Changement de cap pour Stéphane Ratel Organisation en 2013 avec deux championnats GT bien distincts, l’un étant voué au sprint et l’autre à l’endurance. Après trois saisons World GT1 passées sous l’égide de la FIA, le promoteur a souhaité repartir sur ses propres bases, tout en gardant son concept initial. Malgré une présence des principaux constructeurs en GT3, la mayonnaise mondiale n’a pas pris, comme elle n’avait pas prise avec les monstrueuses GT1. On repart donc de zéro avec un nouveau championnat GT3 sprint qui partira d’Abu Dhabi pour se refermer en Inde. Sans le ticket d’entrée reversé à la FIA, il est prévu que les équipes puissent avoir un peu d’air financièrement. L’objectif de Stéphane Ratel est de fidéliser et qu’un maximum de teams soient présents aussi bien en Sprint GT qu’en Blancpain Endurance Series, le tout pour donner un titre global fin 2012. Pour le Sprint, rien n’est figé quant au nombre de voitures au départ sachant que deux classes seront séparées avec « Pro » et « Pro-Silver Cup ». Pour en avoir discuté au sein de diverses écuries, personne ne sait trop quel crédit apporter à ce double programme, un Team Principal nous expliquant que de toute façon la marche de manœuvre était limitée si l’on veut rouler à l’international, les GT3 étant exclues du WEC. Il est encore un peu tôt pour avoir une idée du plateau, mais certains pourraient bien cumuler Blancpain et un championnat national. Cependant, si Stéphane Ratel a pris cette option, c’est bien que les équipes qui le suivent depuis plusieurs saisons seront de la partie. On vous l’a dit et redit, on regrette déjà les vraies GT1, tout comme les pilotes. Le niveau cette saison est loin de celui vu en 2010, même si le point positif est la nette diminution des accrochages. Le promoteur espère toujours séduire les constructeurs et que « son » Sprint GT soit la vitrine des marques. Il est prévu au minimum deux semaines entre les meetings sprint et endurance afin que les équipes puissent se retourner et changer les stickers sur les autos.
Pour ce qui est de la Blancpain Endurance Series, les concurrents auront droit à une manche en moins avec à nouveau les 24 Heures de Spa en point d’orgue. C’est actuellement le championnat où il faut être avec qualité, quantité et diversité. Afin de limiter les coûts, il est prévu que les autos n’évoluent pas, exceptée la Nissan GT-R. Le concept GT3 regroupant Pro-Am est le bon même s’il faut faire attention à la catégorisation des équipages pour ne pas faire fuir les gentlemen. On espère aussi que les diodes présentes sur les autos en GTE feront leur apparition sur les GT3, ne serait-ce que pour différencier les Pro-Cup des Pro-Am Cup. Les 24 Heures de Spa, épreuve phare de l’année, voient l’arrivée de concurrents ne disputant pas l’intégralité de la saison, ce qui peut fausser la donne au championnat. C’est un peu ce qui fait grincer quelques dents au sein du paddock Blancpain. Comme nous l’avions souligné lors de l’analyse de la classique spadoise, tout le monde critique Audi Sport et sa débauche de moyens, mais si Mercedes, BMW, Porsche, Ferrari ou McLaren en faisaient autant, personne ne dirait plus rien. Les absents ont toujours tort ! On peut aussi régler le problème en supprimant purement et simplement le Pro-Cup et ne mettre sur la piste que des Pro-Am Cup. De toute façon, avec 60 autos au départ, on ne pourra jamais contenter tout le monde.
Avec ses deux championnats, SRO compte bien prendre quelques concurrents à l’ADAC GT Masters et au GT Tour dont il a perdu la promotion. Il sera très compliqué aux équipes de pouvoir cumuler Sprint GT Series, Blancpain Endurance Series et un championnat national. Il n’y aura pas de concurrence avec le British GT, SRO Motorsports Group étant aussi le promoteur de la série britannique. Seules les grosses machineries du type AF Corse pourront être présents un peu partout. L’ADAC GT Masters est sans conteste le plus beau championnat national d’Europe et peu d’équipes sortent des frontières allemandes pour disputer un autre championnat et se plaisent à rouler en parallèle en VLN. Il n’y a guère que HEICO, rhino’s Leipert et Reiter Engineering. On sait que plusieurs équipes présentes actuellement en World GT1 réfléchissent à s’engager en ADAC GT Masters la saison prochaine compte tenu du niveau relevé de la série.
Pour ce qui est de l’International GT Open, il ne faut pas s’attendre à une révolution, la série de Jesus Pareja faisant dans la stabilité, chose rare de nos jours. Au fil des saisons, le plateau est quasiment identique sachant que c’est encore l’un des seuls championnats où peuvent pleinement s’exprimer les GT2. L’arrivée des Corvette C6.R et autres Aston Martin Vantage modifiées donnent il est vrai un peu de diversité, mais aussi bien chez Porsche que Ferrari, on ne l’entend pas de cette oreille si bien qu’on commence à faire la moue.
Les championnats nationaux pourraient bien être le refuge de beaucoup d’équipes à l’avenir. Le British GT commence à trouver sa vitesse de croisière et le GT Tour a réglé les problèmes extra-sportifs rencontrés en 2011, ce qui en fait une série de plus en plus relevée. La majorité des partenaires veulent un engagement national pour avoir un maximum de retombées. On va aussi regarder d’un oeil attentif les 24 Heures de Zolder qui mêleront GT, petits protos et tourisme. C’est certainement une mixture à prendre en compte pour l’avenir avec des autos moins chères à exploiter et des pilotes qui se feront plaisir. S’il n’est pas donné à tout gentlemen driver d’être compétitif en LMP2, il pourrait en être autrement en “CN”. Le VdeV l’a bien compris depuis longtemps et sait fidéliser ses troupes. Le Trophée Tourisme Endurance (TTE) voit aussi grossir ses rangs et les 24 Heures de Dubai font le plein chaque année avec un prix d’entrée attractif et des facilités que tout le monde apprécie. On ne sait pas trop quoi penser de ce nouveau City Challenge qui débutera cette année dans les rues de Baku, ni des 48 Heures de Navarra qui devraient se dérouler en mars prochain. On l’a déjà dit trop de championnats tuent les championnats.
Quelle place pour les championnats mondiaux ?
A une époque où il faut faire des économies coûte que coûte on peut se poser la question de savoir s’il y a la place pour des championnats mondiaux. Il faut toujours plus d’argent et aller toujours plus loin. Il est vrai qu’aller rouler dans les pays émergents devient une obligation, ces pays disposant d’une manne financière non négligeable. On sait bien pourquoi le WEC va à Bahrain. Si les équipes peinent à réunir les budgets nécessaires, il en est de même pour les médias. Si l’on prend le cas notre cas, nous en sommes à cinq courses de 24 Heures depuis le début de l’année (Dubai, Daytona, Nürburgring, Le Mans, Spa) et une vingtaine de déplacements au total. Si l’on veut couvrir convenablement la seconde partie de saison, il va nous falloir aller à Silverstone, Bahrain, Interlagos, Road Atlanta, Moscou Raceway, New Delhi, Fuji, Shanghai, Nürburgring, Navarra ou encore Barcelone pour le GT Open. Impossible à suivre pour un média professionnel qui vit de la publicité et de ses partenaires. On ne compte plus les meetings où les conférences de presse d’après-course sont quasi désertes. Couvrir un événement à plusieurs milliers de kilomètres est possible avec Internet, mais la prestation est loin d’être la même. Là aussi il va falloir y regarder de près car si certains promoteurs ont bien compris l’importance des médias, ce n’est pas une généralité. Pour nous, la seconde partie de saison devrait se limiter à trois meetings.
Il ne faut pas se leurrer, toutes les séries attendent la télévision, mais aucune ne l’aura à grande échelle. Il est bien loin le temps des LG Super Racing Weekends. En même temps, il suffit d’avoir Internet et un bouquet satellite pour avoir accès à un maximum de championnats. On décernera la médaille d’or des retransmissions à la diffusion du World GT1 avec les commentaires plus qu’avisés d’Hailey Coxon, John Watson et consorts.
Pour résumer, nous dirons que Porsche compte sur une croissance à deux chiffres pour 2012, que McLaren a vendu de nouvelles MP4-12C GT3 et que les concurrents à taper à la porte des 24 Heures du Mans seront une nouvelle fois plus nombreux que le nombre de stands disponibles. Non l’automobile n’est pas morte et le sport automobile encore moins. Il va juste falloir vivre avec son temps et se poser les bonnes questions…
Laurent Mercier