Tenant du titre en Challenge d’Endurance Moderne Protos, le Pegasus Racing était vendredi et samedi sur le circuit de Magny-Cours pour la séance d’essais d’avant saison de la Série VdeV. Après une saison 2008 plus que fructueuse avec les Ligier JS49, le team alsacien va défendre son titre -le deuxième en VdeV après celui obtenu en 2006- avec les nouveaux modèles du constructeur nivernais : la JS51. L’équipe va également passer cette année à l’échelon supérieur, en s’engageant dans le Championnat Le Mans Series, avec une Courage LC75 AER.
Nous avons rencontré Julien Schell, vainqueur lui aussi du Challenge en 2006. A 30 ans, Julien a déjà une jolie carte de visite : vice-champion de Formule Ford Promotion en 2000 et vainqueur de l’Euro-Asia Cup la même année, Champion d’Allemagne de Formule Ford 2001, Champion de France de Formule Ford 2002, 3ème de ce même Championnat en 2003, Vainqueur de la Coupe des Nations au Formula Ford Festival en 2005; deuxième du Challenge d’Endurance Moderne en 2005 également, vainqueur du Challenge d’Endurance Moderne en 2006, 4ème de la Peugeot Spider Cup en 2007 et donc vainqueur du Challenge d’Endurance Moderne Protos 2008. Julien, entre deux séances d’essais, a répondu à quelques questions vendredi.
Julien, comment se passe cette séance avec la Ligier JS51?
“Bien pour l’instant, nous découvrons la voiture, car c’est notre tout premier roulage, mais les premières impressions sont bonnes.”
Qu’est-ce qui diffère la JS51 de la JS49?
“Extérieurement, pas grand-chose, et pourtant la voiture est toute nouvelle. Le point très important est que la JS51 est totalement homologuée FIA. De ce fait, notamment en raison de l’arceau, la voiture a pris quelques kilos, mais Ligier a fait un énorme travail pour faire faire une cure d’amaigrissement sur le proto. Un gros effort a été apporté sur l’aérodynamique, qui est différente de celle de la JS49. Le cahier des charges était précis : la voiture devait avoir davantage d’appui, tout en ayant une traînée aéro moins importante. Le challenge semble être réussi. Pour l’instant, nous ne cherchons pas le chrono, mais dès demain samedi en fin de matinée, ça devrait aller.”
Julien, vous cumulez les fonctions de pilote et de Team Manager avec votre père Claude, n’est-ce pas trop difficile?
“Non, ça va. Nous sommes un team familial. Nous avons commencé notre aventure en Formule Ford en 1998, avec une petite remorque derrière la voiture. L’année suivante, nous avons acheté une seconde F Ford que nous avons louée pour financer la saison, et nous sommes petit à petit montés en puissance, en achetant un camion, puis en grimpant les échelons un à un (basé près de Strasbourg, indépendamment de ses activités Compétition en VdeV et en Le Mans Series, le Pegasus Racing propose à la vente des voitures de sport et de collection et vendra prochainement des pièces et accessoires destinés à la course automobile, NDLR). Les résultats sont venus petit à petit, avec notamment ces deux victoires en Challenge d’Endurance Moderne. Il est d’ailleurs dommage que ce Challenge ne se transforme pas en Championnat de France, car ce serait plus parlant pour l’opinion publique et les sponsors d’être Champion que d’être Vainqueur du Challenge, d’autant que c’est une très belle Série, très compétitive.”
La saison 2008 a été très brillante, j’imagine que vous allez vouloir poursuivre sur cette lancée?
“Effectivement, 2008 a été une année superbe. Nous avons été sur le podium tout au long de la saison, sauf lors de la dernière manche à Estoril, où nous avons abandonné sur casse mécanique, mais nous avons fait en tout trois victoires plus quatre podiums. Nous avons eu de la chance cette saison, même si celle-ci nous a privé de la victoire lors des deux premières courses à Jarama et au Val de Vienne quand nous avons été piégés lors des restarts. Nous avons beaucoup joué sur la stratégie de course avec David Caussanel et moi-même. Nous avons essayé d’appliquer la même tactique tout au long de l’année: je prenais le premier relais et j’essayais de rester le plus longtemps en piste, la consommation du moteur Honda nous permettant de tenir près de 1h45, et ensuite David terminait la course. C’est parfois passé très près, il nous est arrivé de terminer l’épreuve avec seulement deux litres de carburant dans le réservoir, mais au bout du compte notre stratégie s’est montrée payante…”
Combien de Ligier JS51 pour le Pegasus Racing en 2009? Deux, trois?
“Nous aurons deux Ligier JS 51 seulement, c’est plus raisonnable. Avec David Caussanel, nous allons essayer de conserver notre titre et la seconde voiture sera pilotée par deux revenants dans l’équipe, Jean et Jean-Christophe Metz (ce dernier 3ème du Challenge Moderne 2006 et vainqueur de la Coupe des Nations de Formule Ford en 2005 avec Julien Schell). Jean et Jean-Christophe forment une équipe solide qui sera redoutable dans les épreuves d’endurance.”
Basés en Alsace, où est-ce que vous pouvez tourner en essais?
“Il y a un circuit pas très loin, le Geoparc, mais c’est assez cher. De plus, personnellement, j’aime bien tourner sur les circuits où nous allons courir, comme Dijon par exemple, donc c’est sur ces circuits que nous faisons des essais en priorité. Sinon, il nous arrive d’aller à Hockenheim, qui n’est qu’à 100 km de nos ateliers.”
Parlons maintenant un peu des sujets qui fâchent…Vous aviez déposé une demande d’engagement pour les 24 Heures du Mans?
“Oui, mais nous ne sommes pas déçus. Nous nous doutions un peu que pour notre première candidature, avec beaucoup d’autres concurrents, nous avions peu de chances d’être retenus, mais cette candidature est un positionnement, car notre ambition -et la mienne personnellement, depuis fort longtemps, c’est de courir les 24 Heures du Mans. J’ai eu la chance de rencontrer Yves Courage, et nous nous disions que faire Le Mans avec la seule véritable Courage restante, ce serait sympa, mais nous reposerons notre candidature, aussi nous ne sommes pas abattus.”
Comment en êtes-vous venus à acheter la Courage LC75 AER?
“Dès la fin 2006, le projet d’aller en Le Mans Series a commencé à germer. Nous avons fait un break en VdeV après le titre 2006 pour courir en Peugeot THP Spider Cup; cette épreuve se déroulant en lever de rideau des Le Mans Series, c’était un excellent moyen pour nouer des contacts. C’est à l’époque que nous avions rencontré Monsieur Courage -un grand monsieur, comme Guy Ligier, toujours passionné- qui nous avait proposé d’acheter un châssis de LC75 équipé du bloc AER. En 2007, Courage Compétition ayant été acquis par ORECA, nous sommes revenus au VdeV avec la Ligier JS49. ORECA nous a contactés en fin de saison pour savoir si nous étions encore intéressés par la LC75. Ceci étant en accord avec nos projets, la proposition nous a séduit. La voiture, bien qu’elle soit de 2007, n’a en fait que peu roulé : elle a fait les 24 Heures 2007 avec l’équipe del Bello et a ensuite fait Valencia. Elle a servi de voiture de développement pour la Formula Le Mans et n’a que peu tourné en essais. ORECA nous apportera son soutien et nous allons faire pour le mieux .Le VdeV est une bonne approche, car les voitures sont performantes, nous atteignons en pointe près de 275 km/h. J’ai tourné à Barcelone en même temps que des LMP2 avec la Ligier et nous n’étions pas ridicules. Nous étions à sept secondes de Jos Verstappen avec sa Porsche. Sept secondes c’est peut-être beaucoup, mais c’était Verstappen et une RS Spyder ! Par rapport aux LMP2 les moins performantes, nous étions pas mal. Je ferai équipe avec Philippe Thirion, qui nous a beaucoup aidés pour que nous puissions disputer les Le Mans Series.”
Des nouveautés sur la voiture?
“Pas directement sur la voiture, mais sur les pneumatiques. J’ai depuis longtemps d’excellentes relations avec AVON et le manufacturier a l’intention de revenir au premier plan et notamment au Mans. Nous serons donc chaussés en AVON, les seuls du plateau. Nous serons leur équipe de développement, ce qui aura une influence positive sur nos finances, les pneumatiques coûtant cher. La Courage LC75, qui était à l’origine rouge, a été repeinte en blanc par ORECA, mais elle sera cette année aux couleurs du Pegasus Racing.”
Vous allez participer prochainement aux essais Le Mans Series sur le circuit HTTT Paul Ricard. Participerez-vous aux essais sur le circuit Bugatti?
“Nous n’irons pas sur le Bugatti en avril, car comme je vous l’ai dit, nous préférons tourner sur des circuits sur lesquels nous allons courir, ce qui n’est pas le cas du Bugatti. Dans le cas du HTTT Paul Ricard, c’est différent, car nous allons présenter l’équipe et la voiture et nous avons encore quelques petites choses à régler, comme le transpondeur par exemple.”
Nous remercions Julien Schell et nous lui souhaitons ainsi qu’au Pegasus Racing une année 2009 fructueuse.
Propos recueillis par Claude Foubert