Avec 55 GT3 sur la grille de départ du meeting Blancpain Endurance Series à Monza, on peut clairement dire que la saison 2012 a débuté sous les meilleurs auspices possibles, sachant qu’environ 80 GT3 sont attendues à Spa fin juillet pour les traditionnelles Total 24 Hours of Spa. Si la Balance de Performance semble encore quelque peu perfectible en World GT1, il serait malvenu de critiquer celle en place dans la série Blancpain avec cinq marques différentes dans le quinté de tête à l’issue des trois heures de course, toutes groupées en 40 secondes. Certes les conditions de piste n’ont pas aidé pour creuser les écarts et il conviendra d’attendre un meeting totalement sec pour se faire une idée plus précise de cette si controversée BOP. Dans les séries badgées Le Mans on a « l’équivalence » et chez SRO la « BOP ». Au final c’est en tout point la même chose sauf qu’en GT3 on étalonne une même motorisation essence.
Si au moment de partir on s’attendait à un embouteillage à la première chicane, il n’en a finalement rien été avec des pilotes très prudents après 40 minutes sous régime de sécurité compte tenu des conditions de piste. On ne devait compter qu’une poignée d’autos « Pro-Cup » mais elles étaient finalement 12, soit une de plus que l’an passé sur ce même tracé. Avec 159 pilotes sur un tracé aussi rapide que l’Autodromo di Monza, on pouvait craindre le pire mais tout s’est passé pour le mieux. Si sur les manches réunissant protos et GT, la cohabitation « Pro-Am » peut poser des problèmes, ce qui n’est pas le cas en GT3, du fait d’une catégorie unique et d’une différence de vitesse bien moindre. On a tout de même vu quelques trajectoires assez particulières en essais libres mais tout est rentré dans le rang au fil des sessions. Plusieurs pilotes professionnels nous ont confié à l’issue de la course, que malgré un trafic important sur une piste gorgée d’eau, tout le monde a été « safe ».
Réunir un plateau de 55 GT3 paraissait utopique par les temps qui courent mais les gentlemen ont apprécié le concept de rouler sur des circuits prestigieux sur des manches de trois heures, qui plus est sur des tracés européens. La présence de Valentino Rossi a apporté un peu plus de visibilité à la série malgré une météo défavorable, ce qui a pu rebuté quelques spectateurs. Il ne reste plus qu’à retrouver Lewis Hamilton dans une McLaren MP4-12C à Silverstone, Sébastien Loeb dans une Mercedes SLS AMG au Paul Ricard, Michael Schumacher dans une Mercedes SLS AMG au Nürburgring et Fernando Alonso au volant d’une Ferrari 458 Italia à Navarra.
La série Blancpain semble avoir trouvé sa vitesse de croisière pour le plus grand bonheur de la Manufacture horlogère suisse, et ce dès sa deuxième année. Les pilotes déjà présents dans les folles années FIA-GT y retrouvent la même convivialité.
En y cherchant bien on doit pouvoir trouver quelques points négatifs. Lors des 24 Heures de Spa, d’autres équipes vont arriver en force et marquer des points au championnat, ce qui risque de fausser la donne finale. N’oublions pas que la catégorie GT3 n’est pas le terrain de jeu des constructeurs mais bien des équipes privées. Le World GT1 se doit d’être pour les Usines. Les pilotes « Am » sont les plus représentés en Blancpain alors attention à ne pas les faire fuir. Tout est fait pour que tout le monde y trouve son compte.
Patrice Goueslard, pilote chez SOFREV-ASP et deuxième à Monza (Pro-Am Cup), fait partie des pilotes qui ont le plus d’expérience avec des débuts en GT à l’époque du BPR. Son avis est des plus intéressants : « Le renouveau du GT s’est fait grâce à Stéphane Ratel et je suis assez d’accord avec lui sur le fait qu’il devrait y avoir un championnat prototypes d’un côté et GT de l’autre, avec une réunion des deux sur quelques évènements comme Sebring, Le Mans et Spa. Les GT n’ont aucune visibilité lorsque les protos sont là, alors qu’en Blancpain Endurance Series tout est parfait, excepté Spa avec l’arrivée des constructeurs. Il suffit de prendre le cas de 2011 avec la présence du Dr Ullrich chez Audi. A Spa tu viens dans une course où tu sais que tu as peu de chance de gagner et en plus perdre des points au championnat. Les équipes faisant rouler que des pros ont leur place en World GT1. Sur les dix dernières années, Pescarolo n’a pas pu battre Audi, alors que les constructeurs viennent à Spa mais sans marquer de points. »
« La Blancpain Endurance Series est un réel succès » poursuit le Normand. « On a beau critiquer mais les faits sont là. On a connu la fin du vrai GT1 et on va bientôt connaître la fin du GT2. Voir les GT3 au Mans est indéniable si l’ACO ne veut pas se priver du plus beau plateau. Je pense aussi que les séries nationales comme le GT Tour sont promises à un bel avenir car en tant que pilote français mes partenaires souhaitent aussi me voir rouler en France. De toute façon il va y avoir un recentrage du sport automobile. »
Les pilotes arrivent de plus en plus tôt en GT du fait de filières bouchées en monoplace et les petits jeunes ont les dents longues si bien qu’on se sait plus trop dans quelles catégories il convient de mettre certains : Gold ? Silver ? La catégorisation de pilotes a atteint ses limites dans toutes les séries où elle est en place. Le but d’un pilote est d’avoir le plus beau palmarès possible et il est courant d’en voir se faire « dégrader » volontairement pour rouler avec untel ou untel.
Le prochain meeting se tiendra à Silverstone le même jour que la Journée Test des 24 Heures du Mans, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de logistique à plusieurs pilotes, tout comme ProSpeed Competition, engagé sur les deux tableaux. Il aurait été plus judicieux de déplacer la course le samedi, pourquoi pas en nocturne.
Ceux qui ne croyaient pas au GT3 en sont pour leurs frais, les autos n’ayant plus rien à voir avec une GT de route. On a critiqué, fustigé une catégorie qui n’était promise à aucun avenir selon les détracteurs. Alors si l’avenir était bon, il en serait quoi ? 250 autos ? Les pilotes « Am » prennent du plaisir en piste, l’un d’entre eux nous confiant à l’arrivée avec un large sourire : « Waouh, j’ai fait l’intérieur à Valentino Rossi et javais tout juste derrière moi Richard Westbrook. Le plaisir absolu ! » Tout est dit…
Laurent Mercier