l’a fait remarqué il y a peu de temps. J’ai débuté au Mans alors qu’il n’était pas encore né. Chaque année, je voulais revenir dans la Sarthe. Toutes mes participations ont été faites dans des équipes très professionnelles avec à chaque fois un objectif à atteindre. C’était soit pour un constructeur, soit pour une très bonne équipe privée. »

 

Cette année, c’est un nouveau challenge avec Lotus…

« C’est agréable de piloter pour Lotus où le niveau de compétences est supérieur à bien des teams car ils construisent et développent l’auto. J’apprécie cela. Quand on accepte ce genre de challenge, il ne faut pas s’attendre à gagner tout de suite. Célébrer mon vingtième Le Mans avec un grand nom comme Lotus est gratifiant. C’est un nom historique qui a les faveurs du public. En plus de fêter mes 20 ans au Mans, c’est aussi le 20ème anniversaire de ma victoire. Ce sont des chiffres étonnants. »

 

Le team est le même qu’en 2010 avec Kolles ?

« Pas vraiment car en 2010 HRT était en Formule 1. L’équipe actuelle arrive de la F1 et ils n’étaient pas là il y a trois ans où le team était construit sur mesure pour le programme Endurance. Pour moi, l’objectif était de continuer à travailler avec une équipe qui a les moyens de ses ambitions. J’ai un contrat de plusieurs courses. J’avais un peu perdu le contact avec les équipes européennes du fait de ma campagne américaine avec Level 5 Motorsports. Il faut du temps pour que les choses redémarrent naturellement. Il n’y a aucun intérêt pour moi à jouer les fonds de grille. Cet hiver, le team de Scott Tucker a hésité à poursuivre en ALMS et maintenant l’équipe est nouvelle. Luis Diaz n’est plus là non plus et le responsable de la #95 est parti en IndyCar. Il reste juste un petit noyau. Je voulais un programme de qualité. Il n’y avait pas de débouchés avec eux vu que le programme était arrêté. »

 

Quel est l’objectif pour ces 24 Heures du Mans ?

« Nous sommes là pour terminer la course et jouer le podium. L’auto est performante sachant qu’elle a bien évolué depuis les essais du Paul Ricard au printemps dernier. Lotus Praga LMP2 ne vient pas pour être en milieu de peloton. Ils veulent la victoire ou au pire le podium. L’équipe est gonflée à bloc et veut le démontrer. Cependant, il faut rester prudent car la catégorie est très relevée. La Lotus T128 est une belle auto avec un fort potentiel. L’équipe a fait appel à mes services alors que la liste de prétendants était longue. Je roule avec deux rookies, ce qui fait qu’ils sont encore en mode découverte. J’ai remporté Le Mans dès ma première participation, donc le talent n’attend pas les années. Si on devait avoir de mauvaises conditions en course, j’ai quelques cartes à faire valoir. Colin (Kolles) veut aussi avoir une référence. Je vais m’efforcer de faire les choses bien comme à chaque participation. »

 

Remontons dans le temps. 1993 avec Peugeot et la 905. Un grand souvenir cette 905 ?

« J’ai découvert le grand circuit en 1992 lorsque je roulais en Spider 905 en ouverture des 24 Heures. Cela m’avait permis de découvrir le tracé. Avant de venir au Mans en 1993, j’ai beaucoup roulé dans la 905 avec six simulations de 24 heures. J’ai roulé une bonne partie de l’année 92. Ma première course était à Magny-Cours avec la 905 version sprint. J’avais été choisi pour la qualifier avec 6s de mieux avec l’auto équipée en pneus qualif’. La 905 était diabolique. Cette même année, elle était seulement 0.2s plus lente qu’une Formule 1. Cette auto était une vraie flèche. On prenait 320 km/h à Magny-Cours. Je sortais tout juste de la Formule 3. A l’époque, il n’y avait pas autant de protection dans les autos. Au bout de six tours, j’étais cassé et nous étions obligés de nous attacher le casque. Au Mans, nous avions une pièce en carbone pour éviter de trop bouger et à la fin de la course, la pièce était cassée. La 905 était un vrai TGV. J’ai un tas de souvenirs incroyables. Lors de ma première accélération, j’ai eu du mal à aller chercher le levier. Le moteur prenait 11600 tr/mn. Tu prenais 300 trs de plus et il fallait démonter tout le moteur.


« Je rentrais dans le monde réel. Peugeot était mieux qu’une équipe de F1. Mon seul regret est que je devais aller en Formule 1 avec eux mais c’est finalement Laurent Aïello qui avait été choisi. Fin 1993, Jean Todt est parti chez Ferrari. J’ai aussi roulé pour Peugeot en Supertourisme et j’étais le seul pilote avec Jean-Pierre Jabouille à disputer les deux programmes. Jabouille a pris les clés de Peugeot Sport et a préféré Aïello pour la F1 même si pour lui, il n’y a jamais eu de suite. J’ai eu d’autres opportunités pour la F1, notamment chez Larousse où j’avais signé un contrat. Malheureusement, l’équipe a déposé le bilan dans la foulée. J’ai alors compris que la F1 se refusait à moi. Déjà à l’époque il fallait amener un budget. J’étais soutenu par Marlboro puis la loi Evin est arrivée. A un moment, j’ai eu le choix de disputer une saison de Formule 3000 ou aller chez Peugeot. J’ai choisi la seconde option. Pour moi, rouler en Endurance était aussi intéressant sur le long terme que la Formule 1. L’époque Peugeot était très belle et Le Mans reste certainement ma plus belle victoire. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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