Si l’édition 2011 des 24 Heures de Spa a été d’un point de vue sportif, plutôt passionnante à suivre, force est de constater que le double tour d’horloge ardennais a bien changé au cours des 25 dernières années. Ainsi en 1986, la classique spadoise était exclusivement réservée aux bolides faisant les beaux jours du championnat d’Europe des voitures de tourisme. Ces dernières étant réparties en 3 catégories : Division 1 (+ de 2.500cc), Division 2 (1.600 à 2.500cc) et Division 3 (- de 1.600cc).
A l’époque, il n’était guère question de Balance de Performance, quand bien même les reines de la discipline étaient pourvues de groupes propulseurs bien différents : 6 cylindres en ligne de 3.475cc pour les BMW 635 CSI, V8 de 3.532cc pour les Rover Vitesse, V8 de 4.980cc pour les Holden Commodore, 4 cylindres turbo de 2.141cc pour les Volvo 240 Turbo ou encore 4 cylindres turbo de 2.320cc pour les Ford Sierra XR4TI. Des caractéristiques loin d’être identiques qui n’empêchaient cependant pas toutes ces jolies Gr.A d’évoluer dans des chronos plus que similaires. Si bien qu’à l’issue des essais qualificatifs, le Top 5, composé de trois marques différentes (2 Rover, 2 Volvo et 1 BMW), était regroupé en moins d’une seconde !
De même il n’était pas question de répertorier, de manière subjective, les pilotes dans une quelconque catégorie (platinum, or, argent ou bronze) et ce en fonction de leur palmarès respectif. En effet quoi de plus normal que de permettre aux écuries de pouvoir composer les meilleurs équipages possibles plutôt que de leur « imposer » des pilotes certes richement dotés mais dont la présence se révèle au bout du compte bien peu…payante. Enfin, les concurrents n’étaient pas obligés de repasser par la pitlane toutes les 65 minutes. Libre à chacun de gérer au mieux sa consommation et que le meilleur l’emporte !
24 heures durant, Tom Walkinshaw, Win Percy, Eddy Joosen, Armin Hahne, Jeff Allam, Denny Hulme (Rover Vitesse), Johnny Cecotto, Mauro Baldi, Anders Olofsson, Thomas Lindström, Ulf Granberg, Didier Theys (Volvo 240 Turbo), Roberto Ravaglia, Gerhard Berger, Emmanuele Pirro, Dieter Quester, Thierry Tassin, Altfrid Heger, Jean-Michel Martin, Eric Van de poele, Thierry Boutsen, Hans Heyer, Enzo Calderari, René Metge, Fabien Giroix, Jean-Pierre Malcher, Claude Ballot-Léna (BMW 635 CSI), Steve Soper, Klaus Niedwiedz, Pierre Dieudonné, Manuel Reuter, Joachim Winkelhock, Harald Grohs (Ford Sierra XR4TI), Peter Brock, Allan Moffat et Allan Grice (Holden Commodore) , excusez du peu ( !), se sont battus comme des chiffonniers, gratifiant le public d’un spectacle de toute beauté.
Au petit matin, alors qu’elle semblait tenir le bon bout, la Rover Vitesse/Bastos de Walkinshaw-Percy-Joosen était trahie par sa transmission, laissant les BMW 635 CSI/Schnitzer en découdre pour la victoire. Ravaglia, Berger et Pirro géraient au mieux leur capital d’un tour d’avance lorsque, à 2 heures de l’épilogue, leur Coupé CSI était victime d’un bris de courroie d’alternateur. Tout profit pour leurs équipiers Dieter Quester, Altfrid Heger et Thierry Tassin, lesquels ne se faisaient pas prier pour tirer les marrons du feu et remporter l’une des plus belles éditions de l’histoire des 24 Heures.
L’engouement pour les courses de tourisme étaient tel que la FIA mettait sur pied en 1987 une compétition mondiale avant de revenir à la formule européenne en 1988 puis de saborder sans ménagement ce merveilleux championnat. Au grand dam des nombreux aficionados de la discipline ainsi que des organisateurs des 24 Heures de Spa. Après plusieurs années de vaches maigres, ces derniers se tournèrent résolument vers le GT à partir de 2001. Avec un succès mitigé…
C’est en cette même année 2001 que le circuit de Spa-Francorchamps entama une profonde mutation. Ainsi les tribunes situées aux abords du mythique Raidillon de l’Eau Rouge furent détruites afin de satisfaire aux desideratas des bonzes de la F1, lesquels imposèrent le remplacement des bacs à graviers existants par un imposant dégagement en asphalte. De fait le plus beau virage du monde perdit une bonne partie de son charme mais aussi et surtout le public se voyait privé de deux de ses points de chute privilégiés. En effet que d’heures, voire de nuits, passées dans ces tribunes par une multitude de passionnés non seulement lors des 24 Heures de Spa, des 1000 KM mais également lors des courses de moindre envergure.
Depuis lors aucune tribune n’a revu le jour. Pire, les grillages n’ont cessé de prendre de l’ampleur ! Cerise sur le gâteau, lors de la dernière édition en date du double tour d’horloge, l’extérieur du Raidillon fut interdit au public, cet endroit ô combien privilégié étant « squatté » par les prestigieux invités de Total et le Knokke Out cher à Fred Bouvy. En contrepartie, les spectateurs se sont vus « offrir » une tribune toute provisoire à l’extérieur du même Raidillon. Mal agencée, elle ne permettait guère, aux courageux ayant décidé de s’y aventurer, de jouir du spectacle d’autant que d’énormes banderoles…Total masquait la sortie de ce virage tellement mythique.
En 2004, la chicane de l’arrêt de bus, très appréciée des pilotes et théâtre de splendides passes d’arme, fut modifiée pour une soit-disant raison de sécurité. Un véritable fiasco ! Non seulement le nouveau tracé était absolument désastreux mais de plus bien plus dangereux que l’ancien ! Pierre Kaffer et Warren Hughes en firent notamment l’amère expérience lors des 1000 Km. Trois années plus tard, la construction des nouveaux stands F1 et du Pit Building entraînait une nouvelle refonte du tracé. La chicane était une fois de plus modifiée tandis que d’imposants dégagements étaient effectués au niveau de Blanchimont. Dans la foulée cette portion pour grands garçons, ayant grandement contribué à la renommée du circuit de Spa-Francorchamps, se voyait interdite aux spectateurs ! Une hérésie de plus ! Imaginez un peu les fans présents au Mans et au Nürburgring privés d’accès au virage du Tertre Rouge et à Pflanzgarten. Impensable !
Dans le même laps de temps, d’autres dégagements étaient réalisés à la sortie du virage de Bruxelles et le public déclaré persona non grata. Il se voyait ainsi privé d’une rare section où il lui était encore possible de prendre des photos sans avoir la vue entravée par des grillages aux dimensions démesurées.
Voici quelques semaines, les bacs à graviers, présents à cet endroit pour le moins technique, furent également asphaltés ! Tant et si bien que le tracé spadois, jadis si majestueux, prend de plus en plus l’allure d’un vulgaire champ d’aviation.
Par ailleurs la section des Combes, très prisée des suiveurs bien que bordée d’énormes grillages de sécurité, fût maculée, l’espace d’un week-end, d’immenses banderoles à l’effigie d’un pétrolier bien connu. A tel point qu’il était impossible aux spectateurs de profiter du show à moins de grimper sur un container ! Distribuer 64.000 tickets d’entrée c’est bien, permettre au public de suivre l’épreuve dans des conditions décentes c’est mieux !
Quant à la terrasse du Pit Building, laquelle propose une vue panoramique, elle fut réservée durant plus de deux ans à des VIP complètement désintéressés par le spectacle et qui n’hésitaient d’ailleurs pas à griller l’une ou l’autre cigarette au-dessus des stands alors que les 24 Heures battaient leur plein. Ce n’est que l’an dernier, avec l’arrivée de la Pit Brasserie que le commun des mortels pu enfin profiter de cette vue imprenable. Et ne parlons pas des sanitaires ! Indigne d’un circuit qui se veut le plus beau du monde ! Hors paddock, les spectateurs n’ont droit qu’à deux zones, vétustes et sales la plupart du temps, pour se soulager : une au niveau du shopping center et une autre à hauteur des Combes. Un peu chiche pour un tracé long de 7km !
A force de vouloir satisfaire Tonton Bernie et son grand cirque, les responsables du circuit ardennais sont non seulement en train de dénaturer un lieu culte mais aussi et surtout de dégoûter les plus fidèles des spectateurs. A force de tirer sur la corde, tôt ou tard elle finira par se casser et il sera, dès lors, trop tard pour pleurer. A titre comparatif, la Nordschleife a traversé les années sans changer d’un iota. Et personne ne s’en plaint ! Bien au contraire ! Le succès colossal du VLN et des 24 Heures du Ring qui attirent chaque année plus de 200 000 spectateurs, venus du monde entier, parle de lui-même. A méditer et au plus vite !
Fabrice Bergenhuizen