La 40e édition des 24 Heures du Nürburgring promettait d’être somptueuse et elle le fut ! Du spectacle à revendre, de magnifiques passes d’armes, des rebondissements, du suspense, rien n’aura manqué dans cet excellent millésime riche en émotions. Parties sur un tempo d’enfer, les BMW, Audi et Mercedes officielles se sont, tour à tour, portées au commandement. Aucune d’elles ne souhaitaient lâcher prise et se rendaient coup pour coup tandis que les Porsche, un peu courtes en performance pure, se tenaient en embuscade. Au bout de 24 heures de spectacle d’une rare intensité, ce sont finalement Marc Basseng, Christopher Haase, Frank Stippler et Markus Winkelhock qui parvenaient à tirer les marrons du feu et imposer l’Audi R8 LMS à la célèbre livrée Bilstein.
Auteur d’une prestation irréprochable, le quatuor de choc du Phoenix Racing offrait à Audi une victoire d’autant plus historique qu’au grand jamais le constructeur aux anneaux n’était parvenu à dicter sa loi dans le massif de l’Eifel, du moins sur 24 heures. A la lutte durant une bonne partie de la nuit avec la BMW Z4 GT3 de Müller-Müller-Alzen-Adorf et la Mercedes SLS GT3 de Graf-Jäger-Roloff-Seyffarth pour le gain de la première place, la seconde Audi R8 LMS/Phoenix Racing, menée tambour battant par Marcel Fässler, Christopher Mies, René Rast et Frank Stippler, a perdu tout espoir de victoire au petit matin et ce suite à une sortie de route intervenue dans la rapide section de Pflanzgarten. Une heure sera nécessaire pour réparer les dégâts et notamment remplacer le splitter avant. Bien que retombés au 14e rang, Marcel Fässler et ses acolytes ne se décourageaient pas et repartaient le couteau entre les dents. Bien leur en a pris ! Leurs efforts étant récompensés par une inespérée 5e place. Peu en réussite depuis l’entame de la saison, le Mamerow Racing aura connu des 24h de rêve. Roulant à une cadence soutenue, sans toutefois prendre des risques inconsidérés, Chris Mamerow, Christian Abt, Michael Ammermüller et Armin Hahne se sont constamment maintenus dans le peloton de tête, surgissant au moment opportun afin de profiter des erreurs et malheurs de leurs adversaires et ainsi s’adjuger une sensationnelle 2e place.
Un splendide résultat auquel le Raeder Motorsport pouvait légitimement prétendre, tant Frank Biela, Christian Hohenadel, Luca Ludwig et Thomas Mutsch évoluaient avec la régularité d’un métronome. Las, une sortie du dernier nommé dans l’impitoyable section de…Pflanzgarten venait anéantir leurs espoirs sur le coup de 9h du matin. Bien dans le rythme pour sa toute première expérience aux 24h du Nürburgring, le Speedhunters Team WRT naviguait à une excellente 8e position, lorsqu’au cœur de la nuit, Andrea Piccini était victime d’une incompréhension avec le pilote d’une Aston Martin.
La direction ayant été touchée, la bagatelle de 13 tours sera nécessaire afin de remettre l’Audi en état. Si toute chance de bon résultat s’était évanouie, Oliver Jarvis, Edward Sandström, Andrea Piccini et Allan Simonsen repartaient néanmoins au charbon, signant des chronos plus que corrects, pour croiser le damier au 32e rang. De quoi ravir Vincent Vosse, tout heureux d’avoir réussi à vaincre l’enfer vert dès sa première expérience en tant que team manager. Contraintes, lors des éditions précédentes, d’écourter leurs relais d’un tour par rapport à la concurrence, en raison d’une consommation plus importante, les Audi R8 LMS ont, cette année, pu effectuer des stints équivalents à leurs rivales. Un atout non négligeable que l’on doit à une balance des performances quelque peu remaniée. Ainsi les R8 LMS Ultra disposaient, à l’instar des Mercedes SLS et des Aston Martin Vantage GT3, d’un réservoir d’une capacité de 125 L contre 100 L aux Porsche 911 GT3 R et BMW Z4 GT3. En outre, les teams Audi bénéficiaient d’un embout de ravitaillement plus large que celui de ces même Porsche et BMW et permettant, de fait, un plus grand débit lors du refuelling.
Deux avantages qui ne dévalorisent en rien le triomphe des bolides aux anneaux ! D’autant que ceux-ci, non contents d’afficher 75kg de plus sur la balance que les Porsche et les BMW, se sont révélés à la fois très fiables (les seuls arrêts imprévus résultant de sortie et d’accrochages) et performantes contrairement aux Porsche 911 GT3 R qui n’ont jamais paru en mesure de s’imposer. Bien que menée à la cravache par Marc Lieb, Romain Dumas, Lucas Luhr et Richard Lietz, la Porsche 911 GT3 R/Wochenspigel Team Manthey n’est en effet jamais parvenue à s’inscrire durablement dans le Top 3. Pire, une sortie de route de Lucas Luhr, surpris par la pluie, durant la nuit et des ennuis de freins en fin de matinée, la faisait définitivement perdre le contact avec la tête de la course. En dépit de ces avatars, la Porsche Wochenspiegel entamait le dernier tour de course en 3e position avant de tomber en panne sèche juste après la ligne de départ-arrivée puis de se faire emboutir par une Renault Clio ! Voilà qui mettait une fin brutale au cauchemar vécu deux jours durant par le Manthey Racing, lequel avait déjà perdu sa première monture après à peine 6 tours de course ! La 911 GT3 MR/Wochenspiegel, que se partageait Weiss-Kainz-Jacobs-Krumbach, étant en proie à d’insolubles soucis électroniques.
Guère plus de réussite pour la 911 GT3 R/Moslovskaya de Holzer-Tandy-Bergmeister-Long. Après des débuts plutôt discrets, le solide quatuor bouclait la 16e heure de course à une probante 6e position, non loin devant l’Audi du Mamerow Racing, avant que Nick Tandy ne se fasse percuter par un concurrent qu’il venait de doubler puis ne tape le rail de face ! S’en suivait une sérieuse partie de carrosserie qui, hélas, allait s’avérer vaine, la Porsche/Moskovskaya s’arrêtant définitivement en bord de piste quelques instants plus tard. Difficile d’imaginer pire scénario pour une écurie pourtant lauréate de 5 des 6 dernières éditions des 24h. Gageons que les troupes d’Olaf Manthey auront tôt fait de remettre l’ouvrage sur le métier et nous reviendrons l’an prochain avec la ferme intention de prendre leur revanche sur le mauvais sort. Redoutable en VLN, bien que manquant cruellement de fiabilité, la Porsche 911 GT3 R/Falken Motorsports de Henzler-Dumbreck-Ragginger-Asch n’aura guère fait d’étincelles. Jamais en mesure d’intégrer le Top 10, elle renonça au milieu de la nuit suite à une sortie de route de Sebastian Asch alors qu’elle pointait à un anonyme 18e rang.
Si la Porsche 911 GT3 R/Haribo Racing Team de Menzel-Collard-Riegel-Stursberg était contrainte à l’abandon après un peu plus de 4h de course, l’exemplaire du Timbuli Racing s’est bien repris après un début de parcours pour le moins délicat. En effet, après avoir été victime d’une crevaison puis d’un accrochage nécessitant le changement du radiateur, Marc Hennerici, Marco Seefried, Dennis Busch et Norbert Siedler ont entamé une folle remontée qui les a mené jusqu’au 11e rang, faisant d’eux les deuxièmes meilleurs représentants Porsche derrière l’équipage du Frikadelli Racing. Modèles de régularité, Klaus Abbelen, Sabine Schmitz, Christopher Brück et Patrick Huisman ont connu une course relativement tranquille, hormis la perte d’une…portière, croisant le damier à une fantastique 6e position. Nul doute que la Früh Kölsch a du couler à flot ! Si les Porsche ont globalement déçu, en revanche les Mercedes SLS auront fait mieux que se défendre. Toujours à la pointe du combat, elles ne sont pas passées loin de la victoire. Profitant des malheurs de la BMW Z4 GT3 de Müller-Müller-Alzen-Adorf et de l’Audi R8 LMS de Fässler-Mies-Rast-Stippler, la SLS/Rowe Racing de Graf-Jäger-Seyffarth-Roloff s’était d’ailleurs emparée autoritairement du leadership aux 2/3 de l’épreuve avant qu’un souci d’amortisseur ne la contraigne à un long arrêt au stand puis à l’abandon presque dans la foulée. Marqué pas de chance pour un équipage qui aura parfaitement tenu son rang, notamment sous la pluie. Bons 10èmes au terme d’une course sage, Zehe-Hartung-Rehfeld-Bullit sauvent cependant l’honneur de l’écurie Rowe. Quant aux montures du Hankook-Team Heico, elles se sont en permanence maintenues en embuscade, prêtes à profiter de la moindre défaillance des meneurs.
Si Kenneth Heyer, Bernd Schneider, Lance David Arnold et Alexandros Margaritis jouaient eux aussi de malchance en devant abdiquer à un ¼ d’heure du terme (moteur cassé) alors que la 3e marche du podium leur tendait les bras, Christian Frankenhout, Andreas Simonsen, Pierre Kaffer et ce diable de Lance David Arnold profitaient de la fin de course dramatique de la Porsche Wochenspiegel Team Manthey pour décrocher une superbe médaille de bronze. Auteur d’un début de course flamboyant sur la SLS de pointe de l’escadron Black Falcon, Jeroen Bleekmolen connut la frayeur de sa vie en explosant un pneu à près de 250 km/h dans la portion virile de Döttinger Höhe et ce après quatre tours à peine. Si le bolide à l’étoile était pour le moins chiffonné, le pilote Hollandais s’en sortait fort heureusement indemne. Confiée au quatuor Plesse-Lebed-Bracke-Renger, la seconde SLS, alignée par l’écurie de Marc Schramm et Alexander Böhm, se classait 14e en dépit de figures multiples. Victorieux des trois dernières joutes des Blancpain Endurance Series, le Marc VDS Racing Team a, une nouvelle fois, brillé de mille feux pour sa découverte des 24h du Ring. Maxime Martin, Bas Leinders et Markus Palttala se classant à une magnifique 4e position, la première des BMW Z4 GT3 !
Littéralement éblouissant, le « rookie » Maxime Martin a de nouveau enchaîné les relais d’anthologie, pointant même en seconde position, dans les échappements de Jörg Müller, à l’issue de la 2e heure de course. Avec un tel résultat, gageons que les troupes de Marc van der Straeten recevront rapidement un soutien plus accru du constructeur munichois. Bien que classées respectivement à de « modestes » 7e et 8e places, les BMW Z4/Schubert de Müller-Müller-Alzen-Adorf et Hürtgen-Schwager-Bastian-Adorf n’auront pas démérité pour autant. Pole position, meilleur tour en course, les Bavaroises affûtées à Oschersleben étaient clairement les plus rapides mais ont péché par leur fiabilité. Ainsi, alors qu’ils menaient l’épreuve pratiquement sans discontinuer depuis près de 3h, Jörg Müller, Dirk Müller, Uwe Alzen et Dirk Adorf étaient victime, en milieu de nuit, d’un bris de cardan nécessitant une heure d’arrêt aux stands et leur ôtant tout espoir de victoire. Claudia Hürtgen, Dominik Schwager, Nico Bastian et Dirk Adorf reprenaient alors le flambeau et bataillaient ferme avec l’Audi R8 LMS de Basseng-Hasse-Stippler-Winkelhock, ces deux équipages d’échangeant la tête au gré des ravitaillements. Las, à moins de 4h du terme, Claudia et ses boys étaient frappés par le même mal que leurs équipiers et devaient, la mort dans l’âme, également se contenter d’une place d’honneur. Le coup est toutefois passé près et nul doute, qu’à l’instar du Manthey Racing, la formation de Torsten Schubert tentera de conjurer le sort lors de la prochaine édition.
Quant aux deux Z4 GT3 alignées par le Vita4One Racing, elles se sont montrées plutôt discrètes, la #17 de Lauda-Kechele-Lamy-van der Ende renonçant au milieu de la nuit suite à une sortie de piste du dernier nommé et ce sans jamais avoir fait illusion. Bien plus à son avantage, celle de Pedro Lamy, Jens Klingmann, Marco Wittmann et Richard Göransson pouvaient légitimement espérer un Top 5, lorsqu’en toute fin d’épreuve, des ennuis d’embrayage la forçait à se contenter du 9e rang. Parmi les bolides plus « exotiques », c’est indiscutablement la P4/5 Competizione de Giovanardi-Larini-Lauck qui s’est le mieux tiré d’affaire, le joyau de James Glickenhaus se classant à un probant 12e rang en dépit d’un début d’incendie rencontré durant les premières heures. Course à oublier en revanche pour les McLaren MP4 12/C du Dörr Motorsport, toutes deux contraintes à l’abandon dès les premières minutes de course.
Après deux bons premiers relais de Nick Heidfeld et Hendrik Vieth, la monture similaire du Gemballa Racing croisait au cœur du Top 20, lorsque Klaus Ludwig était victime d’un impressionnant accrochage avec une Seat juste avant la mythique section de Flügplatz. Si l’ancien champion DTM s’en sortait sans mal, on ne pouvait, hélas, en dire autant de la belle de Woking. Les jolies Anglaises n’auront d’ailleurs guère été à la fête ce week-end, la course des Aston Martin Vantage GT3 alignées par l’écurie Young Driver AMR s’assimilant d’emblée à une séance de test grandeur nature et ce suite à une crevaison dévastatrice pour Darren Turner et de gros ennuis d’embrayage pour Oliver Mathai.
L’engagement des Vantage GT3 étant un projet à long terme, l’expérience accumulée par les troupes de Hardy Fischer n’en sera néanmoins que très profitable, d’autant que les chronos alignés par Turner, Mücke, Enge et consorts étaient particulièrement encourageants pour une nouvelle monture. Quant à la Corvette alignée par le Haribo Racing Team pour l’impressionnant quatuor composé de Richard Westbrook, Jan Magnussen, Tommy Milner et Daniel Keilwitz, elle fut, comme tant d’autres, victime, en tout début d’épreuve, d’une crevaison occasionnant de sérieux dégâts. Repartie après une longue réparation, elle assura le show durant de nombreuses heures avant de renoncer dans les dernières minutes de course. Même sort pour la Ford GT3/H & R de Alzen-Deutgen-Engelhart-Renauer laquelle, après bien des déboires, devait abdiquer au cœur de la nuit suite à un bris de boite de vitesses.
Le rideau est donc tombé sur cette fantastique édition des 24 Heures du Nürburgring. Une édition qui nous aura tenu en haleine de bout en bout et qui restera, à jamais, ancrée dans les annales. Vivement 2013 ! Le classement de l’épreuve est ici et la Balance de Performance là.
Fabrice Bergenhuizen