Avec 60 GT3 en piste à Monza pour le coup d’envoi de la Blancpain Endurance Series « Saison 3 », bien malin qui aurait pu prédire le Top 5 final. Lancée sur ce même circuit en 2011, la série Blancpain est devenue incontournable sur la planète GT si bien que certains pilotes n’hésitent pas à la qualifier de Championnat du Monde GT malgré des meetings uniquement européens. On n’imagine même pas amener un tel barnum hors des frontières européennes. La crise économique étant ce qu’elle est, on aurait pu s’attendre à un plateau en baisse mais la recette plaît, d’où environ 19 500 000 euros en piste. L’année 2006 est bien loin avec des GT3 sorties des modèles routiers. On a maintenant à faire à de vraies GT taillées pour la compétition et les courses d’endurance.
Il y a tout juste un an, nous faisions part à Stéphane Ratel de notre scepticisme quant à l’avenir d’une classe Pro-Cup certainement appelée à disparaître du fait des coûts. Finalement les Pro-Cup sont deux fois plus nombreuses. Mea culpa ! La nouvelle catégorisation de pilotes a remis les pendules à l’heure. Seuls quelques-uns sont passés entre les mailles du filet, ce qui devrait être résolu d’ici les prochains meetings. Chaque pilote est suivi à l’issue des meetings avec une analyse de ses chronos. Un bulletin de note trimestriel en quelque sorte. Les « Am » sont encore en manque de compétition et on peut dire que dans l’ensemble le peloton a été des plus sages où tout le monde est passé sans encombre à la première chicane. Seules deux rapides neutralisations sont venues émailler les trois heures de course. L’aspect pilotes étant réglé, reste celui de la fameuse Balance de Performance.
Pour une catégorie qui ne repose sur aucun vrai règlement technique commun, le législateur peut dire qu’il n’est pas trop loin du compte. On sait bien que chaque marque a plus ou moins son tracé de prédilection. Les circuits rapides ne vont guère avantager les BMW au contraire des McLaren et Nissan, d’où un début de course tonitruant à Monza. En qualifications pas moins de 46 GT3 ont terminé en moins de deux secondes avec au volant des Pro, des Am, et des Gentlemen. La GT3 qui a le plus évolué est sans conteste la Nissan GT-R GT3. On aime ou on aime pas le look très panzer de la bête mais l’auto ne laisse pas indifférent. Son seul défaut est certainement un déficit en termes d’image par rapport à Ferrari, McLaren ou Porsche. L’Audi R8 LMS ultra doit faire sans l’imposant diffuseur, la McLaren MP4-12C a bien évolué depuis 2012, la Porsche 911 GT3-R fait penser à une GTE et l’Aston Martin V12 Vantage GT3 commence à se montrer. Pour le reste, on attend de voir les progrès de la Lamborghini Gallardo FL2, qui elle aussi doit composer sans la totalité du kit 2013 prévu initialement. La Ferrari 458 Italia GT3 fait quant à elle très sage dans ce peloton mais c’est bien la GT3 italienne qui s’est imposée lors du premier round. Seules les BMW Z4 GT3 et Mercedes SLS AMG GT3 semblent marquer le pas avec aucun changement notable visible à l’œil nu par rapport à la version 2012. Le seul vrai problème concerne les fameux kits à acheter en fin d’année, ce qui est très loin d’être un cadeau de Noël. Si en début de carrière des GT3 les évolutions annuelles pouvaient s’expliquer, il n’est plus vraiment normal de devoir payer 40 à 50 000 euros chaque année pour avoir une mise à jour qui pourrait en plus être mise à mal par la BOP.
Le meeting de Monza a offert un beau spectacle avec une grille garnie alliant qualité, quantité et diversité. Allez, on aimerait voir une ou deux Porsche en plus dans la classe Pro-Cup de même que quelques Mercedes et Aston Martin. Pour le reste, pas grand-chose à changer. Les pilotes Bronze se régalent toujours autant à rouler entre eux le samedi matin pour ouvrir le meeting. Le fait de faire le plein peut tout de même avoir quelques effets néfastes. On a du mal à imaginer une neutralisation peu avant l’heure de course au moment de ravitailler avec une meute entrant en même temps dans la voie des stands. A ce petit jeu, Saintéloc Racing et Belgian Audi Club Team WRT l’ont bien joué en Italie, l’avantage étant d’être en début ou toute fin de pitlane. On a vu une Nissan nous faire une « Hamilton » en s’arrêtant au mauvais stand, une Aston Martin se faire démonter sa portière par une Ferrari qui a touché un pneu au sol et des teams obligés de pousser et de repousser leurs montures pour pouvoir repartir. Un sacré challenge pour les mécaniciens sachant que l’étroitesse des stands de Monza a accentué ce phénomène de promiscuité. Même constat dans le paddock où il fallait se faufiler pour passer d’une structure à une autre, mais qui s’en plaindra…
On voit l’arrivée de pilotes venant d’horizons divers : Etats-Unis, Argentine, Brésil, Ukraine, Russie, Oman, etc… Si on peut parler d’un championnat européen de part les circuits empruntés, la série se mondialise. Plusieurs pilotes et médias nous avaient questionné sur la Blancpain Endurance Series aussi bien aux 24 Heures de Dubai que de Daytona. Place maintenant à Silverstone début juin où des renforts sont attendus !
Laurent Mercier