En repartant de Nogaro à l’issue du premier meeting du Championnat du Monde GT1, on pouvait penser que le Championnat du Monde GT1 était déjà plié avec un cavalier seul des deux Audi R8 LMS ultra du Belgian Audi Club Team WRT, sachant que le tracé du Limbourgeois n’a plus aucun secret pour l’équipe de Vincent Vosse, René Verbist et Yves Weerts. Comme en politique, tout pronostic peut vite être déjoué. Si Stéphane Ortelli et Laurens Vanthoor gardent la tête du championnat, ils n’ont marqué que 8 points, tandis que leurs équipiers Olivier Jarvis et Frank Stippler n’ont ramené qu’un seul petit point. Durant la Course Qualificative, c’est un mauvais choix de pneumatiques qui a mis à mal la marche en avant des R8 LMS ultra. Alors que toutes les équipes optaient pour les slicks au pit-stop, les R8 repartaient elles en pluie pour s’arrêter dans la foulée afin de mettre les slicks. Résultat 11ème et 12ème à l’arrivée. Vincent Vosse, Team Principal, revient sur cette incompréhension : « C’était une erreur et nous devons l’assumer en tant qu’équipe. Les pilotes et les membres de l’équipe ont pris ensemble la décision de conserver les pneus pluie lors du changement de pilote. Les pilotes n’ont peut-être pas été assez clairs pour nous dire à quel point la piste séchait rapidement… et l’équipe qui était sur le mur des stands a probablement été trop prudente. Nous allons analyser ce qui s’est passé et voir comment nous pouvons mieux communiquer par la radio dans de tels moments. Nous devons mieux nous comprendre lorsqu’une décision majeure doit être prise dans l’urgence. Mais, quoi qu’il en soit, nous gagnons et nous perdons ensemble… »
Le lendemain, l’équipe devait faire face à un nouveau casse-tête de pneumatiques avec une nouvelle météo changeante. Cette fois, le team WRT choisissait la bonne option en chaussant les slicks, si bien que les Audi pouvaient espérer un bon résultat. Malheureusement, Jarvis et Ortelli se touchaient, le Monégasque tentant de prendre l’avantage sur le Britannique en étant sur la partie sale de la piste. On a dû croire à une mauvaise blague belge dans le stand en voyant les R8 LMS ultra face à face au beau milieu de la piste. « Ce n’est jamais amusant d’avoir un incident de course entre les deux voitures de son team », expliquait Pierre Dieudonné, le Directeur Sportif. « Mais ce genre de chose peut arriver avec des pilotes de très haut niveau, qui restent avant tout de vrais compétiteurs. Personne de veut des conducteurs de taxis attendant les ordres ! »
Le team Exim Bank Team China n’en demandait pas tant pour rafler la mise, avec un tandem Parisy/Halliday qui s’est joué de toutes les embûches possibles. On rappellera que derrière cet engagement se cache le Mühlner Motorsport qui est loin d’être inconnu en GT et plus particulièrement en Porsche. L’équipage a réalisé deux courses parfaites avec une victoire dans la principale. On attendait pas l’équipe à un tel niveau aussi vite, tant le programme s’est monté tardivement. Pourtant Mike Parisy n’a pas eu la tâche facile en fin de course, avec un Mathias Lauda (BMW Z4) très encombrant. « C’est l’un des plus beaux jours de ma vie » nous confiait Mike à l’arrivée. « C’était une course incroyable. Il y a avait beaucoup de pression sur la fin et il a fallu être prudent pour ne pas commettre d’erreurs. Nous avions la bonne stratégie au niveau des pneumatiques et cela a payé. » Matt Halliday était tout aussi content : « Mettre la Porsche en P1 dans un championnat aussi relevé est vraiment très bien. Nous avons ménagé nos pneumatiques en nous arrêtant au bon moment et fait les bons choix. L’équipe est très jeune et ce résultat est un bon coup de boost. » Quant à Ren Wei il continue son apprentissage des courses endiablées du World GT1, avec à ses côtés Benjamin Lariche, auteur d’un bon relais le dimanche.
Le Vita4One Racing Team a été très combatif durant le week-end, avec un Yelmer Buurman toujours prêt à aller à la bagarre. Après un meeting de Nogaro où les BMW Z4 GT3 n’ont guère vu le jour, un rééquilibrage de la Balance de Performance a permis aux Z4 de retrouver les positions de tête. La paire Bartels/Buurman se relance au championnat avec 18 points marqués, ce qui n’est pas sans réjouir le patron-pilote : « Nous sommes dans la bonne direction après le mauvais meeting de Nogaro. Nous sommes de retour aux affaires dans le championnat même si nous avons encore beaucoup de travail avant la prochaine course. Nous allons nous concentrer à faire moins d’erreurs et améliorer le set-up de l’auto. La relation avec BMW est encore récente et après plusieurs années passées avec Maserati, il faut que nous apprenions à travailler ensemble. » Yelmer Buurman est en tout cas au rendez-vous, ce qui n’est pas encore le cas de l’autre équipage.
On attendait les Mercedes AMG SLS du All Inkl Münnich Motorsport, surtout après de bons essais libres. Seuls Thomas Jäger et Nicky Pastorelli s’en sont bien sortis en récoltant 18 points sur le week-end. L’autre SLS partagée par Winkelhock/Basseng n’a pas été épargnée par les problèmes, avec un seul point en Course Qualificative et deux dans la suivante. Nicky Pastorelli n’est pas pleinement satisfait : « Les choses se passaient plutôt bien mais j’ai commis une erreur avec des pneus froids sur une piste humide. J’ai touché la ligne blanche et je n’ai rien pu faire. Nous avons perdu quelques secondes et sans ce pépin la troisième place était possible. Nous avons marqué des points, ce qui est important. Cependant, on se doit d’être constant tout au long de l’année et c’est ce que nous mettons en place. Nous améliorons le tout étape par étape. »
Comme les Audi, les Ferrari ont bien cru à une mauvaise blague belge. Il aura fallu toute la pointe de vitesse d’un Toni Vilander pour sauver les meubles chez AF Corse. Le Finlandais a animé la course principale mais Filip Salaquarda s’est montré bien moins rapide. Sur ses terres, Enzo Ide n’a pu montrer tout son talent, avec un bris d’écrou de roue le samedi et une faute le lendemain comme il l’explique : « La piste était mouillée mais il ne pleuvait plus. Nous avons opté pour des pneus slicks. Ce choix était quelque peu un pari, et ça s’est mal passé. J’ai démarré sur la partie la plus humide de la piste, à gauche. J’ai ainsi perdu pas mal de places car mes slicks n’avaient aucune adhérence sur cette piste froide et mouillée. Au lieu de rester calme, j’ai voulu attaquer trop fort et je suis parti à la faute. Dans ce genre de conditions, il faut garder la tête froide. Et pour y parvenir, il faut de l’expérience. Une expérience que je n’ai pas encore. Après mon erreur, j’ai trouvé un bon rythme. Mais les secondes perdues ne se rattrapent jamais… En plus, mon équipier a aussi été mis dehors par un autre concurrent lors de son relais. Finalement, nous terminons quand même à la onzième place. Nous allons tirer les leçons de ce meeting et poursuivre nos efforts lors de la prochaine manche du Championnat du Monde en Espagne. »
La très bonne surprise du meeting belge nous est venue des McLaren MP4-12C/Hexis Racing. L’équipe championne du monde en titre n’est pas du genre à baisser les bras. Avec une voiture encore jeune, il ne faut pas attendre de miracles mais le duo Mako/Dusseldorp est à chaque fois rentré dans le quinté de tête. De bon augure pour la suite…Avant le départ, Stef Dusseldorp nous expliquait qu’il ne fallait pas oublier la McLaren et que du côté de chez McLaren GT et Hexis Racing, on a travaillé d’arrache pied. Philippe Dumas, Team Principal, se satisfait du résultat d’ensemble des MP4-12C : « Ce résultat quasi idéal est exactement celui que nous espérions et dont nous avions besoin. Pour nous comme pour McLaren GT, il représente un message ultra positif, celui de notre détermination commune. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une totale phase de développement. Nous avons bien amélioré la voiture en matière de set-up et d’adaptation aux pneus Pirelli. Notre principal problème à Zolder fut le grip dans les premiers tours d’un relais car les pneus ne montaient pas assez vite en température. Nous devons maintenant stabiliser nos acquis et continuer à fiabiliser la voiture avant de reprendre notre progression. »
Que retenir de la prestation des Aston Martin DBRS9 du Valmon Racing Team Russia si ce n’est que Maxime Martin a fait le show en piste, prouvant si besoin en était qu’il est bien l’un des meilleurs pilotes GT au monde. Comme à son habitude, Max a fait le job au volant de la grand-mère. Avec une confortable avance de 12 secondes au moment de laisser son baquet à Alexey Vasiliev, la victoire était en ligne de mire mais le Russe n’a pas la pointe de vitesse du Belge comme on a pu le voir. Dommage car une association Martin/Zuber aurait pu le faire. Comme à Nogaro, le Reiter Engineering a montré de belles choses en Course Qualificative mais n’a pu concrétiser dans la suivante. On passera sur la prestation de l’unique Ford GT encore très loin de pouvoir se mêler à la course en tête.
On a pu voir que les deux premiers départs ont été nettement moins mouvementés que ceux de l’année passée. La météo changeante a été l’arbitre du meeting de Zolder avec des stratégies de pneumatiques bien compliquées à trouver. Plusieurs équipes se sont emmêlées les pinceaux et les pilotes n’ont pas rechigné à aller au combat sur la piste. Il est vrai qu’avec des Enge, Mako, Kox, Buurman, Parisy, Winkelhock, Martin, Ortelli, Vilander et consorts, on peut s’attendre à de belles luttes. On a vu de très belles passes d’armes sur un tracé pourtant peu propice aux dépassements. Si chaque course doit se passer de la sorte, on signe de suite des deux mains. On en aurait presque oublié que l’on avait à faire à des GT3 et non plus des GT1… Rendez-vous à Navarra le mois prochain sur un circuit où il est aussi compliqué de dépasser. The show must go on drivers !
Laurent Mercier