Aston Martin DBRS9, Ford GT, Audi R8 LMS, Ferrari F458 Italia, Ligier. Cette année encore, Fred Mako a joué sur plusieurs fronts, avec à chaque fois la même pointe de vitesse. On l’a même vu en essais il y a quelques semaines au volant de la Peugeot 908, preuve d’une belle reconnaissance de son talent. C’est en Chine que le récent sudiste d’adoption a achevé sa belle saison, lors du dernier meeting Intercontinental Le Mans Cup où il pilotait une Ferrari F458/Luxury Racing (avec Stéphane Ortelli), avec à la clé un podium. C’est aussi en terre chinoise (Ordos) qu’il a remporté une manche du Championnat du Monde GT1, dans le baquet d’une Ford GT/Marc VDS Racing Team. Moins de réussite en Blancpain Endurance Series, sur l’Aston Martin DBRS9/HEXIS AMR # 4, malgré une bien belle performance aux 24 Heures de Spa. Il est donc temps de dresser le bilan de la saison bien remplie de Mako et de voir les opportunités d’avenir pour l’un des pilotes les plus doués du peloton.
Laurent Mercier : Tu as terminé la saison ILMC par un podium. Que retiens-tu du meeting de Zhuhai ?
Fred Mako : « J’ai été agréablement surpris par Zhuhai, qui est à l’inverse de ce que l’on a connu à Ordos. Le tracé est semblable à ce que l’on peut connaître en Europe. La cohabitation entre les GT et protos s’est très bien passée, sachant en plus que les conditions météos ont été plutôt favorables. Pour nous, le week-end a débuté par un souci de température de freins. L’équipe a résolu le problème, ce qui fait que le meeting a débuté assez tardivement. La qualification s’est plutôt bien déroulée, mais nous n’avons pas pu exploiter pleinement le potentiel de l’auto suite au manque d’essais. Depuis Imola, nous ne sommes pas loin de AF Corse et en Chine, nous avons fait jeu égal, tout comme avec les BMW. Nous sommes partis en course sur un rythme plutôt conservateur, un peu comme au Mans. Il était prévu de ne faire que trois arrêts au lieu de quatre, avec une cartographie moteur « dégradée ». Nous aurions peut-être dû avoir un rythme un peu plus agressif pour nous permettre de faire jeu égal avec les BMW M3. C’est tout de même très positif de clôturer la saison par un podium. »
Le team Luxury Racing est monté en puissance au long de la saison ?
« La progression s’est faite petit à petit et il est vrai qu’au début nous avons pris une petite claque. Toute l’équipe a très bien travaillé, sachant que tout est arrivé assez tard, aussi bien le programme que l’auto. Il a fallu que tout se mette en ordre et nous sommes parvenus à un bon niveau de performance en fin de saison. L’objectif était d’être capable de jouer parmi les voitures de tête et de se battre pour des podiums. On peut clairement dire que l’objectif a été atteint. Luxury Racing a découvert cette année l’Endurance avec un très gros niveau en GTE. C’est comme si tu disputais des manches de World GT1 sur une durée de six heures. On ne peut pas se permettre de perdre du temps et Luxury Racing a très bien figuré pour une première année. »
« Pour moi, la saison a été très positive. A Sebring, nous avons découvert le tracé et l’auto. Nous ne connaissions rien et dès la dernière séance d’essais libres, j’ai réalisé le meilleur chrono de la catégorie. Aux 24 Heures du Mans, nous abandonnons alors que nous étions en lice pour une place sur le podium. Toute l’équipe a progressé au fil des courses et à chaque problème rencontré, il y a eu une grosse remise en question de chacun. C’est aussi cela qui nous a permis de faire des bons résultats cette année. Il y a une réelle volonté de repartir ensemble en 2012. »
On sait que ta faculté d’adaptation est rapide, et ce peu importe la catégorie. Tu as découvert le pilotage d’un proto, et pas n’importe lequel, avec la Peugeot 908 ? Comment s’est passé ce test ?
« Ma priorité est toujours de me rapprocher d’un constructeur. Ce test avec la 908 m’a donné encore plus envie d’aller rouler en LMP1. Je sais que j’ai quelque peu une étiquette GT, mais cet essai s’est très bien déroulé. Je n’avais jamais roulé dans un prototype et encore moins dans une monoplace, contrairement aux autres pilotes présents, et pourtant je n’ai pas eu à rougir de mes chronos. Je sais que j’ai encore une grande marge de progression et ce test a été très positif. J’ai eu la chance de découvrir l’univers d’un constructeur, avec une bonne ambiance. Aussi bien Bruno Famin que Pascal Dimitri ont été très à l’écoute et il n’y a eu aucune concurrence entre les pilotes. Cette voiture est incroyable avec beaucoup d’aéro, plus d’inertie qu’une GT et un volume complètement différent de ce que je pouvais connaître. J’ai bien progressé au fil des tours, avec un niveau de performance correct pour un rookie. »
Venons-en au GT1. Sur le papier, la paire Mako/Martin semblait imbattable. Pourtant, vous n’avez remporté qu’une Course de Championnat. Ton bilan est plus mitigé ?
« Il a fallu du temps pour arriver à maturité. Nous avons remporté plusieurs manches qualificatives, mais une seule course principale. C’est un peu dommage, car le potentiel était bien là. Max’ avait sa place sur le podium final du championnat. Nous avons manqué trop d’occasions. C’est un très beau championnat où il faut se battre à chaque tour. J’espère bien y être à nouveau car aussi bien les équipes que les pilotes sont d’un très haut niveau. Il y avait moins d’autos cette année, mais le niveau y est toujours aussi relevé. Les courses sont toujours très disputées, et même un peu trop par moments. Le facteur chance au aussi une importance capitale, car même en partant en fond de grille, une place d’honneur est possible, ce qui n’était pas vraiment le cas en 2010. Je le répète, ce championnat est fantastique. »
Un mot sur le titre de Champion du Monde Equipes de HEXIS Racing ?
« Ce titre est amplement mérité. L’état d’esprit dans l’équipe est incroyable avec une telle cohésion. Philippe (Dumas) se bat chaque jour avec une énergie phénoménale. C’est un chef d’orchestre qui mène le team de main de maître. Tout le monde va dans le même sens et les résultats sont là pour le prouver. C’est sûr que c’est un petit regret de ne pas avoir pu faire la même chose l’an passé, car HEXIS est comme qui dirait mon équipe de cœur. Nous avons grandi ensemble et progressé ensemble. C’est une équipe dans laquelle je me sens bien et j’espère bien reprendre une collaboration avec eux à l’avenir. HEXIS Racing avait tout à découvrir et les résultats sont venus. Il n’y a que du positif dans cette équipe. »
Tu as tout de même roulé chez HEXIS en Blancpain Endurance Series. La saison a été un peu plus compliquée ?
« Il y a eu des moments compliqués, et des 24 Heures de Spa qui ont dépassé toutes nos espérances. Là encore, HEXIS a montré tout son savoir-faire. L’équipe a énormément travaillé pour rendre fiable les deux DBRS9. Malheureusement, la fin de course nous a donné un peu de fil à retordre. Pour le reste de la saison, nous n’avons pas réussi à exploiter l’auto, même si nous avons toujours été dans le match pour la gagne. Nous avons tout de même appris pas mal de choses. »
Tu as aussi fait une pige en GT Tour sur une Audi R8 LMS. C’était un one-shot ?
« Oui car Roland Berville cherchait une équipe pour que l’on roule ensemble. C’est une chance pour moi d’avoir roulé chez WRT. C’est une jeune équipe, mais qui n’a rien à envier aux meilleures. Vincent (Vosse), René (Verbist) et Yves (Weerts) font du très bon travail et ce one-shot a été très intéressant. »
Que va faire Fred Mako durant l’intersaison ?
« Déjà prendre un peu de repos après une saison bien remplie. Je vais rouler sous peu avec la Ligier JS53, qui sera sans aucun doute un très bon produit. Il faut aussi chercher les meilleures opportunités pour 2012. Je veux à tout prix concrétiser aux 24 Heures du Mans avec un podium de catégorie. Le WEC et le World GT m’intéressent et j’y regarde de près. »
Propos recueillis par Laurent Mercier
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