Le Mans

Henri Pescarolo : Pescarolo, ça continue…

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Une semaine après la vente aux enchères de Pescarolo Sport et la remise des clés de ses locaux par Jacques Nicolet et Joël Rivière, Henri Pescarolo nous a gentiment reçu au Technoparc pour faire un petit point du présent et du futur de Team Pescarolo.

 

Henri, quelles sont les impressions dominantes, huit jours après la vente aux enchères de Pescarolo Sport?

“Ecoute, en ce qui me concerne, on n’avait évidemment pas attendu la vente aux enchères pour essayer de relancer mon écurie, sachant que c’était quand même un moment important : c’était en même temps la conclusion inéluctable d’une année catastrophique, mais aussi, et c’est la chose la plus importante, que si quelqu’un a détruit la société Pescarolo Sport, l’équipe Pescarolo est au complet. C’était la grande force qui me restait, que l’une des meilleures équipes d’endurance au monde, qui l’a prouvé par ses résultats - trois podiums au Mans, dont deux deuxiièmes places, deux championnats Le Mans Series gagnés - était et est encore au complet, même si elle a été mise au chômage. Mais je savais que Claude Galopin et les meilleurs de l’atelier, pratiquement tout le monde, étaient en train d’attendre que je redémarre.

 

“Donc, quand je suis arrivé à cette vente aux enchères, je me suis dit : soit je vais me retrouver avec la meilleure équipe du monde et un atelier vide, soit je me vais me retrouver miraculeusement avec quelques restes dans cet atelier, parce que je ne savais pas ce qui allait se passer. J’avais d’abord décidé de ne pas venir, et puis j’ai dit à mon équipe “allez, on y va, on va assister au désastre et après on essaiera de repartir tous ensemble. Et là, merveilleuse surprise, Jacques Nicolet et Joël Rivière s’étaient associés pour ne pas laisser tout repartir n’importe où et surtout ne pas laisser tout ce qui avait été accumulé comme expérience, comme savoir-faire, les voitures, tout le matériel nécessaire à l’exploitation partir dans tous les coins de l’Europe. Donc, il s’étaient dit tous les deux, si les enchères ne flambent pas trop, on reprend tout ça et on le remet à Henri pour qu’il essaie de relancer son écurie. C’était un geste grandiose, qui, comme je l’ai dit la semaine dernière, me réconcilie un peu avec le genre humain, puisque après l’année que j’ai vécue, je dois dire que c’était tout à fait enthousiasmant de voir que des passionnés de sport automobile, comme Jacques et Joël, étaient encore capables de faire des gestes aussi extraordinaires.

 

“C’est un grand réconfort et ça me donne surtout beaucoup de crédibilité dans les pourparlers que j’avais entrepris bien avant la vente aux enchères pour relancer mon écurie et dans ceux que je suis en train d’entreprendre maintenant. Tout le monde sait que nous avons effacé le passif, ce qui est très important, puisque ça veut dire que des investisseurs ou des sponsors qui viennent chez Pescarolo Team n’ont pas à boucher les trous qui ont été creusés par quelqu’un que j’éviterai de citer, mais viendront pour construire l’avenir. Le passif est effacé, le passé ne l’est pas, puisque l’équipe est toujours là, avec l’expérience accumulée pendant dix ans et, le plus important, que le père de toutes les Pescarolo, celui qui a fait toutes les Pescarolo, Claude Galopin, est toujours à mes côtés. On repart encore ensemble, avec toujours la même détermination qu’avant.”

 

J’imagine que ta semaine a dû être très occupée, avec beaucoup de sollicitations de la part des medias ?

“En fait, depuis Le Mans et la déception de voir les Pescarolo contraintes au forfait, il y a eu un élan d’enthousiasme qui m’a fait chaud au coeur. Cela m’a permis de voir que pour tout ce que nous avions fait depuis dix ans, non seulement les sarthois – car nous sommes une écurie qui représente la Sarthe-, mais aussi les français en général et même des gens du monde entier -nous recevions des lettres, des mails, des fax, des texto incroyables- tout le monde assistait avec tristesse et fatalisme à la disparition de l’équipe Pescarolo Sport, et tout d’un coup, tout le monde découvre miraculeusement qu’on repart au combat. Donc, la semaine a été fabuleuse : ça avait déjà commencé pendant la vente puisque quelqu’un parmi les spectateurs a fait spontanément un chèque de 5000 euros en disant à Joël Rivière “voilà, c’est pour démarrer l’écurie.” Du coup, ça nous a donné l’idée de lancer une souscription pour nous aider, nous rendre service, car il se trouve que des gestes comme celui du donateur sont fabuleux et qu’il faut leur rendre hommage, en nous aidant à atteindre notre objectif qui est, comme toujours, le podium au Mans, en Le Mans Series et en Intercontinental Le Mans Cup si possible. Tout ce qui s’est passé dans la semaine depuis la vente aux enchères, c’est totalement extraordinaire.”

 

Même les medias étrangers ont largement commenté cette vente aux enchères et son issue…

“C’est vrai que j’ai eu une carrière internationale assez longue. L’endurance, les 24 Heures du Mans et les pilotes qui les ont gagnées plusieurs fois sont très populaires dans le monde entier. En plus, un pilote qui a gagné Le Mans plusieurs fois et qui y a participé 33 fois, qui crée une écurie avec l’objectif de gagner Le Mans, et qui y a presque réussi, car deux fois deuxième, ce n’est pas rien. C’est vrai que ça donne un retentissement mondial et que cette écurie, finalement, dans le monde entier, les gens s’y intéressent. C’est ce qui me donne encore plus de détermination pour y arriver, parce qu’il faut bien dire que tout n’est pas encore gagné. On a récupéré le matériel, on a l’outil de travail, maintenant il faut récupérer le budget de fonctionnement. Beaucoup de partenaires sont en train de nous rejoindre, et on est toujours à la recherche du budget qui nous permettra – et on s’y adaptera évidemment – d’avoir le programme que nous souhaitons. Dans le meilleur des cas, ce serait deux voitures partout sur tout le championnat, plus Le Mans si l’ACO accepte nos voitures, puisque c’est sur invitation, et dans le pire des cas, ce serait rien, ce qui voudrait dire qu’on n’est arrivé à rien ! Je ne veux même pas l’envisager. Une autre solution : au cas où ce serait nécessaire, le temps de remontrer à tout le monde que l’équipe est au complet et toujours aussi efficace, ce serait de se concentrer sur une seule voiture, deux très bons pilotes et une voiture au Mans essentiellement si l’ACO l’accepte bien entendu.”

 

Parmi les anciens partenaires, y en a-t-il qui vont repartir avec Team Pescarolo?

“Ceux qui se sont tout de suite engagés et qui étaient déjà à mes côtés, bien avant la vente aux enchères, ce sont ceux qui sont avec moi depuis le début : c’est MOTUL, La Sarthe. Playstation, on est très proche. Playstation fait partie des possibles, mais pas des certains encore puisque leur stratégie n’est pas encore définie pour l’année prochaine et on est en négociation avec beaucoup d’autres en ce moment.”

 

Sur quel budget faut-il tabler pour une saison complète?

“Depuis que j’ai créé mon écurie, ça n’a pas changé. Suivant les années ça varie, : par exemple quand j’ai fait le Grand Chelem en Le Mans Series, avec une seule voiture, ce que personne n’a réussi en Le Mans Series, puisque quand Peugeot l’a fait, il l’a fait avec deux voitures, mon budget a toujours été entre 2,5 et 4,5 millions d’euros. Le budget idéal, ce serait, pour une saison complète, avec les développements, les essais, les courses, autour de 4 à 4,5 millions.”

 

Qu’en est-il des moteurs?

“Rien n’est encore décidé. Il y a plusieurs techniques possibles. L’ACO a donné la possibilité aux moteurs actuels d’être utilisés pendant encore un an. Donc, les choix techniques qu’il y aura à faire, ce sera avant tout de faire évoluer la voiture du point de vue aérodynamique. Il y a beaucoup de choses nouvelles à adapter sur ces voitures. Il se trouve que la taille des roues avant change puisque aussi bien Michelin et Dunlop sont en train de définir des pneus plus grands. Donc ça veut dire un capot avant qui évolue, un refroidissement qui évolue : il faut faire de la recherche aérodynamique. Le capot arrière va évoluer aussi, et en fonction de tout ça, on a la possibilité de passer soit au moteur 3,4 litres qui est théoriquement le moteur LMP1 pour 2011, mais on a aussi la possibilité de courir encore un an avec le 5,5 litres. C’est un choix qu’on n’a pas encore fait, on va en discuter avec John Judd, avec l’ACO en ce qui concerne l’évolution du règlement technique. Tous ces choix vont être à faire à partir du moment où je commencerai à avoir une idée plus précise sur le budget dont je dispose.”

 

A priori, Judd semble être la piste privilégiée?

“Pour le moment oui, je n’ai pas de partenariat particulier avec un constructeur sur le plan moteur, puisque depuis vendredi certains sont en train de découvrir que j’existe encore alors qu’on m’avait enterré depuis longtemps. Je suis en train de sortir la tête de la tombe, il faut que je démontre qu’autour de moi j’ai toujours la même équipe, qu’il y a toujours le même potentiel, qu’on a la même légitimité à construire des voitures et à les faire évoluer et à essayer de les faire atteindre un podium dans les courses les plus importantes d’endurance, dans les 24 Heures du Mans. Il le faut, comme c’est le cas pour un pilote après un accident. Quand j’ai eu le mien, un accident très grave au Mans, il a fallu que je prouve après que j’étais le même et que j’étais toujours en état de conduire et de gagner : prouver qu’on est toujours la même équipe, alors qu’on vient de traverser une zone de turbulences. On a changé une partie du nom, puisque ce n’est plus Pescarolo Sport, mais Pescarolo Team.”

 

Pourquoi Pescarolo Team et non Team Pescarolo?

“Je trouve que c’est une manière d’accoler le nom d’un gros partenaire, comme “Pescarolo Team Pâtes La Lune”, par exemple  ! Alors que si on prend Team Pescarolo, c’est plus difficile pour un partenaire important. Ceci dit, il n’y aura peut-être pas un gros partenaire, ce sera peut-être beaucoup de petits partenaires, mais je préfère Pescarolo Team. C’est commode d’avoir le mot team à la fin, bien que ce ne soit pas un mot français, mais tout le monde sait ce que c’est.”

 

L’idéal, pour mettre une voiture sur la piste, ce serait quelle date?

“D’abord, il faut faire remarquer que tout le monde a été mis au chômage. Dans une des meilleurs équipes d’endurance au monde, tout le monde est au chômage. C’est quand même assez paradoxal. Ce qui est formidable, c’est qu’ils ont préféré attendre tous que je revienne plutôt que de partir dans d’autres équipes, c’est l’esprit de l’équipe Pescarolo, la famille Pescarolo qui reste unie. Ceux qui sont partis, ce sont ceux qui ont l’habitude de changer souvent d’écurie, mais ce n’est pas le noyau dur qui a fait toute l’histoire de Pescarolo. Donc, dans un premier temps, il faut que je réembauche tout le monde, parce qu’ils sont chômeurs. Il faut que je réunisse un petit budget pour réembaucher tout le monde d’ci à décembre-janvier. Maintenant, comme tu as vu, il faut tout rebrancher. Rien n’a été payé pendant un an, donc il faut remettre tout ça en marche. Heureusement l’outil de travail est au complet et après, si on veut être prêt pour la première course au Ricard et aux essais préliminaires avant, il ne faut pas qu’on tarde à redémarrer le travail. On s’en occupe, mais il faut faire rentrer un peu d’argent assez rapidement.”

 

On a parlé de contacts avec Audi. Qu’en a-t-il été exactement?

“Ce sont les paroles du Dr Ulrichaprès le podium du Mans qui ont laissé supposer qu’il pourrait se passer quelque chose avec Audi, donc moi je suis ouvert à tout. Audi, Peugeot, Pesca… même à un moment, on s’est dit,”s’il n’y a plus rien ici, pourquoi ne pas faire courir une Lola, une Oreca ou autre chose, parce que ce qui est important, c’est l’équipe d’exploitation. Malheureusement le propriétaire passé a eu hélas la stupidité de vendre la propriété intellectuelle de notre voiture, ce qui veut dire que actuellement, si je fais recourir ces voitures l’achat des pièces détachées, alors que c’est moi le constructeur, doit se faire chez OAK Racing, ce qui est complètement paradoxal. Mais ça a été fait par quelqu’un qui ne connaissait rien à la course automobile et qui avait prévu de toutes façons de sacrifier l’équipe. Il a tout bradé, y compris les bijoux de famille. Donc à un moment, je me suis dit que l’important, c’était l’équipe d’exploitation. Dans le cadre de ce qu’avait dit le Dr Ulrich, j’ai regardé effectivement ce qui se passait du côté d’Audi, également du côté de Peugeot, car il ne faut pas oublier que si on n’avait pas sacrifié l’équipe, c’était nous qui étions prioritaires pour avoir la Peugeot pour cette année. Comme il n’y avait plus du tout d’argent dans la société, on ne l’a pas eue. Je suis ouvert à tout. Ceci étant, il y a une manière plus rationnelle : comme j’ai maintenant les deux voitures à ma disposition dans l’atelier, je vais essayer de faire courir ces deux voitures.”

 

Côté pneumatiques, toujours Michelin?

“C’est ouvert aussi. Effectivement, je suis fidèle Michelin depuis le début, j’ai toujours eu des rapports privilégiés et très amicaux avec Michelin, donc je vais essayer de continuer. Mais je suis obligé de regarder un peu ce qui se passe actuellement. Les autres Pescarolo du OAK Racing ont été développées avec des pneus Dunlop, donc il faut que je regarde un peu ce qui se passe de ce côté-là, mais sentimentalement et techniquement parlant je crois que pour les 24 Heures du Mans, Michelin est le pneumatique le plus fiable et celui qui fait le plus de développement.”

 

Parlons un peu des pilotes…

“Il est peut-être un peu tôt pour en parler. Il faut déjà savoir combien on va avoir de voitures, quel budget on va avoir…”

 

Après la vente aux enchères, tu avais parlé de la possibilité d’un équipage avec deux pilotes très expérimentés, et un autre avec deux jeunes pilotes…

“C’est une possibilité, mais il y en a tellement d’autres que c’est un peu tôt pour en parler. Il est vrai que des pilotes qui ont conduit pour moi, j’ai envie de les revoir chez moi. Il y en a un pour qui ce n’est plus possible, c’est Jean-Christophe Boullion puisqu’il est sous contrat chez Rebellion. Il y a effectivement Emmanuel Collard qui figure parmi ceux qui auraient bien envie de revenir. Il est très content de pouvoir faire trois courses avec Corvette, mais ce qui ne l’intéresse pas beaucoup, c’est de n’en faire que trois, il voudrait faire une saison complète. Si je suis en état de faire la saison complète, ça l’intéresse, et il y a plein d’autres pilotes. Il ya bien sûr Christophe Tinseau, un fidèle de Pescarolo. Il y a aussi des jeunes sur qui je porte un regard attentif depuis que j’ai été responsable de la Filière Elf, j’ai essayé d’aider les jeunes pilotes, donc il y a une multitude de possibilités, rien n’est encore décidé. Je procède par ordre, savoir d’abord de quel budget je vais disposer, ensuite réembaucher mon équipe, regarder combien de voitures on peut faire rouler et après regarder quels pilotes on peut mettre dedans, sachant que tout cela, ça doit aller très vite puisque les grands pilotes, ils ne vont pas rester libres très longtemps.”

 

L’ILMC, c’est une possibilité?

“Tout est une question de budget. Il y a aussi des questions d’équivalence. L’ACO nous a promis qu’il y aurait maintenant des équivalences correctes entre les diesel et les essence. Ils ont promis, et ça figure dans le règlement, que s’il y avait plus de 2% d’écart, ils revoyaient les équivalences avant Le Mans. Donc, en fonction de ça, on saura déjà si on a des chances de se battre d’une manière compétitive parce que les usines ne feront pas les Le Mans Series, elles feront l’ILMC. Si pon a des chances de se battre d’une manière compétitive, au niveau de la puissance au moins, contre les moteurs diesel, j’essaierai d’y aller aussi, mais il y a beaucoup d’éléments que je ne maîtrise pas encore pour le moment. J’en ai parlé récemment avec Patrick Peter, personne ne sait exactement ce que sera le Championnat Le Mans Series, donc c’est dur de se décider pour le moment.”

 

OAK Racing et Pescarolo Team sont désormais voisins, peut-on imaginer une forme de synergie?

“On l’a déjà prouvé. Jacques Nicolet a bien précisé que ce n’était pas OAK Racing qui avait acheté les biens de Pescarolo Sport, mais lui-même en compagnie de Joël Rivière. Nous ne sommes pas loin les uns les autres. Il va forcément y avoir des évolutions aérodynamiques qui seront beaucoup plus en avance chez OAK Racing puisque actuellement ils sont en train de travailler en soufflerie alors que nous on est encore au chômage, donc il y aura des synergies communes, forcément.”

 

Henri, le mot de la fin, pour résumer un peu l’état d’esprit?

“Ce que je tiens à faire remarquer, c’est que nous sommes dans la continuité, si tu veux. Le mot renouveau n’est pas exactement adapté. L’équipe autour de moi est la même, c’est la continuation de 10 ans d’existence de l’écurie qui continue à vivre après un intermède sur lequel on tire un trait. Pescarolo, ça continue.”

 

Nous remercions Henri Pescarolo pour sa disponibilité et son accueil. Preuve de la continuité dont parlait Henri, Claude Galopin, le fidèle des fidèles, était déjà présent à ses côtés.

 

Propos recueillis par Claude Foubert

 

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