Les 24 Heures du Mans, l’objectif principal de Peugeot, se gagnent avec de l’expérience. Pour la troisième année de son programme 908, c’est donc fort logiquement que la firme au Lion a reconduit sept des neuf hommes présents en 2008. Peugeot a misé sur la continuité et finalement, comment aurait-il pu en être autrement ? Les équipages alignés l’an dernier possédaient déjà de nombreuses qualités et il n’a pas manqué grand chose pour que le constructeur français n’atteigne son objectif. Avec les arrivées de Sébastien Bourdais et David Brabham, deux pilotes mêlant rapidité, expérience et caractère, Peugeot Sport espère bien gravir l’ultime marche du podium manceaux.
Minassian/Gené et Sarrazin/Lamy : Les indéboulonnables…
Présents depuis les premiers pas du programme, à la fois en Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans, Nicolas Minassian, Marc Gené, Stéphane et Pedro Lamy ont été conservés. Logique, puisque trois d’entre eux font partis des meilleurs pilotes en Protos !
Stéphane Sarrazin a pris une nouvelle dimension depuis son arrivée chez Peugeot. On connaissait ses qualités depuis de nombreuses années, notamment de par son parcours en monoplace, sa transition réussie en rallye et son retour remarqué en endurance, via Aston Martin. Depuis, le pilote gardois a enfilé le costume du patron. Ses deux poles aux 24 Heures du Mans en témoignent. Les hommes qui l’ont devancé sur tour chronométré sont peu nombreux. Stéphane a pourtant vécu une saison 2008 plus compliquée que la précédente. Sa voiture était certainement la plus rapide dans la Sarthe, mais la mécanique en a décidé autrement. Quant aux Le Mans Series, après avoir décroché le titre en 2007, il n’a pas été en réussite, notamment à Barcelone, dès l’ouverture du championnat. Fort de sa traditionnelle soif de vaincre, il faudra compter sur lui en 2009, à n’en pas douter.
Si la présence de Stéphane Sarrazin ne faisait pas doute, celle de Pedro Lamy, son habituel coéquipier, avait été davantage remise en question durant l’intersaison. Dans les médias en tout cas… Difficile de comprendre pourquoi le Portugais aurait été mis au placard. Il n’a pas commis de grossière erreur et, s’il a été moins flamboyant que son partenaire, il est toujours allé au combat quand il le fallait. L’Audi de Mike Rockenfeller à Monza en a fait les frais ! Au Mans, il était parmi les meilleurs pilotes Peugeot. Malheureusement, il n’était pas sur la bonne voiture, la fiabilité de la n°8 ayant fait défaut. Expérimenté et rapide, Pedro forme de plus un excellent binôme avec Stéphane Sarrazin. Il devait forcément être de l’aventure…
Nicolas Minassian a été le grand malheureux de l’an dernier. 2008 aurait pu (aurait dû ?) être son année. Le Marseillais, dont on sait à quel point Le Mans lui tient à cœur, a touché son rêve du bout des doigts. Malheureusement, il échouera sur la deuxième marche du podium, même après avoir tout tenté. Il aurait pu se venger avec un titre en Le Mans Series, mais le destin sera cruel. Après avoir porté la n°7 à bout de bras durant toute la saison, il abandonnait ses espoirs de titre, et ceux de Peugeot avec, dans un accrochage. Souhaitons pour Minass’ que cet épisode ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Et espérons que cette malchance qui semble toujours lui coller à la peau, lui lâche un peu la grappe. Malgré un exercice 2008 paradoxal et finalement mitigé, Nicolas n’en reste pas moins une des références de la discipline. Il le prouvera certainement dans les mois qui viennent…
A l’instar de Pedro Lamy, Marc Gené n’avait pas la faveur des pronostics. Et pour cause, il a été régulièrement dominé par les trois autres pilotes-titulaires en Le Mans Series. Aux 24 Heures du Mans, seuls Jacques Villeneuve et Ricardo Zonta ont fait moins bien que lui. A la décharge de l’Espagnol, il avait été victime d’un violent crash lors de la Journée Test. Un accident qui n’avait pas causé trop de bobos fort heureusement. Reste que ce n’était pas l’idéal pour se préparer au double tour d’horloge sarthois. Avec la réduction des essais en F1 et après être passé si proche du succès en terres mancelles ainsi que du titre en Le Mans Series, Marc Gené a certainement été séduit pour continuer le challenge. Et comme son bagage technique est aussi important que le marché espagnol l’est aux yeux de Peugeot, différents éléments étaient réunis pour que les deux parties poursuivent l’aventure ensemble.
Montagny, Klien, Wurz : Ils ont convaincu…
A l’instar des quatre pilotes cités précédemment, Franck Montagny, Christian Klien et Alexander Wurz poursuivent l’aventure. Ce n’est pas une grande surprise, tant les trois hommes ont fait preuve de talent au volant de la 908.
Pour Franck Montagny, on se risquerait presque à parler de révélation. Bien évidemment, les qualités du Français sont connus depuis de nombreuses années. On le sait, il est un des pilotes le plus doué de sa génération. Mais tout de même, pour son retour en endurance, FKM a réalisé une excellente saison. Comme ses deux autres coéquipiers sur la n°9 (Zonta/Klien), il découvrait la 908. Il n’a pas mis longtemps à trouver le bon rythme. On se souviendra de son incroyable quadruple relais au Mans. Dans la Sarthe, il a d’ailleurs été le deuxième homme le plus rapide en course. Il a poursuivi son année outre-Atlantique, avec l’Acura du Andretti-Green Racing. Réussissant à métamorphoser un team qui n’avançait plus, celui que l’on surnomme Big Tank s’est imposé à deux reprises, dont une fois au général. De quoi convaincre, si besoin en était, Peugeot de le conserver.
Douze ans après son unique participation aux 24 Heures du Mans, conclue par une victoire, Alexander Wurz faisait son retour dans la Sarthe. Comme Marc Gené avant lui, il a mené de concert le rôle de pilote-essayeur en F1 et celui de pilote titulaire en LMP1. L’Autrichien voulait rejoindre le Lion et découvrir la 908 ; il l’avait dit à son agent courant 2007. Il avait également dit qu’il ne « serait pas là pour une seule année ». Le seul pilote Peugeot à s’être imposé au Mans avait vu juste puisqu’il sera de nouveau de la partie en 2009. Il faut dire qu’après une erreur lors des 1000km de Spa, Alexander Wurz a été irréprochable. Sa prestation en juin dernier a été à l’image de ses coéquipiers (Lamy/Sarrazin) : convaincante mais réduite à néant par un problème mécanique.
Pour Christian Klien, la donne est différente. Comme son compatriote, il est toujours proche du monde de la F1 puisqu’il officie pour BMW en tant que pilote d’essais. Mais contrairement à Alexander Wurz, il n’avait jamais disputé les 24 Heures du Mans ou pris le volent d’un prototype. Le passage d’une F1 à un LMP n’est pas facile, certains l’ont appris à leur dépend. Mais à 26 ans (il les a eu samedi), l’Autrichien n’a pas éprouvé tant de difficulté que cela, se montrant compétitif. Son manque d’expérience l’avait certainement un peu pénalisé, notamment dans le trafic, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il avait participé ensuite au Petit Le Mans. Une participation réussie, le benjamin des équipages Peugeot résistant à Allan McNish un certain temps avant de céder devant… l’expérience de ce dernier. Nul doute que cette passe d’arme avec l’Ecossais lui servira à l’avenir.
Non content de conserver son baquet chez Toro Rosso en F1, Sébastien Bourdais sera donc au départ des 24 Heures du Mans. Notons d’ailleurs que le dernier pilote-titulaire en F1 à avoir disputé la classique sarthoise la même année se nomme… Franck Montagny. Inutile de présenter le pilote manceau, quadruple vainqueur du Champ Car entre autres, qui possède une bonne côte de popularité dans les médias. Après s’être vu fermer les portes de la F1 durant plusieurs années, il y a enfin accédé l’an dernier. D’où son absence dans la Sarthe. Il ne découvrira pas la 908, pour l’avoir piloté il y a deux ans. Il retrouvera donc Peugeot et un monde qu’il connaît bien. Reste à faire oublier le premier virage de l’édition 2007… Il sera également intéressant de comparer ses performances avec les autres tricolores : à voiture égale, qui de Minassian, Sarrazin, Montagny ou Bourdais sera le plus rapide ? De la réponse ne dépendra pas la victoire au Mans, mais tout de même. Cela devrait animé quelques débats du côté des passionnés de sport automobile…
L’arrivée de David Brabham, c’est un peu la surprise du chef. L’Australien sort d’une saison époustouflante avec Acura et le Highcroft Racing. Son expérience et sa vélocité font de lui une recrue parfaite. Mais le passage d’Acura dans la catégorie et l’arrivée officielle d’Aston Martin, dont il est un des pilotes attitrés depuis plusieurs saisons, auraient pu refroidir les ardeurs de Peugeot. Et bien non et voilà qu’un Brabham retrouve le Lion seize ans après un autre. Celui-là s’appelait Geoff et avait remporté les 24 Heures du Mans en 1993 avec la 905. Le frère réécrira-t-il l’histoire ? Réponse le 14 juin. Une chose est sûre : Peugeot tient son pilote britannique (Brabham est de nationalité australienne, mais né en Angleterre. Et son tempérament est bien “So British”). Et alors qu’on voyait Anthony Davidson rejoindre les rangs, c’est finalement un homme d’expérience (43 ans/15 participations) et au caractère bien trempé qui débarque. D’ici Le Mans, on suivra attentivement les 12 Heures de Sebring : en Floride, David Brabham sera au volant de son Acura… et il jouera des coudes avec ses futurs équipiers !
Ricardo Zonta et Jacques Villeneuve sont les seuls à ne pas avoir été conservés. Rien de très surprenant dans la mesure où les deux pilotes ont, d’après les statistiques, été les moins rapides des équipages. Dommage pour le Canadien qui ne parviendra pas à ajouter Le Mans à son riche palmarès. Peut être n’est-ce que partie remise. Comme en 2008, Anthony Beltoise sera le dixième homme. Toujours vêtu de la combinaison de pilote de réserve, il sera présent en Le Mans Series sur une Ferrari du Farnbacher Racing.
Lors des 12 Heures de Sebring, les deux 908 seront confiées à Klien/Lamy/Minassian et Bourdais/Montagny/Sarrazin, ces trois derniers formant un trio 100% français du tonerre ! A Spa, les équipages seront identiques : Klien/Lamy/Minassian, Montagny/Sarrazin (Bourdais étant absent pour cause de GP F1), et donc Brabham/Gené/Wurz pour une troisième Peugeot très internationale. Précisons que les équipages peuvent encore évoluer pour les 24 Heures du Mans.
Anthony Megevand








