Être rookie au Mans en étant gentleman driver n’est pas chose facile surtout pas les temps qui courent. Les gentlemen sont si souvent décriés que certains vont certainement hésiter avant de venir. Pourtant, il en est un qui s’est plus que bien débrouillé puisqu’il est reparti de la Sarthe avec une deuxième place en GTE-Am. Anthony Pons est arrivé tardivement à la compétition automobile. On l’a d’abord vu en VdeV histoire de faire ses gammes. Cette saison il partage le baquet de la Porsche 911 GT3-RSR/IMSA Performance Matmut #67 avec Raymond Narac et Nicolas Armindo en European Le Mans Series. Avant d’aller au Mans, le trio est allé se roder à la concurrence aux 6 Heures de Spa avec ni plus ni moins qu’une victoire de classe. A cette occasion, Anthony découvrait le pilotage en compagnie des LMP1. Au Mans, la Porsche/IMSA a croisé le fer durant toute la course avec la Corvette C6.R/Larbre Compétition de Lamy/Canal/Bornhauser. Afin de respecter son temps de conduite, Anthony Pons s’est chargé du dernier relais de la #67 face à un Pedro Lamy qui n’a rien d’un gentleman driver. Le Portugais a pris le dessus sur la Porsche/IMSA, en proie en plus à une crevaison à quelques encablures de l’arrivée. Le pilote IMSA a réussi à ramener sa monture au stand sans rien abîmer et finalement rallier l’arrivée à une très belle deuxième place. On ne peut que féliciter la performance d’Anthony Pons pour ses débuts dans le grand bain du Mans, bien aidé par ses deux aînés Raymond Narac et Nicolas Armindo. Il lui a fallu évacuer la pression et la mission a été parfaitement remplie. Comme quoi il ne faut surtout pas taper systématiquement sur le gentlemen, Anthony tenant parfaitement son rôle. Respect !
Laurent Mercier
Anthony Pons revient sur sa découverte du Mans, sa course, ses points positifs et ceux à améliorer, mais aussi sur cette dernière demi-heure…
Les points positifs tout d’abord :
Avoir ressenti la fierté de tous mes proches quand ils ont vu mon nom inscrit sur la liste des engagés.
Avoir eu l’honneur de participer à la plus grande et la plus belle course d’endurance au monde, après seulement deux années de compétition automobile… C’est un privilège que d’avoir inscrit son nom à cette épreuve et d’être monté sur ce podium.
Avoir partagé cette aventure avec un team exceptionnel, par la qualité de son encadrement, de ses mécaniciens, de son préparateur physique.
Avoir été épaulé par deux pilotes extraordinaires, Nico et Raymond, qui malgré mes performances inférieures, m’ont fait confiance et ont respecté mon manque d’expérience. Ils n’attendaient pas de moi l’impossible… Ils connaissaient la difficulté de cette épreuve et les nombreux pièges qui font que cette course est difficile, mais unique en son genre.
Avoir ressenti l’engouement du public pour le sport automobile dans un pays de plus en plus autophobe.
Les points à améliorer :
J
‘ai peu roulé ! A vrai dire, le minimum imposé par le règlement… Cet état de fait est lié à l’incroyable duel qui s’est installé avec la Corvette numéro 50, dont l’équipage était performant, talentueux et très expérimenté. L’équipe a donc fait ce qu’elle avait à faire de mieux : solliciter ses pilotes de pointe pour rester au contact. Me faire rouler davantage aurait pu compromettre nos chances de victoire ou de podium, et IMSA ne vient pas au Mans pour faire de la figuration. Mes sentiments sont donc partagés : je suis déçu de ne pas avoir réussi à rouler plus vite et je suis en admiration devant l’effort et la ténacité de Nico et de Raymond, qui se sont battus jusqu’au bout ! Néanmoins, je n’ai jamais quitté mes objectifs personnels sur cette course : rouler sans faire de fautes, à un rythme le plus régulier possible. Les embuches sur ce tracé des 24 Heures du Mans sont permanentes. Mon manque de vitesse est en effet un problème pour les pilotes de pointe et j’en suis parfaitement conscient. C’est la raison pour laquelle j’ai privilégié la sécurité à chaque instant pour éviter l’accrochage. Cela demande une concentration extrême afin de prendre systématiquement les bonnes décisions pour éviter de mettre en péril ma propre sécurité et celle des autres compétiteurs. En réalité, il n’y a aucun moment de répit pour un pilote amateur aux 24 Heures du Mans ! Il faut surveiller ses rétroviseurs à chaque instant, tour après tour, et faire preuve de la plus grande humilité. Evidemment, cela ne favorise pas la performance pure, mais celle-ci n’était pas prioritaire à mes yeux sur cette course. Il faut également un peu de chance car parfois un accrochage peut être provoqué par une incompréhension entre deux pilotes. Il faut savoir mettre son amour propre dans sa poche et accepter les différences de niveau. Je n’ai pas la prétention d’être aussi rapide que la plupart des pilotes présents sur cette course et cela respecte l’ordre des choses. S’il y a un peu d’amertume par rapport à ce constat, il est lié au fait que je souhaite faire toujours mieux, mais sans pour l’instant y parvenir.
C’est un des moments les plus forts de cette course ! Je savais qu’il me restait 35 minutes de relais à effectuer, et que notre avance sur la Corvette était très maigre. Je savais aussi que Pedro Lamy était au volant et qu’il ne me laisserait aucune chance ! Dans ces conditions, la pression était énorme !
Les médias étaient braqués sur notre stand, tout comme les spectateurs, ma famille, mes copains présents à Arnage et finalement, mis à part le team et les responsables de chez Porsche, personne ne connaissait réellement l’issue « tragique » à laquelle je devais être confronté… J’avais le sentiment de devoir faire face tout seul à la défaite annoncée… Je pensais, à ce moment-là, à tout le travail incroyable effectué par l’équipe, par Raymond et Nico, mais je me sentais impuissant… Le fait d’écrire ces quelques lignes m’affecte encore un peu… Pour autant, Franck et Xavier m’ont parfaitement conditionné pour ce dernier relais, et dès les premiers instants, j’ai pris le volant en me disant que tout était encore possible, que je devais faire de mon mieux sans commettre de faute. Finalement, aussi curieux que cela puisse paraître, j’ai pris du plaisir sur ce dernier relais. Le trafic était devenu plus calme, j’étais serein et heureux de sentir l’arrivée. L’éclatement du pneu arrière droit à 280 km/h avant Indianapolis m’a un peu réveillé, mais heureusement, Raymond m’avait briefé quelques jours plus tôt pour contrôler ce type de situation.
Dans le dernier tour, avec mon pneu crevé au ralenti, j’ai senti tout le public à mes côtés… C’était un sentiment très puissant et très valorisant, qui sur le moment m’a permis de digérer quelque peu ce dernier relais plein d’émotions.
En conclusion, je tiens à remercier à nouveau Franck et Raymond du team IMSA pour m’avoir donné la chance de participer à cette épreuve mythique, et j’espère avoir été à la hauteur de leurs espérances. J’ai fait de mon mieux pour les satisfaire. J’espère aussi que Pascale, les enfants, Papa, Maman, mon frangin, ma frangine et mes amis sont fiers de moi. C’est ce qui compte le plus à mes yeux. Et tout là-haut, le Papy ne doit pas encore en revenir…
Anthony PONS, le 22 Juin 2012.
