Dix mois après son grave accident durant la Journée Test des 24 Heures du Mans, Guillaume Moreau est toujours en pleine rééducation avec un moral toujours au beau fixe. Le pensionnaire du OAK Racing travaille quotidiennement pour revenir au meilleur de sa forme le plus rapidement possible. Le pilote de la Région Limousin n’a pas connu d’intersaison cet hiver en étant tous les jours sur le pont. A quelques jours du coup d’envoi de la saison mondiale d’Endurance, un point avec le fer de lance de l’équipe de Jacques Nicolet s’est imposé afin de savoir où en est sa rééducation mais aussi sur son futur en sport automobile. Avant d’aller rendre une visite au Championnat du Monde d’Endurance à Spa puis au Mans, Guillaume Moreau était à Monza le week-end dernier pour aller supporter son ami Jean-Luc Beaubelique, le Limougeaud étant engagé en Blancpain Endurance Series au sein du Team SOFREV-ASP.
Laurent Mercier : Quelles sont les dernières nouvelles sur le plan physique ?
Guillaume Moreau : « Je suis toujours en pleine rééducation quotidienne à Limoges afin de retrouver de la sensibilité sur les pieds. Je fais de l’électrostimulation pour les nerfs dans le service du Pr Salles à l’hôpital de Limoges avec une journée sur deux, des séances de préparation physique avec Sophie Roulaud. Tout évolue petit à petit dans le bon sens, mais moins vite qu’au début. Il y a quelques semaines, je suis retourné au CHU d’Angers pour revoir le neurochirurgien qui m’a opéré afin de faire un point ensemble. La bonne nouvelle est que j’évite une nouvelle opération qui aurait dû servir à solidifier la vertèbre cassée (T12) par voie antérieure. Les plaques en titane placées dans le dos ont bien pris. Le Dr Lucas a été agréablement surpris et l’opération n’est donc pas nécessaire. Tout a réussi à se consolider convenablement. C’est pour moi une très bonne nouvelle car je n’étais pas très chaud pour retourner sur la table d’opération. »
Le premier bilan est donc positif ?
« La prochaine fois que je retournerai à Angers, ce sera pour ôter les plaques en titane. C’est prévu pour fin 2013, début 2014. C’est une petite opération qui devrait vraiment me libérer. Maintenant, tout ne peut qu’aller dans le bon sens. Je boite toujours un peu et je ne peux pas encore me mettre sur la pointe des pieds. Tout récupère petit à petit. C’est une affaire à suivre au quotidien. On ne peut pas garantir à ce jour qu’il n’y aura aucune séquelle et on ne peut donner aucune prévision de date sur un rétablissement total. Dans mon cas, j’ai récupéré très vite dès le début. Je suis entré dans une phase où il faut plus de temps. Selon le Pr Lucas, il y a encore plein de choses positives à venir. Il faut donner encore plus de temps au temps. On avance ! Sur le plan osseux, le problème est réglé. Pour ce qui est des nerfs et de la moelle, il faut être patient. Il y a une multitude de petits détails qui font que tout avance progressivement depuis quelques mois. Il est clair que je ne vais pas me mettre sur un vélo en danseuse dès demain et je vais attendre encore pour disputer le Tour du Limousin (rires). Le moral est là et c’est très important. »
Il y a un objectif de date quant à un retour à la compétition ?
« C’est dur pour moi de me projeter dans l’avenir. Déjà, je suis arrivé à un stade où je peux avoir la possibilité de rouler à nouveau. J’ai parcouru pas mal de chemin. Il faut que je retrouve de la sensibilité dans le pied et le mollet. C’est difficile de faire une quelconque prédiction. C’est la première fois que le CHU d’Angers s’occupe d’un sportif et le service n’avait encore pas vu une récupération comme la mienne. Je nage sur une distance de 1.5km comme je le faisais avant. Durant l’hiver, j’ai fait des raquettes dans la neige en compagnie de Jacques (Nicolet) pour mon plus grand plaisir. Le service hospitalier est globalement surpris de ce que j’arrive à faire et cela les intéressent forcément. Mon dos sera aussi solide qu’avant. Pour piloter un prototype, il faut de la force sur la pédale de frein. Piloter une GT est différent du fait de l’ABS. Aujourd’hui un retour en GT est plus envisageable mais d’ici la fin de l’année les choses peuvent évoluer. »
Tu restes toujours proche de OAK Racing…
« Bien sûr ! Je garde un œil sur l’équipe. OAK Racing est comme ma deuxième famille. Je suis toujours l’équipe et je serai présent sur quelques courses, et notamment les 6 Heures de Spa mais aussi et surtout les 24 Heures du Mans. Mon rôle est d’être présent sur le plan évènementiel. La course est partie intégrante de ma vie et c’est toujours un bonheur que d’être présent sur un circuit. Je suis venu à Monza pour voir évoluer Jean-Luc Beaubelique qui est aussi un partenaire de OAK Racing. »
Qu’as-tu pensé de la Blancpain Endurance Series ?
« J’avais quitté le championnat aux 24 Heures de Spa en 2011 avec une victoire en Pro-Am. C’était la première année du championnat et j’avais déjà été surpris par la qualité du plateau. On peut dire qu’en protos il y a le FIA WEC et en GT la Blancpain Endurance Series. Toutes les grandes marques GT sont représentées. Cette présence en Italie m’a permis de mieux me familiariser avec le monde du GT. J’ai aussi revu avec plaisir des têtes connues et c’est toujours sympa de discuter avec les pilotes de diverses nationalités sachant que tout le monde a été choqué par mon accident. Il est vrai que cela fait encore un peu bizarre d’être sur un circuit et de ne pas rouler, mais chaque chose en son temps. »
Le Championnat du Monde d’Endurance a repris ses droits le week-end dernier. Quel est ton regard sur la saison à venir ?
« C’est très beau d’avoir un tel plateau par les temps qui courent. Le championnat a su résister à la crise et on ne peut que s’en féliciter. Je vais suivre de près OAK Racing dans une catégorie LMP2 qui s’annonce encore plus relevée que l’année passée. Les équipages sont vraiment relevés dans chaque équipe et OAK Racing a de quoi nourrir de grandes ambitions avec des calibres coomme Olivier Pla ou Bertrand Baguette. Je pense que l’année va être intéressante et disputée. OAK Racing a plutôt bien débuté avec un podium pour Olivier (Pla), Alex (Brundle) et David (Heinemeier-Hansson). Bravo à eux et à toute l’équipe ! »
Propos recueillis par Laurent Mercier