En dépit d’une situation économique très fébrile, les plateaux des différents championnats sont tout de même garnis pour cette saison 2012, mais combien vont pouvoir faire le plein sur le long terme. Trop de championnats tueraient-ils les championnats ? Nous avons donné notre avis sur le sujet il y a peu. Les championnats faisant rouler des “Am” font le plein, excepté en European Le Mans Series, où pour le moment seulement deux autos sont inscrites. Pour le reste, les Gentlemen roulant en LMP2, GTE ou GT3 sont les sauveurs de l’Endurance actuelle. Nous préférons dire Gentlemen plutôt que Amateurs, le terme étant trop péjoratif à notre goût. Et d’ailleurs qu’est ce qu’un amateur ? On peut en donner plusieurs définitions…
A la vue des listes des engagés des différentes séries mixant protos et GTE, on peut se demander quel mauvais vent souffle sur la catégorie GT, principalement en GTE-Pro. Excepté en American Le Mans Series où il faut s’attendre une fois de plus à de belles batailles, les autres championnats sont quelque peu désertés par les GTE, alors que la catégorie LMP2 est en plein boom. Il est bien loin le temps où une bonne partie des P2 abdiquaient bien avant l’arrivée d’une course. Au fil des saisons, les autos sont devenues de plus en plus fiables, comme vont l’être d’ici peu les GT3 dans les courses d’Endurance. Pour faire un rapide tour d’horizon, le Championnat du Monde d’Endurance regroupera 9 LMP2, 5 GTE-Pro et 7 GTE-Am. Lors des 24 Heures du Mans, nous aurons pas moins de 18 LMP2, 9 GTE-Pro et 13 GTE-Am. Quant à l’European Le Mans Series, la liste donne pour le moment 13 LMP2, 5 GTE-Pro et 2 GTE-Am. Le total est de 40 LMP2 contre 41 GTE (Pro et Am). Ce sont bien les GTE-Pro qui trinquent, avec outre des pilotes professionnels à payer, un coût exorbitant à faire rouler. Aligner une GTE-Pro en WEC coûte au bas mot 2,5 millions d’euros, ce qui reste élevé par les temps qui courent. On se croirait revenu quelques années en arrière du temps des monstrueuses GT1. Les GT1 étant parties dans les musées et les GTE ne faisant plus recette, c’est du côté des LMP2 et des GT3 qu’il faut regarder les investissements des gentlemen qui rappelons-le font vivre l’Endurance. Sans eux, il serait compliqué de remplir les grilles.
Si en début de carrière, les LMP2 faisaient figure de parent pauvre de la catégorie prototype, il en est tout autre aujourd’hui avec des autos affûtées et de belles bagarres, même si la saison ILMC 2011 a été morne plaine. Neuf autos seront en piste cette saison en WEC, dans un Championnat du Monde où il aurait été de bon ton de décerner un vrai titre mondial de catégorie. Gageons que ce ne soit que partie remise pour 2013. Gulf Racing Middle East est passé du GTE au LMP2 et on sait que d’autres équipes y travaillent pour l’avenir. Lotus et Jota Sport ont eux fait la même opération, tout comme Pecom Racing avec le soutien de AF Corse. Avec un coût maîtrisé, la catégorie prototype attire et fait le plein, notamment au Mans, où les LMP2 seront plus nombreuses que les LMP1. De plus, l’European Le Mans Series leur permettra de se battre pour la victoire, ce qui a sans aucun doute fait réfléchir bon nombre d’équipes. Dans une conjoncture économique encore très fragile, un euro est un euro et tout est compté. La situation est un peu l’inverse aux Etats-Unis où les GT sont encore en masse et le plateau LMP2 rachitique. Certes le « cost capped » est en place avec 355 000 euros, mais attention à ne pas le faire exploser sous peine de faire fuir les gentlemen drivers sous d’autres cieux.
Une chose est sûre les équipes en place ont fière allure et les constructeurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour développer leurs autos, que ce soit ORECA, HPD, Zytek, Norma ou Lola. La lutte s’annonce intense durant la saison dans les deux championnats majeurs. Attention toutefois à la règle des équipages, car rappelons que cette catégorie était l’origine axée sur les gentlemen drivers, et on commence à voir arriver de plus en plus de pilotes professionnels. Un seul pro par équipage oui, mais lorsque l’on entend les rumeurs de certains trios, on commence à se poser des questions. L’idéal pour le sport reste un équipage à trois avec un professionnel, un jeune en devenir et un gentleman. Bien sûr il faut composer avec le côté financier. Plusieurs gentlemen nous ont confié vouloir se diriger plutôt du côté des GT3. Il était aussi prévu que les constructeurs ne s’engagent pas directement, mais la pratique est différente.
Il y a encore quelques années, tout le monde voyait la mort du GT1 et le GT2 devenir la catégorie reine du GT. Si le GT1 est (malheureusement) mort et enterré, on ne voit rien venir de nouveau en GTE. Porsche est toujours confronté à Ferrari et Corvette (sur le sol américain), BMW a abdiqué en ne prolongeant le bail qu’une année supplémentaire en ALMS, Aston Martin est encore dans l’expectative, Lotus n’a finalement guère mis les moyens, Spyker est parti, Jaguar n’est jamais vraiment venu, Lamborghini n’a pas réussi, Panoz encore moins et Ford n’a jamais mis un euro dans développement de la GT. Pourtant les projets n’ont pas manqué, mais comment se battre à armes égales contre les deux armadas que sont Porsche et Ferrari. Mis à part des dérogations réglementaires comme on a pu le voir avec BMW ou Lotus, il n’y a guère de solution. Certes les « bastons » en ALMS sont belles et empoignées, mais cela ne durera pas encore cinq saisons de cette manière. On parle de l’arrivée de constructeurs comme Audi avec une GT3 upgradée en GTE, mais pour le moment rien de concret n’est annoncé. Il suffirait de « peu » de choses pour passer les GT3 en GTE. Nissan veut revenir au Mans en GT et Audi ne dirait pas non.
L’autre solution serait d’ouvrir les vannes aux GT3, ce qui n’est pas possible tant que le plateau GTE est suffisamment conséquent. On sait que les pilotes prennent autant de plaisir au volant d’une GT3 que d’une GTE. Stéphane Ratel a une nouvelle fois montré la voie en lançant le concept il y a maintenant sept ans, et les marques ont répondu à l’appel, alors qu’on se souvient encore des critiques à l’encontre de cette catégorie. La réglementation est tout de même encore très floue, du fait d’une Balance de Performance équilibrant au mieux les autos. Pourtant les plus grandes marques s’en contentent et les carnets de commandes sont pleins. Même le Championnat du Monde GT fait dorénavant la part belle aux GT3, c’est dire si le concept de SRO fonctionne. N’oublions pas non plus la Blancpain Endurance Series se déroulera cette année à guichets fermés. Rouler sur les plus beaux circuits européens avec des GT3 est un programme qui ravit les équipes voulant rouler en Pro-Am Cup. La compétition s’annonce encore plus relevée que l’année passée. SRO étant le promoteur de bon nombre de championnats GT3, les clashs de dates sont exclus et cela permet aux équipes de mixer les championnats pour amortir les coûts. Cependant, vu que tout le monde veut en être, les prix ont tendance à grimper, un peu à l’instar du LMP2. Une chose est sûre, la catégorie Pro-Am fait le plein avec un bataillon fortement garni, au détriment de la Pro-Cup.
Le GTE-Pro se meurt petit à petit, le GT3 fonctionne à merveille et le GTE-Am se refait une santé. Avec une séparation en deux, l’ACO a souhaité mettre d’un côté les « Pro » et les « Am. On sait que les pilotes professionnels ont souvent tendance à pester contre les pilotes GT « Amateurs ». Certains n’ont d’amateurs que le nom, quand on voit que des Raymond Narac, Nicolas Armindo, Stéphane Lémeret ou Anthony Beltoise roulent en “Am”. Ils font de parfaits capitaines de route pour des gentlemen ou débutants. Il va donc falloir s’attendre à une cohabitation aux 24 Heures du Mans, avec des LMP1 qui vont souvent actionner les appels de feux pour se frayer un passage. Les briefings pilotes vont attirer l’attention de chacun et il va falloir être vigilant, car une épreuve comme Le Mans a toujours été le lieu d’une cohabitation entre « Pro » et « Am », et cela doit continuer de cette façon, c’est une obligation. Si l’on devait se contenter d’un plateau professionnel protos et GT, on aurait combien d’autos ? Une poignée sans aucun doute. Les temps sont durs et les gentlemen mettent beaucoup d’argent pour assouvir leur passion et rouler au Mans est pour certains l’aboutissement d’un rêve. Citons Manu Rodrigues qui nous confiait en 2009 réaliser un rêve de gosse. Résultat, en 2010 Manu était toujours là, en 2011 aussi et il sera là encore cette année. C’est la même chose avec Larbre Compétition qui a fait du GTE-Am son cheval de bataille, avec le succès que l’on connaît. On sait bien que Jack Leconte a les capacités de faire rouler des autos en GTE-Pro, mais les budgets ne sont plus les mêmes. Par chance, il reste des équipes comme Luxury Racing ou Flying Lizard Motorsports pour rouler en « Pro ».
Les GTC sont en place en ALMS, elles arrivent en European Le Mans Series et elle étaient en ILMC en Chine la saison passée. Quelle est la meilleure solution à moyen terme ? Faire cohabiter des GTE et des GTC ou faire de la catégorie GT3 LA catégorie GT de référence. On ne fera pas comme Patrick Bruel pour se donner rendez-vous dans dix ans Place des Grands Hommes, car il faudra trouver une solution bien plus tôt…
Laurent Mercier