« Bonjour à tous les lecteurs de Endurance-Info. J’ai tenu à écrire un mot au sujet de Hugh Hayden, qui nous a quittés samedi dernier. Avec Hugh, qui a créé Sebah Automotive, nous avons passé près de six saisons ensemble et nous avons gagné ensemble plusieurs titres et victoires. Mais ce n’était pas seulement un patron d’équipe pour moi et je voulais revenir sur ces bons moments que nous avons connu et la profonde amitié qui nous liait.
« Je me rappelle très bien de notre premier contact. C’était fin 2003. A l’époque, un des chef-mécanos du PK Racing avait mis Hugh en contact avec moi. Il cherchait un pilote professionnel pour les 1000km du Mans, l’épreuve qui a lancé les Le Mans Endurance Series. Nous nous sommes rapidement mis d’accord, puis il m’a demandé si je connaissais un pilote pro intéressé pour rouler avec Bart (son fils) et moi. Il voulait faire les choses bien. J’ai évidement appelé mon meilleur ami, Manu (Collard), et c’est d’ailleurs la dernière fois (pour le moment !) que nous avons roulé tous les deux ensemble. Hugh aura aussi permis ça… Très rapidement, Bart a dit qu’il nous laissait rouler tous les deux afin d’obtenir le meilleur résultat possible. Cela montre bien la philosophie de la famille.
« Nous n’avons pas gagné cette course (4e), mais Hugh était satisfait. A tel point qu’il a décidé de faire les Le Mans Endurance Series la saison suivante. J’ai manqué la première course, puis j’ai fait les trois autres épreuves avec des coéquipiers différents. Nous sommes montés à chaque fois sur le podium et Sebah Automotive a remporté le titre Teams.
« Hugh a poursuivi l’année suivante, avec l’idée de faire deux voitures neuves : une pour des gentlemen drivers (Pierre Ehret, Lars Erik Nielsen) et une pour des pros, Marc Lieb et moi. La situation a un peu évolué et finalement la première course s’est faite uniquement avec l’auto des gentlemen. Mais Hugh voulait faire les choses pour gagner et il a décidé de remettre la « Old Lady » en piste. Les gens ne s’imaginent pas ce que cela représente comme sacrifices. Il a permis à ce programme de se faire car il l’a financé, avec l’accord et le soutien de toute la famille Hayden, sur ses fonds personnels. C’était un superbe geste et nous avons gagné les quatre dernières manches, le titre Pilotes et à nouveau le titre Teams. Avec cette auto qui avait déjà quelques années dans les pattes, c’était une saison magnifique, un moment magique.
« Après une saison 2006 où nous avons seulement fait Le Mans, nous nous sommes retrouvés ensemble chez Felbermayr-Proton, avec les familles Felbermayr et Ried. C’était là aussi une belle année, avec plus de moyens que nous n’en avions jamais eu. Nous étions la voiture officielle Porsche, toujours avec Marc et moi au volant. Nous avons manqué le titre pour pas grand chose face à la Ferrari/Virgo. Cette saison avait été très relevée et nous avions été ultra-compétitifs. Je me souviens entre autres de la victoire à Valencia, la première de la 997 GT3-RSR sur une course internationale. A peu près au même moment, Hugh réfléchissait à engager une Porsche RS Spyder. C’est comme cela que Sebah a rencontré Alexandre Pesci et Speedy Racing. Vous connaissez la suite…
« Sebah est passé en prototype, une catégorie que j’ai retrouvé avec plaisir. Après un podium obtenu en Le Mans Series en 2008, nous avons connu une belle année 2009 ; une victoire en Le Mans Series, la place de Vice-Champion et un succès au Michelin Green X Challenge, ainsi que le podium aux 24 Heures du Mans. C’était la deuxième fois dans ma carrière sportive que je vivais un tel moment. Un grand moment de le vivre avec Hugh, Bart et tout Sebah. C’est aussi la deuxième fois qu’une famille m’accueillait comme cela, après la famille Deschaumes à l’époque du DAS Racing. Malheureusement, j’ai perdu ces deux personnes qui ont énormément compté dans ma carrière.
« Je n’arrive pas à croire que je ne verrai plus Hugh. J’imagine que je vais le voir bientôt. On devait s’appeler d’ici peu. Comme je l’ai dit, il a joué un rôle très important dans mon parcours. On a vécu tant de choses… C’était quelqu’un de sain, de juste. Une petite anecdote à ce sujet : il suffisait d’une poignée de mains pour se mettre d’accord, un contrat moral nous liait et c’était suffisant pour nous sous l’ère Sebah. Il a toujours été le premier à encourager ses hommes, à tout faire pour que nous évoluions dans de bonnes conditions. Hugh, c’est un peu comme un père et un grand frère à la fois. Quand ça allait, il le disait. Mais quand quelque chose n’allait pas, il avait aussi la franchise de le dire. C’était un vrai rapport humain. Il a toujours été sincère et honnête, avec un dialogue constructif. Il y avait une sorte de rapport paternel, mais on pouvait aussi faire la fête ensemble comme deux frères. Hugh était à l’image de son team : sérieux, sans se prendre au sérieux.
« Cette relation est si spéciale qu’il est difficile d’y mettre des mots. Il m’a en tout cas accueilli à bras ouverts, comme toute la famille Hayden. On oublie également trop souvent qu’il a été un grand chef d’entreprise avant de venir en sport auto, et qu’il y est venu uniquement par passion, pour le plaisir, mais avec l’objectif de gagner.
« C’est un moment triste, très triste. Nous avons partagé tellement de moments ensemble. Nous avons grandi ensemble. J’ai simplement du mal à réaliser. Toutes mes pensées vont vers la famille de Hugh, vers le team. Bart va continuer et il a les mêmes qualités que son père. J’espère donc que l’équipe connaîtra de nombreux succès en la mémoire de Hugh et que nos chemins se croiseront le plus souvent et le plus longtemps possible.
« Hugh, I’ll miss you… »
Xavier Pompidou