Le Mans

Entretien avec Henri Pescarolo, part 1 : "Je me donne jusqu’à septembre."

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Malgré une certaine habitude, rencontrer Henri Pescarolo pour une interview est toujours quelque chose de particulier tant le personnage est synonyme d’Endurance. Absent cette année de la classique mancelle sur la piste, il nous était impossible de passer deux semaines au Mans sans lui demander de pouvoir le rencontrer afin de faire le point. Avec Henri, tout est simple. Il suffit de l’appeler la semaine dernière et la réponse ne se fait pas attendre : « passe à l’atelier mardi à 15 heures ! » Direction le Technoparc avec Eric Gilbert (pour les photos) vers les ateliers du Pescarolo Team où nous tombons sur une chaîne interdisant l’accès. Point de Henri en vue et une porte fermée à clé. On pense alors un instant que notre hôte nous a oublié mais il n’en est rien. Henri arrive en nous expliquant avoir un rendez-vous dans les Hunaudières et nous demande donc de l’attendre. Là où on pensait patienter sur le parking, il nous lance : « venez, je vais vous ouvrir. Faites comme chez vous, je vous laisse les clés de l’atelier et je reviens. » Il en profite pour nous montrer la machine a café dans l’atelier. Nous nous retrouvons donc assis dans le bureau d’Henri Pescarolo entourés d’affiches d’époque, dont une montrant une Matra. Sur le coin du bureau, on remarque plusieurs casques…verts. Attendre le propriétaire des lieux dans son bureau sans aucune âme autour est quelque chose de spécial surtout que l’endroit respire l’Endurance et la passion. Quinze à vingt minutes plus tard, Henri fait son retour et l’interview peut débuter. Pour être franc, les deux heures d’entretien nous ont paru durer cinq minutes.

 

Laurent Mercier : Henri, tout d’abord comment va le moral ?

Henri Pescarolo : « Comme tu le sais très bien, j’avais décidé de ne pas répondre à la presse car j’étais dans une phase assez dépressive. J’étais rentré dans ma coquille. J’en sors un petit peu et c’est plutôt bon signe. Je me donne jusqu’en septembre pour disparaître complètement du paysage sportif ou pas. »

 

Il y aura tout de même une présence aux 24 Heures du Mans la semaine prochaine…

« Pour être totalement franc, j’avais décidé de ne pas mettre les pieds au Mans mais Pierre Fillon a insisté pour que je sois présent. Il est vrai que j’ai tout de même pris part à 45 éditions, à 33 reprises comme pilote et 15 en tant que responsable d’équipe. C’est plus de la moitié des éditions. L’ACO a fait un point d’honneur à célébrer ce 90ème anniversaire. J’ai accepté de venir au Mans depuis la récompense du Hall of Fame. Je ne sais pas encore si je vais rompre définitivement les ponts avec Le Mans mais je vais tout de même revenir sur le devant de la scène en tant qu’ambassadeur. Je vais donc mettre mon passé au service de l’ACO pour le présent et le futur. Psychologiquement, j’étais fortement atteint et je n’avais pas du tout prévu de venir. »

 

Où en est Pescarolo Team à ce jour ?

« Etant le seul décisionnaire, je suis responsable de tout ce qui m’est arrivé. Cependant, il y a eu pas mal de facteurs de circonstances qui ont fait que j’ai dû faire des choix. Ces choix ont donné la situation actuelle. Le tout premier problème est imputable à Jean Py d’où un dépôt de bilan de Pescarolo Sport. La suite a été indépendante de ma volonté. J’ai fait un choix qui s’est avéré catastrophique et je m’en veux. Quand on regarde le passif complet de l’écurie, je ne suis pas le seul à m’être planté. Via un ami, on m’a présenté Luxry Racing. Je n’ai pas pris la précaution de vérifier quoi que ce soit car il y avait urgence puisque nous étions en début de saison. On signe un précontrat avec le versement de 10% de ce qui était signé. Ce n’était pas rien car l’ACO nous interdisait de poursuivre avec le moteur 5 litres. Il fallait donc trouver une solution. La décision a été prise de passer en 3.5 litres et de continuer l’aventure. »

 

Deux projets se sont alors mis en place avec la Pescarolo 03 et la Dome…

« Exactement ! Grâce à l’arrivée du partenaire, il y a eu le lancement du projet P03. Sur le papier, c’était enthousiasmant. Claude Galopin et moi avons compris que les chiffres de CFD donnés par Nicolas Perrin étaient bons. Roald Goethe nous laissait l’auto et nous savions que l’étude aéro était bonne. De plus, il a fallu rajouter à cela la proposition de Dome. Nous avions alors un programme complet et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Malheureusement, le partenaire n’a pas tenu parole et seul le programme Dome fonctionnait tout seul. Nous voulions aller au Mans avec la P03 mais les moteurs Judd ont tous cassé alors qu’auparavant il n’y avait jamais eu le moindre problème moteur. Nous n’avions pas le temps ni les finances pour trouver où était le loup sur l’auto. Les premiers tests ont révélé une efficacité inférieure de 30% par rapport à la P01, alors qu’on annonçait 20% de mieux. Il aurait fallu repasser l’auto en soufflerie. Nous n’avions ni le temps ni les moyens pour cela et je ne remets pas en cause le travail de Nicolas Perrin. C’était pour moi la plus épouvantable édition des 24 Heures du Mans. Goethe n’a pas souhaité poursuivre et on sait ce qu’il est advenu de l’aventure Luxury. »

 

D’où la procédure de sauvegarde…

« Nous avons tout de même bien géré car il fallait prendre une décision sachant que nous avions de l’argent sur le compte. En France, il est assez compliqué d’obtenir une procédure de sauvegarde. J’ai alors mis mon personnel en chômage technique dans de bonnes conditions, ce qui était primordial pour moi. Cela m’a ôté un problème de conscience. La sauvegarde dure six mois. Nous avons rien trouvé de concret pour poursuivre et il a fallu couper le cordon ombilical en janvier dernier. Je ne m’en suis pas encore totalement remis car c’est une épreuve dure à vivre. C’est aussi pour cela que j’avais décidé de ne pas répondre à la presse et de ne plus venir au Mans. »

 

Dans un second temps, nous aborderons le côté purement sportif avec un Henri toujours aussi combatif pour revenir sur la scène.

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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