Avec deux programmes ce week-end au Nürburgring, le Belgian Audi Club Team WRT n’aura pas le temps de chômer. Quatre Audi R8 LMS ultra sont présentes dans les deux stands occupés par le team de Vincent Vosse. Aussi bien en Championnat du Monde GT1 qu’en Blancpain Endurance Series, il ne restera plus qu’un meeting à disputer et l’écurie belge est encore en lice pour remporter les deux championnats. Comme toujours, le Belgian Audi Club Team WRT donnera le meilleur pour rester au contact de la concurrence. L’issue du World GT1 pourrait bien se jouer dans une semaine à Donington alors que la Blancpain Endurance Series devrait connaître son dénouement à la mi-octobre sur le tracé de Navarra. Avant deux journées bien remplies, Pierre Dieudonné, Directeur Sportif, nous a accordé un entretien pour parler de la saison, mais également de sa vision de l’Endurance, un an tout juste après nous donné son souhait de voir l’allocation d’une certaine quantité d’énergie pour les 24 Heures du Mans et le Championnat du Monde d’Endurance. Souhait exaucé !
Laurent Mercier : L’équipe WRT s’est renforcée ce week-end compte tenu de la charge de travail ?
Pierre Dieudonné : « Nous avons un effectif de 43 personnes avec des renforts extérieurs. Nous ne lâcherons rien et nous donnerons tout pour pouvoir jouer les deux titres sur les derniers meetings. Nous sommes des battants et on dit souvent : « tant qu’il y a de l’espoir il y a de la vie. » »
En World GT1, l’Audi R8 LMS ultra souffre d’une BOP défavorable. Après le doublé à Nogaro, on s’attendait à un cavalier seul des Audi, mais il en a été tout autre. Quel est ton sentiment sur cette BOP ?
« La Balance de Performance est ce qu’elle est. Il est difficile de porter un jugement, mais on peut clairement dire que ce n’est pas une grande année lorsque l’on en discute avec les autres équipes. La FIA n’a pas été suffisamment à l’écoute. L’Audi est bonne en piste lorsqu’elle est seule. La R8 LMS ultra a pas mal d’aéro et une excellente tenue de route. Pour équilibrer le tout, elle est étranglée sur le plan moteur. En course, on peut perdre des places avant le premier virage. Sans moteur, on ne peut pas dépasser même si on est à l’aspiration. C’est le même problème en monoplace ou en prototype lorsque tu suis une auto. Le pilote qui est derrière est en proie à du sous-virage. Nous avons demandé à la FIA plus de performance moteur quitte à modifier la hauteur de caisse. Nous n’avons pas été entendus. »
Il y a également le souci d’écrou de roue sur les R8 ?
« Nous avions soulevé ce problème lorsque nous avons pris la décision de nous engager. Nous avons maintenant des écrous style DTM en aluminium. Si l’écrou s’engage mal, ça ne fonctionne pas. Il y a aussi une différence sur le poids des roues. L’équipe s’est entraînée tout l’hiver à faire des simulations. Aux 24 Heures de Spa tout a bien fonctionné et nous étions les plus rapides sur les ravitaillements. Sportivement ce n’est pas équitable. Cependant, nous sommes ravis de prendre part à ces deux championnats. Nous avons connu beaucoup de satisfaction mais aussi de frustration. »
L’équipe est toujours en pleine progression ?
« Elle se consolide au fil du temps. C’est une grande satisfaction de la voir progresser. L’ambiance est très bonne malgré la jeunesse de l’équipe. »
Que retiens-tu des deux championnats internationaux où roule WRT avant le dénouement ?
« La Blancpain Endurance Series est un très gros succès sur le plan des participants. C’est différent du World GT1 sur le plan de la mentalité, de l’esprit et des concurrents. Pour rouler dans un championnat labellisé FIA, il faut être irréprochable car aucun laxisme n’est permis. On a pu le voir en Slovaquie avec une pénalité en fin de course. C’est bien d’avoir cette dureté et cette rigueur, ce qui fait que l’on aborde toujours une épreuve FIA avec inquiétude. On a suivi Stéphane (Ratel) dans ses projets. C’est quelqu’un qui a une grande expérience et compétence du GT. Il s’investit à fond et croit en ce qu’il fait. Nous croyons dans le concept 2013. Il faut stabiliser le tout et le faire monter en puissance. En 2013, la sauce sera quelque peu différente. Il y a de la place pour un championnat sprint de haut niveau. Il faut juste intéresser les constructeurs. »
Il y a tout juste an, tu prônais une même quantité d’énergie pour tout le monde pour ce qui est des 24 Heures du Mans. En 2014, les défis technologiques seront sur le devant de la scène ?
« Je tiens à adresser un grand bravo à l’ACO. On sort d’une longue période d’obscurantisme sur l’intérêt technique. Le nouveau règlement va dans le bon sens. Les constructeurs vont avoir un intérêt à revenir en Endurance. Audi et Toyota sont déjà là, Porsche va arriver et Peugeot aurait dû en être. Cela va nous faire des batailles de titan. Les dépenses sont justifiées pour les constructeurs et cela va avoir un effet accélérateur de progrès. Il y aura de l’intérêt pour les marques à communiquer sur le sujet. Le sport automobile permet de préparer les voitures de demain. »
Il y a toujours trop de championnats ?
« Oui et c’est le cas dans tous les domaines et pas seulement en sport automobile. C’est le signe de notre époque. Lorsque j’étais gamin ou adolescent et que j’entrais dans une librairie, il y avait seulement quatre titres qui parlaient de sport automobile. Maintenant on doit bien en avoir 25 ou 30. C’est la même chose en mode ou en informatique. Il y a profusion de l’offre. Pour en revenir aux championnats, le potentiel de clients se dilue. Chacun veut son championnat. On ne peut pas avoir un tas de championnats avec 15 autos. L’idéal serait d’en grouper pour avoir un championnat phare intéressant. Le concept ELMS et ALMS fonctionne grâce au Mans. On a eu l’ILMC et les séries continentales. Maintenant on a le WEC. L’idée est louable mais difficile à mettre en place. Il y a de moins en moins de gros évènements. Avant on avait les 1000 km du Nürburgring et de Spa. Maintenant, on assiste à des courses de 24 heures partout dans le monde et même les spécialistes n’arrivent plus à suivre. Chacun trouve une petite niche. »
La mise en place d’une seule série aux Etats-Unis en 2014 est une bonne idée ?
« Les teams américains ont leurs partenaires aux Etats-Unis. Il y a une reconstruction à faire. Elle se fera pas à pas. La Formule 1 a été construite intelligemment dans le temps. Le modèle n’est plus forcément reproductible. Bernie Ecclestone a développé la F1 en la mettant au-dessus de tout ce qui s’est développé autour. On est dans un monde qui est de plus en plus difficile et l’argent est dispersé dans beaucoup trop de championnats. Il n’y a pas de recette miracle. Le nouveau concept de l’Endurance en général peut être développé intelligemment. Le sport automobile n’est pas comme les autres sports car il tire sa force des constructeurs. Ils vont et viennent car on ne leur proposent pas quelque chose de durable. Ce à quoi l’on assiste maintenant aurait dû être fait dix ans plus tôt. »
Propos recueillis par Laurent Mercier