« Revenons une semaine en arrière à Sebring où j’étais engagé sur la OAK-Pescarolo du OAK Racing. Je vous avais laissé après les séances de tests. Les essais officiels se sont déroulés dans la continuité de ceux du lundi et du mardi. Le plus difficile pour nous a été de trouver la bonne voie au niveau du set-up, car nous ne savions pas comment allait réagir cette nouvelle auto. C’était donc un vrai travail de recherche pour nous tous. Le circuit est atypique, tout comme le set-up qui est plus compliqué à trouver que sur un tracé européen. A la fin des essais libres nous avions trouvé le bon axe de réglage et la voiture se comportait de mieux en mieux au fil des séances. »
« C’est Patrice qui a eu la tâche de faire la séance qualif’. Quant au départ, c’est à moi qu’a été donné a la responsabilité de celui-ci. Patrice a très bien roulé avec un temps honorable. Malheureusement deux passages par les stands nous ont empêché d’améliorer. Patrice n’a fait qu’un seul et unique tour chrono. Je pense qu’il aurait été difficile d’aller chercher Signatech-Nissan avec leur ORECA 03, mais le temps aurait pu être amélioré, si Patrice avait eu l’occasion de repasser sur la ligne de chronométrage pour un tour complet. C’était pour nous une bonne entame en vue de la course, car c’est avec un troisième chrono que nous avons terminé la séance, Patrice étant très satisfait du comportement de l’auto. »
« L’heure de la course a enfin sonné ! Je n’ai jamais vu une telle ambiance et autant de spectateurs qu’aux Etats-Unis. La procédure de mise en grille permet à tout le monde de venir sur la piste afin de voir les voitures de près, de même que les pilotes. C’est une bonne chose que l’on ne voit que là-bas. Le public se sent plus concerné par le sport automobile, car il n’est pas mis de côté. Le speaker annonce chaque étape au micro : « Drivers in your Car ! ». A ce moment-là, on s’habille et on se sangle dans l’auto. Dès que nous sommes harnachés, toute l’équipe se met en ligne devant la voiture pour l’hymne Américain. C’est un moment assez fort où l’on peut entrapercevoir des milliers de personnes avec la main droite sur le coeur, au moment où nous étions en pleine concentration. Il y a un vrai esprit de patriotisme. Puis un homme d’église est venu nous apporter sa bénédiction, demandant de protéger tous les pilotes, les mécaniques et mécaniciens. Assez inhabituel comme démarche pour un pilote européen ! Puis a retenti le fameux : « Gentlemen Start your Engine » ! Et nous voilà parti pour la course. A ce moment-là, plus rien ne peut plus nous perturber. »
« Après le premier relais et un changement de pilote, nous en avons profité pour nous arrêter ravitailler. Et là le coup du sort s’est abattu sur notre OAK-Pescarolo. Alors que j’étais dans un bon rythme qui m’a permis d’aller retrouver les deux LMP2 devant moi, le démarreur a cédé. Impossible de redémarrer l’auto. C’est alors que les mécaniciens se sont tous mis ensemble pour me pousser jusqu’à notre structure dans le paddock. Puis quelque chose de magnifique s’est produit, avec plusieurs spectateurs qui sont venus nous aider à pousser l’auto une fois l’auto hors de la voie des stands. Ils étaient enragés par ce qui nous arrivait ! Nous avons perdu 22 tours dans l’affaire à réparer l’auto, car le démarreur ne se sort pas comme ça. Il fallait démonter une partie de la structure arrière. C’est une panne excessivement rare. Puis une fois réparé, c’est avec la rage que j’ai repris le volant et tout fait pour aligner les meilleurs temps possibles, en me rapprochant des meilleurs de la catégorie. La preuve que le travail fait sur le set-up par l’ensemble du team était très positif. Aucun des pilotes n’a lâché quoi que ce soit, puis l’ensemble des concurrents de la catégorie a eu aussi son lot de pépins. Et le fait de n’avoir rien lâché du tout nous a permis de monter sur la troisième marche du podium. J’ai eu l’honneur de faire les deux derniers relais qui m’ont permis de couper la ligne d’arrivée en troisième position. Quelle Satisfaction !! La nouvelle OAK-Pescarolo LMP2 a été fiable, sans ce fichu souci de démarreur, qui n’a rien à avoir avec l’auto. La voiture a tourné comme une horloge tout au long des 12 heures de course. »
« Quel bonheur de voir l’ensemble du team ému et heureux sur le muret des stands à l’arrivée !! Nous savons à quel point l’équipe a durement travaillé. Accrocher un podium aux 12 Heures de Sebring a son palmarès aussi bien pour les pilotes que pour l’écurie est vraiment formidable. Cette course est magique. Et quand on me dit que les 24 Heures du Mans sont encore plus intenses, je n’ai qu’une hâte, c’est d’y être. Mais avant cela, nous allons faire du roulage avec l’auto pour continuer son développement. Avant la classique mancelle, nous avons la Journée Test du Mans, mais aussi les 6 Heures de Spa, qui reste un moment formidable pour tout pilote Belge. J’espère que cette course me sourira autant que celle qui vient de s’écouler. Merci à vous de m’avoir suivi pour ces 12 Heures de Sebring et je vous donne rendez-vous bientôt pour de nouvelles aventures. »
Sportivement,
Andrea
La première partie du carnet de route de Andrea est ici et la seconde là.