Pilote éclectique s’il en est, Simon Pagenaud fait ses débuts dans une nouvelle catégorie ce week-end à l’occasion des 24 Heures de Daytona. Le Champion American Le Mans Series 2010 découvre le Daytona Prototype sur l’une des deux BMW-Riley du Team Sahlen qu’il partage avec Dane Cameron, Wayne Nommamaker et Bruno Junqueira. Si le Poitevin a laissé le rapide Dane Cameron qualifier l’auto sur la deuxième ligne, Simon n’a pris le volant que pour la séance nocturne qu’il a bouclé tout en haut de la feuille des temps. De quoi montrer une fois de plus sa belle pointe de vitesse et sa faculté d’adaptation. Avant de reprendre la direction de l’IZOD IndyCar, l’ancien pilote Peugeot compte bien figurer sur ce Rolex 24.
Laurent Mercier : Simon, c’était un souhait que de découvrir le Rolex 24 ?
Simon Pagenaud : « Oui car cela fait partie des plus grandes courses au monde. Lorsque j’étais gamin cette course me faisait déjà rêver. C’est pour moi un bon entraînement pour la saison à venir. Je n’avais plus roulé en Endurance depuis les 12 Heures de Sebring chez Muscle Milk Pickett Racing. J’ai découvert le pilotage d’un DP lors des essais de décembre. L’auto demande un temps d’adaptation et j’ai peu roulé depuis jeudi. Cependant, je ne suis absolument pas inquiet. Dane s’est chargé de qualifier l’auto sur la deuxième ligne, ce qui est positif. »
Dane Cameron est méconnu, mais il fait partie des pilotes qui montent. C’est aussi ton avis ?
« Dane est un pilote rapide et intelligent. Selon moi il n’est pas employé à sa juste valeur. Je suis persuadé que dans le futur il sera intégré à de grandes équipes. Il a tout le package pour cela. Il fait son travail à la lettre. Dane est encore jeune et il fait partie des pilotes les plus professionnels que j’ai pu côtoyé jusqu’à présent. On parlera de lui à l’avenir, c’est une certitude. C’est un éternel travailleur. »
Comment s’est passé le contact avec le Team Sahlen ?
« Ils m’ont contacté à l’automne et j’ai sauté sur l’occasion. Ils ont une grosse expérience du Grand-Am en GT et le Team Sahlen passe cette année dans la catégorie reine. Cela fait plusieurs années que je voulais prendre part aux 24 Heures de Daytona et c’est toujours le temps qui m’a manqué. Comme je l’ai dit, cela permet de bien me préparer pour la saison IndyCar. »
Quelles ont été tes premières impressions sur l’auto ?
« C’est totalement différent d’une Peugeot 908 ou d’une HPD, tout comme d’une monoplace IndyCar. La plus grosse différence vient des pneumatiques. Pour le reste, ça reste une auto avec un volant, quatre roues, avec un très bon moteur. Les courses en Grand-Am sont toujours très belles. Le banking est très bien mais la partie de l’infield est vraiment très étroite et sinueuse. De plus, il n’y a pas trop de différences entre les protos et les GT. »
Compte tenu du rapprochement avec l’ALMS, que penses-tu de l’idée de voir des DP au Mans ?
« Il est vrai que les DP n’ont pas de châssis carbone et que cela peut avoir un effet dans le cas d’une sortie de piste. Cela ne me poserait pas de problème de rouler au Mans avec ce type d’autos. Elles ont bien évolué ces dernières années. Tu fais ton métier et tu sais ce que tu risques. L’avantage de cette formule est le coût. »
Cette saison, ton objectif reste l’IZOD IndyCar Series chez Schmidt Hamilton Motorsports…
« Oui et je vais d’ailleurs reprendre les essais sous peu à Sonoma pour valider différentes choses. L’équipe travaille pour améliorer l’auto sur les circuits routiers. Nous sommes bien sur les tracés urbains et le team sait où il faut mettre l’accent. Le Schmidt Hamilton Motorsports s’étend avec le recrutement d’Allen McDonald qui était auparavant chez Andretti. Il est clair que pour moi, il n’y aura plus l’effet de surprise et je pense que l’on va m’attendre. Je reste pleinement concentré sur mon objectif et je m’attends à une compétition encore plus serrée qu’en 2012. Des équipes comme Penske ou Ganassi seront une nouvelle fois au rendez-vous mais je pense que l’on sera dans le bon groupe. »
Tu suis toujours l’Endurance de près ?
« L’Endurance me passionne toujours autant. J’ai débuté en 2008 où c’était plus simple. Tu avais LMP1, LMP2, GT1 et GT2. Là il faut parler de GTE-Pro, de GTE-Am et je ne sais quoi encore. Il faut tenir compte des catégorisations de pilotes et les GT3 prennent de plus en plus d’ampleur. Je constate que c’est de plus en plus compliqué à comprendre. Il y a trop de championnats et trop de disciplines. Le rapprochement entre le Grand-Am et l’ALMS va dans le bon sens. Il s’est passé la même chose avec le Champ Car et l’IndyCar. Au final, on a vu que cela fonctionne et que le fait de réunir les marchés permet d’avoir un seul championnat sur le plan visuel. Le rêve de tout le monde est d’aller au Mans en LMP1 car ces autos sont exceptionnelles et exclusives. Il faut aussi des GT que l’on puisse reconnaître sur les routes. Les gens peuvent s’identifier à ce qu’ils voient quotidiennement. L’attrait pour les nouvelles technologies est aussi très important, comme on a pu le voir avec la DeltaWing. Le Mans a très bien compris cet intérêt. Selon moi, il faut ouvrir les règlements et donner plus de liberté. »
Il est prévu que tu roules en Endurance cette année ?
« Il y a un clash de date avec l’IZOD IndyCar Series le week-end des 24 Heures du Mans, ce qui fait que je ne pourrai pas être dans la Sarthe. En revanche, j’espère bien prendre part aux 12 Heures de Sebring, même si rien n’est confirmé à ce jour. J’ai déjà un programme de vingt courses en 2013, mais si j’ai la possibilité de rajouter les 12 Heures de Sebring, ce sera avec plaisir. Pour le reste, le rallye me plaît toujours autant et j’espère bien avoir le temps de rouler de temps à autre. »
Propos recueillis par Laurent Mercier