Depuis avril dernier, Pascal Couasnon a remplacé Nick Shorrock (parti à la retraite) à la tête du département compétition de Michelin. L’homme fort de Bibendum sur les circuits était présent à Road Atlanta pour le Petit Le Mans afin de suivre les équipes roulant avec les gommes françaises. A l’issue des dix heures de course, le pneumaticien est reparti de Georgie avec la victoire en P1 avec Rebellion Racing, PC avec CORE autosport en GT avec Extreme Speed Motorsports et en GTE-Am avec IMSA Performance Matmut. Au final, pas moins de 14 victoires de Michelin au Petit Le Mans en quinze éditions. C’est en suivant la course d’un oeil que nous avons longuemn conversé avec l’homme fort de Michelin en compétition.
Laurent Mercier : Le Petit Le Mans est une première pour vous ?
Pascal Couasnon : « Je connais bien l’épreuve pour y être venu à de multiples reprises. Avant d’occuper ce poste, j’étais responsable du marketing pour la partie américaine et nous avons au fil des éditions fait venir de plus en plus de monde. Cette année, nous avons environ 500 personnes qui sont venues suivre la course. »
L’Endurance fait partie intégrante de Michelin depuis bien des saisons. C’est un choix qui se poursuit malgré les années…
« Il y a trois piliers pour Michelin. Il y a tout d’abord le côté stratégique. Cela contribue à la notoriété de la marque et montre les qualités du produit. Michelin est très actif en Premium Driving Experience. Nous voulons montrer tout ce que Michelin peut apporter à la technologie de demain. Nous sommes partenaires techniques et non un sponsor avec des autocollants sur les autos. Les produits et les services sont là pour développer la performance. Il y a ensuite la technologie pure. Chaque année, nous avons des réunions avec les chercheurs qui sont au nombre de 6000 chez Michelin plus 150 personnes pour la compétition. Nous sommes un peu le laboratoire du laboratoire. Pour terminer, nous souhaitons accompagner les « amateurs » pour vendre des pneus et leur apporter un service, et ce dans le monde entier. Michelin est une entreprise française avec une vision mondiale. Nous sommes notamment présents en Chine ou en Asie avec la mise en place d’un directeur pour la partie compétition en Asie, comme cela peut être le cas en Amérique du Nord. Michelin est mondial à travers les courses. »
A titre personnel, vous vous êtes toujours passionnés pour l’Endurance ?
« Ma famille est originaire du Mans, donc ça aide. Même si j’ai vécu à Paris, je crois que ma première visite aux 24 Heures du Mans remonte à l’âge de 4 ans. J’ai toujours été intéressé par l’automobile. Mon premier poste chez Michelin a été aux Essais. Cela fait un quart de siècle que je suis au sein de l’entreprise avec une dizaine d’années passées à la Recherche & Développement et Marketing Produit en Europe et aux Etats-Unis. J’ai également travaillé aux Pays Bas et à Singapour. Ces différents postes m’ont permis de connaître les marchés. Je suis revenu en France il y a trois ans en intégrant la communication en faisant le lien entre l’innovation et la technologie. Depuis avril dernier, j’ai rejoint le département Compétition. »
Michelin a une forte présence aux Etats-Unis ?
« Nous avons beaucoup travaillé avec Corvette et la ZR1. C’est ce qui nous a permis d’être en première monte sur les Corvette. Nous avons gagné en GT à leurs côtés en American Le Mans Series et il y a eu ensuite l’effet boule de neige. La compétition sert à quelque chose. Il fait savoir que les pneus haut de gamme sont issus des pneus de compétition d’il y a trois ans. »
Michelin est intéressé par le côté technologique en Endurance ?
« Nous cherchons toujours à faire évoluer les technologies et c’est le cas de l’Endurance. Où y a-t-il des Diesels et des Hybrides si ce n’est en Endurance ? Est-ce que la Formule 1 sert à la voiture de Monsieur tout le monde ? Il va y avoir un nouveau règlement en 2014 et c’est une belle opportunité pour Michelin. A travers une course d’endurance, il y a des conditions météorologiques très variées et c’est aussi ce qui permet de développer des pneumatiques polyvalents. Michelin est aussi à l’aise sur quatre roues que sur deux. La longévité d’un pneumatique peut donner un avantage stratégique. Il suffit de se rappeler les 24 Heures du Mans 2011 et la victoire d’Audi sur Peugeot avec 13 secondes après 24 heures de course. Audi avait décidé de faire un arrêt de moins au niveau des pneumatiques. Il faut savoir qu’un train permet de boucler 750 km, soit la distance de 2,5 GP de Formule 1. Le Pro-Am est aussi quelque chose qui intéresse Michelin car il faut une performance stable. Les pilotes « Am » ne se font pas peur avec des gommes qui durent plus longtemps sans altérer la performance. »
Michelin ne sera plus présent en Blancpain Endurance Series en 2013. C’était un choix ?
« Non pas du tout et nous souhaitions apporter quelque chose en plus au niveau du produit. On prouvera notre savoir-faire sur d’autres séries. L’objectif est d’utiliser de moins en moins de pneumatiques et les équipes étaient ravis de nos produits. Nous sommes déjà au travail sur les pneus pour 2014 et il ne faut pas s’attendre à grosses évolutions en Championnat du Monde d’Endurance en 2013 qui sera une année de transition. »
Vous vous préparez de quelle façon avant une nouvelle saison ?
« Nous avons fait beaucoup de progrès sur le plan de la simulation. Une des preuves en est la Nissan DeltaWing. Son premier roulage a eu lieu seulement quatre mois avant sa première course alors que nous avions débuté le travail depuis bien plus longtemps. Nous sommes capables de nous approcher d’une cible en simulation et tester une centaine de solutions. On peut agir sur les forces générées, l’évolution de la température et même la fatigue. Simuler voir ce que peut donner un pneu après cinq relais au Mans est possible. Tout est ensuite analysé et les temps au tour peuvent même être suivis de près. »
Après la Nissan DeltaWing, quel est le prochain défi technologique de Michelin ?
« J’ai participé au Challenge Bibendum pour le pneu de demain. Actuellement, nous avons des pneus de taille 235/40/R18 et il serait possible de voir un pneu de 185/50/R21. Le règlement 2014 est intéressant et il faut voir comment va entrer en compte le pneumatique. L’équation à résoudre va être de voir comment utiliser moins de pneus en allant tout aussi vite. En WRC, le règlement nous force chaque année à décroître le nombre de pneus de 20%, soit 40% en deux ans, sachant que les rallyes ne sont pas plus courts et que les pilotes vont aussi vite. De plus, il faut allonger la vie du pneu. »
Vous avez été consultés pour le règlement 2014 ?
« Oui et nous sommes ravis de la direction que prend ce r§glement. C’est d’ailleurs la même chose en WRC. Le challenge intéresse Michelin car il y a un sens. Michelin va là où il y a la mobilité de demain. »
Michelin pourrait revenir en Formule 1 ?
« Si le règlement change, pourquoi pas… Dans le cas contraire, la réponse est négative. Comme je l’ai dit, il faut la mobilité de demain. Si ce paramètre n’entre pas en compte, nous ne sommes pas preneurs. Certes, la visibilité est extrême en Formule 1, mais on connaît la notoriété de Michelin. Si ce retour a un sens, alors nous serions heureux de revenir et de faire passer notre message. »
Qu’en est-il d’un retour de Michelin en LMP2 ?
« Nous sommes sur le dossier et vous en saurez plus d’ici la fin de l’année. Comme je l’ai dit, il ne faudra pas s’attendre à voir une révolution en 2013, mais juste des évolutions. Nous souhaitons satisfaire nos partenaires et nous resterons compétitifs. »
Et que répondez-vous à ceux qui disent que le multi-marque nuit à la sécurité ?
« C’est totalement faux de penser cela. Il faut de la compétition. Toutefois, si on a la mobilité de demain en étant seul, pourquoi pas. La catégorie LMP1 est quasiment du mono-marque actuellement. Mais là aussi il faut un sens. Le challenge technique existe aussi avec un concurrent. La publicité n’est l’argument à tenir. Nous travaillons conjointement avec l’ACO pour contenir les coûts tout en ayant du spectacle. »
On pourrait également voir Michelin dans le championnat unifié en Amérique du Nord en 2014 ?
« Bien sûr que nous sommes intéressés, mais cela dépend des règles. Nous ne refuserions pas de participer à l’élaboration du règlement. »
Le titre en Super GT est aussi quelque chose d’important ?
« C’est extraordinaire d’avoir remporté le titre en GT500 et nous pouvons même faire le doublé. Là aussi c’est un laboratoire. En course, les batailles sont belles, et du côté des manufacturiers, il y a aussi un beau challenge. De plus, nous avons gagné le titre avec une équipe privée. Les retombées sont importantes au Japon. C’est une grande fierté que d’avoir remporté le titre. Dès l’obtention du titre, nous avons reçu beaucoup de mails en provenance du Japon pour nous féliciter. »
Propos recueillis par Laurent Mercier