Avec une nette domination des McLaren MP4-12C à Navarra, on entend déjà les doléances quant à la fameuse Balance de Performance. Certes les GT3 britanniques ont brillé, notamment dans la Course Qualificative où Mako/Dusseldorp l’ont emporté en partant du fond de grille. Depuis le meeting de Zolder les MP4-12C ont perdu 20 kg sans que le boost limit n’ait été modifié. Tous les observateurs ont encore en mémoire qu’un an plus tôt, les Lamborghini Murcielago avaient atomisé la concurrence sur ce même circuit. A l’arrivée de la course du samedi, Stef Dusseldorp nous confiait : « L’auto est très bien dans ces conditions en semi-nocturne où la chaleur n’est plus au rendez-vous. L’équipe a beaucoup travaillé ces derniers temps pour nous donner la meilleure auto possible et nos récents essais à Motorland ont été dans le bon sens. » La McLaren a prouvé qu’elle pouvait être fiable, même si les ravitaillements du dimanche ont donné quelques sueurs froides au team Hexis Racing. On ne dira surtout pas que les McLaren sont avantagées au niveau de la BOP, le tracé ibérique étant favorable aux MP4-12C. Il pourrait en être autrement en Slovaquie avec un circuit plus bosselé. Michael Bartels a beau dire que la McLaren était imbattable en Espagne, il ne faut pas oublier que sa BMW Z4 GT3 partagée avec Yelmer Buurman a bouclé la Course Qualificative à la troisième place en partant de la voie des stands, et ce malgré 20 kg supplémentaires.
C’est du côté de Ferrari et Audi que les visages font grise mine. On ne pense pas qu’en un meeting, Stéphane Ortelli, Toni Vilander, Enzo Ide ou Franck Stippler aient perdu toute leur verve. Les R8 LMS ultra et 458 Italia GT3 n’ont à aucun moment pu faire la course en tête, malgré la pointe de vitesse de leurs pilotes respectifs. A Navarra, les R8 LMS ultra étaient dans la même configuration qu’à Zolder. Vincent Vosse, Team Principal du Belgian Audi Club Team WRT, a de quoi être frustré : “Il n’y a pas grand-chose à dire. C’est décevant de constater que toute l’équipe a fait un boulot remarquable, que les pilotes ont livré de superbes prestations et que, le résultat n’est pas celui qu’il devait être. Nous n’avions pas le rythme pour rester avec ceux devant nous, ni même pour résister à d’autres revenant du fond de la grille de départ. Ce n’est pas normal. On verra ce qui se passe lors de la prochaine course, en Slovaquie, mais il faut analyser de plus près la Balance de Performance. » Durant les deux courses, les pilotes Audi ont lutté pour terminer dans le Top Ten avec comme meilleur résultat une 8ème place pour Jarvis/Stippler.
Pierre Dieudonné, Directeur Sportif du team belge, explique : « Dès le départ, nos pilotes ont été débordés par des adversaires disposant de plus de puissance, perdant ainsi plusieurs places avant même le premier virage. Dans un championnat aussi compétitif, il n’est pas facile de récupérer des positions. En plus, nous avons perdu du temps durant l’arrêt au stand à cause du système de fixation des roues que nous utilisons. »
Si on a de quoi être frustré chez Audi, il en est de même chez Ferrari et AF Corse avec Vilander/Salaquarda seulement 9èmes et Ide/Castellacci 11èmes. Avant le meeting espagnol, les Ferrari 458 Italia GT3 ont perdu 10 kg mais aussi et surtout 2 mm au niveau de la bride. Enzo Ide dresse le bilan d’un week-end sans aucune pointe de vitesse : « Une petite explication technique s’impose, puisqu’il n’est de toute façon guère utile de parler de résultats. Nous avons terminé 13èmes puis 11èmes et nos équipiers, parmi lesquels figure quand même le pilote d’Usine Ferrari Toni Vilander, 11èmes et 9èmes… Pas besoin de faire un dessin. Nous n’avons commis aucune erreur et nous n’avons pas rencontré le moindre souci technique. On a simplement beaucoup trop réduit les performances de nos voitures. »
Le jeune pilote belge poursuit : « Mais comment en est-on arrivé là ? Le Championnat du Monde oppose des GT3, des voitures dont l’équilibre de performances est assuré en intervenant sur le plan technique. Cela permet d’avoir normalement des courses passionnantes. Ici, à Navarra, il n’en était nullement question. La FIA, la fédération internationale de l’automobile, peut intervenir auprès de chaque marque en limitant par exemple l’admission d’air au niveau du moteur, ce qui réduit la puissance. Ils peuvent aussi alourdir une voiture. D’autres GT bénéficient d’un abaissement du poids ou voient leur puissance augmenter. En principe, cela permet d’obtenir un certain équilibre. Dans notre cas, on est arrivé à un point critique pour l’admission d’air. La bride de la Ferrari 458 était déjà petite. Et pour la course de Navarra, la FIA a décidé de la réduire encore. Par conséquent, nous n’avions plus de puissance. Apparemment, la FIA ignorait que cette mesure allait avoir de si grosses conséquences. La Ferrari n’avait pas l’ombre d’une chance et cette course était loin d’être amusante pour les pilotes de notre équipe. Nous devons déjà composer avec un poids élevé, ce qui impose des contraintes énormes sur les freins et sur les pneus. Si le problème n’est pas résolu, nous n’aurons plus aucune chance de signer le moindre résultat. Le plaisir disparaîtra totalement des courses… »
En Espagne, la Ford GT a connu un regain de forme en passant en Q3, avant de faire un beau début de course le samedi. Sur son Aston Martin DBRS9, Maxime Martin a une nouvelle fois été le seul pilote à répondre présent. Les Porsche 911 GT3-R/Exim Bank Team China sont restées quant à elle au beau milieu du peloton même si Parisy/Halliday ont montré de belles choses. Dans moins de deux semaines, le Championnat du Monde GT1 sera en Slovaquie sur un tracé que la majorité des équipes vont découvrir, même si Belgian Audi Club Team WRT, Reiter Engineering et AF Corse étaient déjà présents l’an passé en Championnat d’Europe GT3. Tout le monde va attendre avec impatience la nouvelle Balance de Performance car il est impossible qu’elle en reste ainsi…
Laurent Mercier