Il y a une dizaine d’années on avait juste à se mettre sous la dent les 24 Heures du Mans une fois par an. Pour le reste, un championnat FIA-GT qui commençait à prendre son essor et une série ELMS qui n’a jamais déplacé les foules, tout comme le SRWC d’ailleurs. En revanche, l’ALMS était promis à un bel avenir. Chaque championnat national faisait alors sa popote interne sans franchir ses frontières ou alors à de rares reprises. Internet n’en était qu’à ses balbutiements et il fallait attendre chaque semaine pour espérer lire quelques lignes dans un magazine voué à la Formule 1, excepté la semaine 25 où la classique mancelle trouvait tout de même grâce sur plusieurs pages. Depuis la donne a bien changé et on finit un peu par s’y perdre, devant l’abondance de séries. Il n’est pas rare que des pilotes ou des teams nous demandent notre avis pour connaître notre position de telle ou telle série. Loin de nous l’idée d’influencer un pilote ou une équipe. C’est juste une discussion en « off » comme on dirait en politique. Alors quel est l’état des lieux ? On a donc Intercontinental Le Mans Cup, Championnat du Monde GT1, American Le Mans Series, Le Mans Series, Grand-Am Championnat d’Europe GT3, Blancpain Endurance Series, VLN, VdeV, GT Tour, British GT, Belcar, ADAC GT Masters, International GT Open, Spanish GT, Italian GT, Super GT, Dutch GT4, Dutch Supercar Challenge, 24 Heures Series, Superstars Sprint, etc… On passera sur les séries brésiliennes, australiennes, arabes. Un vrai casse-tête chinois à y regarder de plus près…
Le Championnat du Monde d’Endurance, véritable fleuron de l’Endurance…
Avec une situation économique encore précaire, on se demande comment vont faire ces séries pour vivre, si ce n’est survivre pour certaines d’entre elles. On ne se prononcera pas sur le Championnat du Monde d’Endurance que tout le monde attendait impatiemment. Le nec plus ultra comme on dit… On ne peut que se réjouir d’un tel championnat, même s’il va maintenant falloir remplir les grilles de départ. On sait que Peugeot et Audi sont partants, mais c’est un peu tôt pour les autres. OAK Racing, Gulf AMR Middle East, United Autosports, Rebellion Racing, Signatech-Nissan, Level 5 Motorsports, AF Corse, Felbermayr-Proton devraient être de la fête, sans oublier quelques nouveaux arrivants. Cette saison, l’ILMC compte une bonne vingtaine d’autos, ce qui n’est pas bien grave puisque c’est aussi le cas en Formule 1, WTCC et World GT1. Sauf que dans le cas du World Endurance Championship, il y aura quatre catégories et non une seule. On ne sait toujours pas si les ORECA-FLM 09 seront autorisées à concourir. On devrait en savoir plus dans quelques jours à Silverstone lors d’une conférence de presse. Attention à ne pas exploser les coûts d’engagements dans une période économique en berne. Si les équipes pourraient en pâtir, il en serait de même pour les pilotes, dont la quasi totalité paie pour rouler. Un comble !! Il y a fort à parier que les baquets se négocient à prix d’or. On peut faire confiance à la Commission Endurance récemment créée pour plancher sur le sujet et contenter tout le monde.
Avec ce label World FIA, certaines mauvaises langues ont déjà relégué les Le Mans Series en Ligue 2. Personnellement nous ne serons pas aussi vindicatifs car selon nous la série a de beaux jours devant elle, avec des gentlemen drivers qui vont se « contenter » de rouler en Europe sur cinq ou six meetings, avec en prime une possibilité de s’imposer au scratch. Réduction des coûts, déplacements européens, un label Le Mans, voilà qui pourrait bien séduire pas mal d’équipes. Actuellement ce sont bien les gentlemen drivers qui font que les grilles sont garnies, ne l’oublions pas. Et gentleman driver ne veut pas forcément dire « pilote amateur ». On peut être gentleman et très bon derrière le volant. La séparation Le Mans Series/ACO était donc inévitable avec la création du Championnat du Monde. En 2012, chacun vivra de son côté et on y verra plus clair fin 2012 pour un premier bilan. Porsche arrivera en 2014, Toyota pourrait bien faire son retour à court terme, Mazda y pense, Jaguar regarde de plus près ce qui pourrait se faire. Bref, l’Endurance a le vent en poupe, qui plus est avec les nouvelles technologies. Ce qui est valable en proto l’est aussi en GT, mais la donne est bien plus compliquée comme nous allons le voir. Côté prototypes, c’est assez clair : vous voulez rouler en LMP1, direction le World Endurance Championship. Pour le LMP2, c’est WEC ou Le Mans Series. On ne connaît pas encore la position de l’ALMS quant à la réglementation 2012. Pour les GTE (GT2), c’est aussi assez limpide, avec le WEC, les Le Mans Series, l’ALMS ou l’International GT Open, pour ne parler que des séries majeures. Si tout le monde voyait dans le GT2 la catégorie d’avenir, force est de constater que, mis à part en ALMS, ce sont toujours Porsche et Ferrari se partagent la part du gâteau. BMW et Corvette jouent les trouble-fêtes dans la série américaine, mais pas vraiment en Europe. On passera sur les prestations peu convaincantes des Doran-Ford, Jaguar XKRS, Lotus Evora ou Panoz Abruzzi. On parle aussi d’un retour de Spyker. L’avenir passe plutôt par le GT3, avec des dizaines et des dizaines d’autos dans tous les pays du monde. C’est LA catégorie GT d’avenir, n’en déplaise aux détracteurs d’une catégorie qui ne repose sur aucun vrai règlement technique. Certes, mais tous les constructeurs se bousculent pour en faire partie. Stéphane Ratel a eu le mérite d’y croire dès le début, là où peu de monde allaient dans son sens.
Le GT3 l’avenir du GT…
Alors pourquoi cet engouement ? Début 2010, le World GT1 semblait alléchant, mais la série va finalement tourner court. Des changements de pilotes au gré des meetings, peu de médiatisation, pas de nouvelles GT1, manque de concurrents, une seule série où elles peuvent s’exprimer. Autant de choses qui ont obligé Stéphane Ratel à revoir sa copie pour 2012. Tout était réuni pour voir un vrai Championnat du Monde GT accueillant uniquement des GT3, mais il n’en sera finalement rien. L’an prochain, les GT1 vont rouler avec des GT2 et des GT3, les autos recevant des kits d’adaptation pour rouler dans une même catégorie. On croit savoir que la grille est en passe d’être bouclée, mais il faut maintenant voir ce que va donner la réglementation et sous quelle forme les constructeurs vont pouvoir apporter une aide. Wait and see ! On ne reviendra pas sur notre amour des GT1, car p***** qu’il est bon d’entendre un V12 Aston Martin. Ces GT font rêver et pourtant la mayonnaise ne prend pas, en partie à cause d’un coût d’exploitation horriblement élevé. Personne ne veut développer une nouvelle GT1, et d’ailleurs pour en faire quoi vu qu’elles ne peuvent rouler que dans une seule et unique série. Il est bien dommage que l’ACO ait interdit en catimini ces autos, plombant les ventes de Matech Concepts, Reiter Engineering ou même Nissan, qui a cru pouvoir revenir dans la Sarthe avec une GT pour s’imposer. On l’a déjà écrit, tant que les GTE garniront les grilles, on ne verra pas de GT3 dans les séries Le Mans, mais pour combien de temps… On préfère accepter des Porsche Cup ou des Ferrari Challenge en attendant. Logique car une GT3 va aussi vite qu’une GTE. Alors dans ce cas, il fallait organiser un Championnat du Monde GT3. Sûre que l’idée a germé dans la tête de Stéphane Ratel. Pourtant tout le monde est bien là : Porsche, Audi, Ferrari, Lamborghini, McLaren, Corvette, BMW, Mercedes, Nissan, Aston Martin, etc… La liste pourrait même s’allonger dans quelques mois. Là aussi, on va attendre un peu avant de se prononcer franchement…
En début d’année, on pensait que la Blancpain Endurance Series allait plomber le Championnat d’Europe GT3 et que tout le monde allait se battre sur des manches de trois heures. Il n’en est rien puisque les deux séries vivent chacune de leur côté avec des grilles bien remplies. C’est la même chose dans les divers championnats nationaux, les équipes étant obligées de multiplier les championnats pour rentabiliser l’achat des autos. C’est sûr qu’à 300 000 euros le bout, on est loin d’une voiture de route avec comme simple équipement un arceau. Quant à l’International GT Open, il permet encore aux GT2 de rouler, mais la série s’apparente tout de même à un Ferrari Challenge.
Filière Endurance, où es-tu ?
Avec autant de séries, il faut trouver des pilotes et ce n’est pas une mince affaire car les budgets flambent avec le coût des autos et des déplacements de plus en plus lointains. Qui peut se targuer d’être réellement payé à faire son métier ? Les pilotes d’Usine et encore pas tous. Pour le reste, on a de très bons pilotes qui restent sur le carreau, qui se retrouvent avec des programmes réduits ou à faire un « one shot ». Le talent c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Quand on voit les budgets demandés, on croit halluciner, surtout par les temps qui courent. Pas mal de pilotes ne sont pas employés à leur juste valeur. On ne citera pas de noms, mais on peut vous en remplir une pleine brouette. Ce qui est valable en monoplace l’est aussi en Endurance et en GT. Les temps sont durs pour tout le monde… On se demande encore pourquoi Peugeot se borne à tester d’anciens pilotes de Formule 1, au contraire de Audi qui a su prendre des pilotes Endurance. La filière Endurance lancée par ORECA avec la Formula Le Mans a fonctionné, avec un Nico Verdonck qui fait les beaux jours du GT et une paire Barlesi/Chalandon bien active en LMP2. Oui mais aucun d’eux n’a encore intégré un constructeur. Pourtant les jeunes pousses de talent ne manquent pas.
On ne peut que dire merci aux passionnés qui investissent de l’argent en sport automobile, notamment en prototype, tels Jacques Nicolet, Zak Brown, Alexandre Pesci ou Scott Tucker. On a trop tendance à oublier que c’est en partie grâce à eux que l’Endurance est ce qu’elle est actuellement. Alors attention à ne pas les faire fuir, car si les constructeurs peuvent être versatiles, les passionnés sont là sur le long terme, malgré des règlements changeants. Sans stabilité, on arrivera à rien. Pour arrêter de fâcher les équipes, il va falloir revoir les équivalences et autres BOP. L’ACO penche pour la première solution et SRO la seconde. Au final, c’est un peu bonnet/blanc et blanc/bonnet. Rien ne sera jamais parfait, mais de là à avoir 10 secondes d’écart… Selon nous Rebellion Racing a bien gagné les 24 Heures du Mans « Essence », même si ce n’est que fictif. En GT, la règle des 65 minutes mise en place pour les 24 Heures de Spa a longuement fait parler, mais allez demander à Vincent Vosse son avis sur le sujet. Nous avons eu une longue discussion (bien instructive) avec le Team Manager du Belgian Audi Club Team WRT à ce sujet, ainsi qu’avec Pierre Dieudonné. Comment contenter tout le monde ? Si vous avez la réponse… Il faut aussi penser que l’on est pas en F1 ou en football. Les primes sont inexistantes et on ne gagne pas d’argent à faire du sport automobile. Si c’était le cas, ça se saurait.
Laurent Mercier