Habitué à la Porsche Matmut Carrera Cup et au championnat GT national, le Team SOFREV-ASP s’est lancé dans un nouveau défi l’année passée avec des débuts en Endurance via la Blancpain Endurance Series. Si Jérôme Policand est un familier de la discipline, l’équipe a dû apprendre. La campagne 2011 s’est soldée par une victoire aux 24 Heures de Spa (Pro-Am Cup) et un équipage qui a joué le titre jusqu’à l’ultime meeting de Silverstone. Bis repetita cette saison avec un nouveau double programme qui passe par l’engagement de trois Ferrari 458 Italia en GT Tour et deux en Blancpain Endurance Series. Au fil du temps, le Team SOFREV-ASP s’affirme comme l’une des équipes de pointe de la discipline GT3. Il faut dire qu’avec Badey/Beaubelique/Goueslard, Panis/Debard, Badey/Beaubelique, Barthez/Moullin-Traffort et un équipage gentlemen Savary/Baltahzard/Policand, il y a de quoi bien figurer dans les différents championnats. Avant des prochaines semaines chargées, Jérôme Policand fait le point avec nous sur les différentes activités du Team SOFREV-ASP, tout en évoquant également l’avenir.
Laurent Mercier : A deux meetings de la fin de saison Blancpain, quel premier bilan peux-t-on tirer ?
Jérôme Policand : « Nous sommes encore en lice pour la couronne Equipes. Au championnat Pilotes, c’est encore jouable sur le plan des points, mais ce ne sera pas facile. Le niveau du championnat est encore plus relevé que l’année passée. La Ferrari était bien en termes de performance à Monza et au Paul Ricard, et un peu moins à Silverstone et à Spa. Avec la #20, nous avons un super équipage. A chaque course, une auto de l’équipe est montée sur le podium, excepté à Silverstone avec une 4ème place. Au Paul Ricard, c’est la #10 qui est montée sur le podium avec un trio de gentlemen. »
La catégorie GT3 te satisfait ?
« Les GT3 vont assez vite et ce n’est pas la peine d’en rajouter. Je pense qu’il faut geler les évolutions et nous allons demander la même chose en France. Les évolutions valorisent de zéro une auto. Je suis globalement satisfait de notre engagement. Nous avons donné une dimension internationale à l’équipe et nous sommes respectés. C’est très motivant et gratifiant. En Blancpain Endurance Series, le team est actif et il y a les 24 Heures de Spa. Pour nous, l’épreuve a pu paraître plus terne cette année même si les deux autos sont rentrées dans le Top Ten au scratch. Devant nous, il y a cinq Pro-Cup dont des autos d’Usine. Selon moi, c’est le résultat le plus abouti du team car nous revenons cette année pour confirmer et ce n’est jamais une chose facile. »
Le Team SOFREV-ASP va donc rempiler en 2013 dans la série Blancpain ?
« La question que l’on peut se poser est de savoir s’il faut faire rouler une auto en Pro-Cup. On aimerait avoir une en Pro-Cup et deux en Pro-Am Cup. Pour nous, 2013 passera par le GT Tour et la Blancpain, ou alors les deux championnats badgés SRO. Il faudra voir selon les gentlemen drivers. Trois programmes n’est de toute façon pas envisageable. J’espère juste que le calendrier Blancpain sera figé, tout comme la partie technique. De plus, il faut une vraie définition du pilote Bronze. Je ne suis pas contre l’organisation d’une manche de 1000 km intégrée au calendrier. L’ambiance dans le championnat est bonne et les meetings sont très bien organisés. Pour ce qui est de la BOP, personne n’en parle, donc c’est qu’elle ne doit pas être si mal que cela. »
Le regard de Ferrari envers le team est différent ?
« Oui il est vrai que Ferrari suit d’un peu plus près nos résultats, notamment depuis cette année. Un des objectifs est d’avoir un soutien plus important et pourquoi pas l’apport d’un pilote. Cela a failli se faire cette année à Spa. Notre team répond à la réalité du marché. On peut voir qu’à l’échelon mondial, le GTE n’est pas très performant. »
Tu es satisfait de la saison en GT Tour ?
« Pour nous, cette présence est cohérente pour nos partenaires. Il y a un championnat de valeur en France. Le format est bon mais je souhaite avoir les mêmes thèmes qu’en Blancpain, c’est-à-dire un gel des évolutions et une vraie définition du Bronze. A 5 kg près, nous sommes au même poids dans les deux championnats, alors que l’an passé, la Ferrari était 60 kg plus lourde en France. On sait bien que les opérateurs ne sont pas les mêmes, mais les clients le sont. Selon moi, il faut un budget technique donné par les organisateurs. Les saisons sont financées par des pilotes qui ont les moyens, des gentlemen ou des sponsors. Il faut voir comment se justifie le sponsoring. Il y a toujours moyen de vendre du sport automobile, des opérations VIP et du rêve. En réalité, on ne demande que la stabilité. On sait par exemple qu’en Cup’, ça ne bougera pas pour les prochaines années. Je n’exclus pas un jour d’y retourner. Une évolution c’est infacturable à un gentleman en cours de saison. On est arrivé à une certaine limite et il ne faut pas la franchir, et ce peu importe les championnats. »
En GT Tour, Fabien Barthez est LA révélation de la saison…
« J’ai roulé avec un skieur et maintenant j’ai un footballeur dans mon équipe. Je ne suis pas surpris par Fabien. Il a des aptitudes c’est indéniable, mais entre avoir des aptitudes et rouler vite, il y a une différence. De 2008 à 2010, il n’avait jamais pris part à un championnat complet. Il ne faisait que des morceaux de saison même s’il avait déjà montré de belles choses. En 2011, on gagne le titre en Gentlemen. Fabien travaille le côté pilotage pour exploiter au mieux ses aptitudes. C’est quelqu’un d’hyper pragmatique. L’auto n’est jamais un problème pour lui. Il se concentre sur son pilotage. Les pilotes attendent beaucoup trop de l’auto, mais pas lui. Il a adapté son pilotage à la voiture. A Spa, il s’est senti à l’aise. Il a beaucoup roulé et dans toutes les conditions. Il a connu le facile comme le difficile avec la pluie de nuit et un trafic intense. Il sent l’auto et il arrive à gérer les courses. A Navarra, il a fait ce qu’il fallait pour gérer son avance. Ce qui l’intéresse, c’est comment aller plus vite. On sent que c’est un sportif de haut niveau. Le but est qu’il soit reconnu pour son pilotage et pas pour son nom. La saison 2013 lui permettra de concrétiser cela. On pourrait le voir sur quelques manches Blancpain, mais rien n’est défini sur le sujet. En tout cas, c’est un régal de travailler avec lui. C’était la même chose avec Luc (Alphand). Fabien est quelqu’un qui fait confiance à 100% et il ne remet jamais l’équipe en question. Son discours à la radio est réfléchi et il pose les bonnes questions. »
Il est possible de voir le Team SOFREV-ASP cette saison sur d’autres courses ?
« L’International GT Open à Barcelone est une possibilité, tout comme les 6 Heures VdeV à Estoril. Nous avons pensé un moment nous engager aux 12 Heures d’Abu Dhabi, mais cela ne se fera finalement pas. »
Et sur le plus long terme ?
« Si je devais changer radicalement mon fusil d’épaule, je montrais une structure aux Etats-Unis. J’aime le pragmatisme des Américains. J’en discute d’ailleurs régulièrement avec Tristan (Vautier). En Europe, on peaufine la coquille et on s’occupe de moins en moins de l’essentiel. La NASCAR roule toujours avec cinq écrous par roue et il n’y a pas de vérin. La fusion ALMS/Grand-Am, c’est du pragmatisme. Il y a deux championnats un peu moribonds et il n’y en aura plus qu’un. Je persiste à dire qu’il y a un vrai avenir pour le sport automobile en Europe. Maintenant pour nous quelle est la prochaine marche ? Seul l’avenir nous le dira… »
Propos recueillis par Laurent Mercier