European Le Mans Series

Carlos Tavares : "Au bout du compte, le meilleur doit gagner."

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Présent à Imola, Carlos Tavares a navigué entre le box Sigantech-Alpine et son propre box de la GP2 avec laquelle il prend part au championnat XL Formula. Si l’aventure italienne de l’Alpine A450 s’est traduite par une belle deuxième place en European Le Mans Series, son meeting derrière le volant s’est achevé prématurément suite à un souci moteur. Ce n’est pas le Directeur Délégué des Opérations de Renault ni le pilote que nous sommes allés voir mais bien le passionné de sport automobile qu’il est. De quoi faire un entretien un peu décalé…

 

Laurent Mercier : Quel est votre premier souvenir en sport automobile ?

Carlos Tavares : « Il faut remonter loin dans le temps (rires). Je dirais 1980 lors d’un départ d’une course urbaine à Vila Do Conde où je pilotais une Alfasud Sprint. J’avais terminé 5ème des qualifications et en pole de ma classe. Je me suis donc élancé de la troisième ligne. Au bout de la première ligne droite, j’ai voulu prendre la trajectoire idéale pour finalement me faire passer par une partie de mes adversaires. Pari perdu ! (rires). Je retiens également des courses à Estoril dans au début des années 70. Le passage du Rallye Monte Carlo à Lisbonne restera également un grand moment avec les Porsche 934. »

 

Votre meilleur souvenir ?

« Il y en a beaucoup ! Les bagarres en Supertourisme à Pau-Ville restent parmi mes préférées. J’ai le souvenir d’une belle lutte face au regretté Yvan Lebon qui pilotait une BMW et moi une Renault Megane avec comme enjeu la 3ème place du scratch. Nos autos étaient différentes, ce qui rendait le plaisir encore plus intense. J’ai réussi à le passer au bout de la ligne droite pour terminer troisième et premier de ma classe sous la pluie. A Pau, on passe son temps à rouler sur les trottoirs. C’était un grand moment que de rouler si près des rails, où aucune erreur n’est permise. Lorsque l’on finit, on ne peut qu’être satisfait. Cette époque Supertourisme était fabuleuse. »

 

Une auto de série vous a marqué plus qu’une autre ?

« La Nissan GT-R. La veille de Le Mans Classic 2012, j’ai pu rouler à son volant sur le grand circuit durant quatre ou cinq tours. Le plaisir à l’état pur ! J’ai pu me rendre compte du niveau de tolérance extraordinaire de la sécurité active de cette auto. Nissan a fait un travail fantastique sur cette auto. J’ai également piloté le modèle de course à Fuji à l’occasion du Nissan Festival, sans oublier la R390. Des grands moments ! »

 

Et une voiture de course ?

« La GP2 que je pilote actuellement. A chaque fois que je m’assois dans le baquet, je prends du plaisir. Il faut être précis, rigoureux et patient. Si l’on respecte ces trois critères, on progresse à chaque roulage. J’en profite pleinement durant les trois semaines qui me suivent où je me dis : « là j’aurais dû plutôt prendre le virage de telle façon. » Elle a un tel potentiel de performance. Auparavant, je pilotais une WSR 3.5 mais là on repousse encore les limites. »

 

Un pilote ?

« Je ne fais pas dans l’idôlatrie. En début d’année, la Rallye de Monte Carlo Historique m’a marqué. Il y avait notamment Alain Serpaggi, Jean Vinatier et Jean Ragnotti. Nous avons passé cinq jours inoubliables à discuter technique, voiture et un tas d’autres sujets. A lui seul, Jean Ragnotti représente les valeurs de la marque Renault. C’est quelqu’un de toujours positif et de bonne humeur. »

 

Comment voyez-vous le sport automobile dans dix ans ?

« L’équilibre entre le sport et le spectacle est dur à gérer. A titre personnel et en tant que sportif, je ne suis pas très favorable à une Balance de Performance. J’ai bien conscience qu’il faut un intérêt pour le spectacle mais il faut en trouver la limite et là on va trop loin. Mettre en place une BOP pour une saison afin de limiter les coûts, je ne suis pas contre. En revanche, je pense qu’il n’est pas bon de la changer au gré de la saison. Au bout du compte, le meilleur doit gagner. Il va falloir mettre un terme à l’évolution. Il faut aussi faire attention aux enjeux économiques et redistribuer l’argent du sport automobile aux acteurs du sport auto afin de ne pas assister à des dérapages. Je ne suis pas pessimiste pour l’avenir mais il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas de dérive. »

 

Selon vous, la France est un pays autophobe ?

« Il y a une réduction des espaces de liberté d’une façon générale et la voiture est un instrument de liberté. Je pense sincèrement que ce n’est pas la bonne stratégie sur le long-terme. Il ne faut pas pénaliser la jouissance de l’automobile et ne pas être en permanence à regarder si l’on n’est pas piégé. Il faut offrir à l’être humain une flexibilité de déplacement. En France, posséder une automobile est indispensable pour se déplacer car nous ne sommes pas au Japon. De plus, cela dessert l’industrie que ne pas faire la part belle à l’automobile. Sur le plan sociétal ce n’est pas la bonne direction, et c’est la même chose sur le plan de l’industrie. C’est comme si demain on décidait que les avions fabriqués en France auraient moins de capacité que ceux des autres pays. »

 

Donc il y a toujours de la place pour avoir une GT « made in France » ?

« Sans aucun doute ! C’est bien ce qu’Alpine compte faire. On peut être responsable tout en conduisant une GT car sur la route on parle bien de conduire et pas de piloter. Chez Renault, nous avons les Journées Passion pour se faire plaisir sur une piste fermée avec toute la sécurité qui va avec. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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