European Le Mans Series

Richard Hein : « Je ne peux dire que bravo et merci ! »

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OAK Racing va terminer sa campagne 2010 dans une semaine à Zhuhai, à l’occasion de la finale de l’Intercontinental Le Mans. Richard Hein, présent au sein de l’équipe nivernaise depuis le début, ne sera pas du voyage pour satisfaire à ses obligations professionnelles. Il a néanmoins accepté de revenir sur la saison écoulée, entre les Le Mans Series et les 24 Heures du Mans. Il évoque aussi l’avenir à travers ses souhaits et sa vision de l’ILMC, lui le spécialiste de l’Asie et du Japon en particulier.

 

Richard, est-ce que cette saison 2010 t’a comblé ?
« Oui, elle a été superbe. La première satisfaction, c’est OAK Racing. C’était ma troisième saison avec l’équipe, qui a su mettre les petits plats dans les grands. Je suis très fier d’y avoir participé en tant que pilote. Le travail fourni à une nouvelle fois été extraordinaire. C’est aujourd’hui l’un des meilleurs teams privés. Il m’a permis d’évoluer : après une première année de découverte qui n’avait pas été facile, la deuxième avait permis à Jacques (Nicolet) et moi de bien travailler et de progresser aux côtés des jeunes. Cette troisième campagne m’a offert encore plus de plaisir. Le fait d’être associé à un jeune, c’était à la fois motivant et très enrichissant. J’ai eu l’impression de vivre ce qu’avait vécu Miguel Amaral avec Olivier Pla en 2010 : se battre devant ! C’est quelque chose de fabuleux.

« Du point de vue des résultats, les deux Pescarolo ont eu des parcours plus ou moins identiques. Peut être qu’on termine avec Guillaume (Moreau) avec un peu plus de podiums. Nous sommes toutefois moins récompensés : le problème de boîte à Portimao, puis la direction assistée à Budapest, nous ont coûté des points importants. »

 

Contrairement à l’an dernier, tu n’es pas monté sur le podium des 24 Heures du Mans. Et tu termines au pied du podium en Le Mans Series. Une déception ?
« Il y a deux manières de voir les choses. D’un point de vue personnel, oui c’est une déception. Pour Le Mans, je suis victime d’un crash typique du Mans, inévitable. Je suis derrière deux Corvette, que je ne dépasse pas par prudence. Mais elle me masque une Ford, à l’envers et phares éteins. Je ne peux l’éviter. Heureusement, je peux rejoindre les stands et l’équipe fait une réparation formidable : 30 minutes pour tout réparer ! On termine à environ 25 minutes de RML, qui est sur le podium. D’un côté, on manque un peu de chance. De l’autre, je pense que RML aurait haussé son rythme… Mais je ne veux pas tomber dans l’excès : l’an dernier je suis sur le podium, cette année à la quatrième place avec Jacques et Jean-François (Yvon). C’est déjà très bien. Je ne vais pas exiger de finir à chaque fois dans les trois premiers (sourire). Le Mans, c’est une telle aventure, si magnifique. Et puis… OAK est monté sur le podium avec la voiture des jeunes ! »

 

Et en Le Mans Series ?
« Je connais Guillaume depuis un petit moment et, il y a quelques années, jamais je n’aurais imaginé pouvoir rouler avec lui ! C’est un peu « Monsieur Zébulon », mais c’est vraiment un gamin super, très doué. Il a été très rapide toute la saison, sans jamais commettre la moindre faute. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Nous avons attaqué au maximum, mais il nous a manqué un peu de réussite. La boîte à Portimao, la direction assistée à Budapest puis l’électrique et le réservoir à Silverstone. Tout cela mis bout à bout, ça nous coûte une place sur le podium. On aurait pu être mieux récompensés, mais il y a de jolis podiums. Et c’est une Pescarolo/OAK qui termine troisième, donc ça reste dans la famille ! Une famille qui reste sur trois podiums consécutifs au Mans, un succès au Michelin Green X Challenge, en ILMC avec un podium à Petit Le Mans… un déménagement programmé, la mise en place du bureau d’études et un développement en interne. Je ne peux dire que Bravo et Merci ! »

 

Tu évoques l’ILMC. Tu as suivi un peu Petit Le Mans ?
« Oui, j’ai suivi le parcours de l’équipe sur Internet, tour par tour du début à la fin. J’envoyais également un paquet de textos à François Sicard et Sébastien Philippe, qui soit dit en passant effectuent un travail discret mais excellent. Je pense que leur téléphone a dû chauffer ! C’était un peu dur de voir la famille à l’autre bout du monde, mais j’avais des engagements professionnels. Mes équipes ont besoin de toute mon attention. Le team a encore obtenu un superbe résultat, même si je dois dire que j’ai été choqué de voir qu’il n’y a pas de règles en ILMC… »

 

De quoi as-tu envie désormais ?
« Je suis un sentimental donc je vais donner un avis « au feeling ». L’ILMC et les Le Mans Series, je suis un peu perdu. A Zhuhai, il y a deux Audi et deux Peugeot, une seule LMP2, des GT2 et quelques GT3. Quelle dépense d’énergie et d’argent… Et pourtant, c’est le futur. Mais j’ai l’impression que les gens s’engagent sans vraiment s’engager. L’ILMC 2010 est mal récompensée. J’espère qu’il en sera autrement en 2011… Entre l’ILMC et les Le Mans Series, mon cœur balance. J’attends de voir. En tout cas, si je continue, c’est avec OAK. »

 

J’imagine que la nouvelle réglementation pèse dans ta décision ? Avec des LMP2 qui deviennent des LMP1, et des LMP2-2011 dont la performance va être dégradée…
« C’est clair. En fait j’aurais bien aimé voir une catégorie Pro-Am en LMP1. Les LMP2 vont être dégradées dans une optique louable de coût. Mais d’un autre côté, quand tu as goûté aux batailles avec les LMP2 actuelles, tu n’as pas envie de « redescendre » d’un cran. C’était déjà difficile de passer les GT2 cette année, alors l’an prochain… Si c’est pour ça, ça ne m’intéresse pas.

« Un jour, il faudra aussi peut être passer de l’autre côté de la barrière. Donc pourquoi pas monter un beau programme pour se faire plaisir, sans aucune pression, et avec les jeunes sur une voiture. Ça serait mon souhait. Je comprends aussi les jeunes qui vont faire du LMP1 pour se battre pour une place dans le Top Ten. Ce n’est pas franchement très motivant. Peut être que les Le Mans Series sont la solution. Mais je le répète, l’avenir passe par l’international… Tout cela est un peu flou. »

 

A propos de l’ILMC, tu connais bien l’Asie. L’an dernier, la manche japonaise avait été plutôt prometteuse, avec un certain nombre de concurrents nippons. Cette saison, le plateau est presque plus réduit, et les teams chinois ne sont pas si nombreux. Quelle est ta vision des choses ?
« Je pense qu’il faut être raisonnable. Ce que je veux dire, c’est que beaucoup ont critiqué l’Asian Le Mans Series 2010, mais personnellement j’ai trouvé cela plutôt bien. Les Japonais sont tellement serviables, et le meeting commun avec le WTCC a provoqué un bel engouement. Le Japon méritait qu’on y revienne. C’est un pays à la culture particulière, avec un système presque féodal et une gestion d’homme à homme, d’une manière pyramidale. Ils aiment la continuité. Il faut faire attention à cela. Le On-Off, c’est le pire. Ils ont une telle attirance pour Le Mans, qu’ils jugent certainement comme la plus belle des courses. Peut être même devant la F1. Mais pour la suite, je demande à voir… »

 

Propos recueillis par Anthony Megevand

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