On savait que les 24 Heures du Mans 2016 allaient être disputées et personne n’a été déçu de cette 84ème édition qui restera dans les annales où 263 500 personnes ont fait le déplacement. Après les deux premières manches FIA WEC compliquées pour les favoris, on attendait des problèmes sur les LM P1 hybrides. Pourtant, ces LM P1 hybrides ont plus ou moins bien tenu. A ce petit jeu, c’est la Toyota TS050 HYBRID #5 de Sébastien Buemi, Anthony Davidson et Kazuki Nakajima qui tenait la victoire jusqu’à trois minutes du damier. Nakajima a brutalement perdu du temps pour finalement s’arrêter sur la ligne de départ avant de repartir à allure très réduite. Romain Dumas, Neel Jani et Marc Lieb n’en demandaient pas tant pour coiffer sur le poteau la Toyota. Finish incroyable !!!
On attendait plutôt la #6 de Stéphane Sarrazin, Mike Conway et Kamui Kobayashi vu que le trio a dominé une bonne partie de la course, mais c’était sans compter sur Sébastien Buemi qui a fait sonner la charge le dimanche matin pour venir piquer le leadership à la #6. Le bac de Kobayashi en fin de matinée n’a pas arrangé les choses puisqu’il a fallu contrôler que rien n’a été endommagé. Aucune des deux TS050 HYBRID n’a connu la moindre alerte jusqu’à ce que la #5 ne ralentisse subitement. On a changé les gommes, les pilotes et remis du carburant. Le Toyota Gazoo Racing tenait pourtant un succès tant mérité au Mans. Aucune des trois LM P1 sur le podium n’a pu se contenter d’assurer tant les écarts ont été faibles durant 24 heures mais le Toyota Gazoo Racing a de quoi être déçu, surtout après la très belle prestation donnée. La 2ème de Conway/Kobayashi/Sarrazin ne consolera pas l’équipe, surtout que Davidson/Nakajima/Buemi ne sont finalement pas classés. Il semble que le dernier tour de la #5 ait été trop long.
Vainqueur en 2015, Porsche garde le trophée même si la pompe à eau a eu raison de la #1 de Webber/Bernhard/Hartley avec un arrêt prolongé le samedi. Brendon Hartley a connu une alerte en piste avec une augmentation de température. Les champions du monde ont reçu le damier au 15ème rang à 39 tours. Tous les espoirs de Porsche ont vite reposé sur la #2 de Dumas/Jani/Lieb mais comme pour la #1 et les Audi, les LM P1 allemandes ont bouclé 13 tours entre deux ravitaillements contre 14 aux Toyota. Toyota a construit sa victoire sur la piste mais aussi sur la stratégie. Même en haussant le rythme, les Toyota ont bouclé ces 14 tours même si Porsche a réussi la même chose le dimanche en fin de matinée. Malchanceux en 2015 sur la saison FIA WEC, Neel Jani, Marc Lieb et Romain Dumas s’offrent Le Mans.
Pour la première fois depuis ses débuts en LM P1, soit depuis 1999, aucune Audi ne devait monter sur le podium à la régulière mais le non classement de la Toyota #5 place l’Audi R18 #8 de di Grassi/Duval/Jarvis sur la dernière marche du podium. Les Audi R18 n’ont pas pu contrer la concurrence sachant que la #7 de Tréluyer/Lotterer/Fässler a été retardée par la casse du turbo dès le samedi. Quelque chose qui n’était jamais arrivé auparavant confiait André Lotterer, quelque peu dépité. Il a fallu rentrer à plusieurs reprises la #7, notamment pour réparer les panneaux lumineux sur les flancs. Même mal pour la #8 avec en prime un souci de freins. C’est finalement Duval/di Grassi/Jarvis qui sont les meilleurs représentants du camp Audi avec la 3ème place à 12 tours. “On a eu des soucis avec des composants que l’on utilise chaque année et rien n’est lié à la nouvelle technologie de l’auto” a confié le Dr Ullrich. “Pour nous, c’est important de revenir et de prouver que l’on peut encore gagner.”
Berezina pour la classe LM P1 privée…
Copie blanche pour la catégorie LM P1 privée avec des ennuis à répétition pour les trois autos de la catégorie. Seule la Rebelion R-One #12 a vu le damier à une anecdotique 31ème place malgré un bon boulot des pilotes et du team. Matheo Tuscher a laissé la #13 sur le bord du circuit. Quant à la CLM, elle est partie en fumée.
Signatech-Alpine fait sonner la charge en LM P2…
Les châssis ORECA Technology ont assommé la concurrence en LM P2 (trois châssis dans le top 5) et la plus alerte a été l’Alpine A460/Signatech-Alpine de Nicolas Lapierre, Stéphane Richelmi et Gustavo Menezes. Le team de Philippe Sinault et Didier Calmels a fait parler l’expérience avec des pilotes au rendez-vous et une équipe technique rodée à la tâche. Nico Lapierre remporte son 2ème Le Mans de suite en LM P2 et confirme son statut de pilote de talent qui mériterait un baquet en LM P1. Stéphane Richelmi a montré une bien belle performance pour ses débuts au Mans et Gustavo Menezes a lui aussi rempli sa mission. Le trio de la #36 n’a guère pu gérer avec une ORECA 05/G-Drive Racing menaçante jusqu’au damier avec Roman Rusinov, Will Stevens et René Rast qui ont terminé à 2.40mn de l’équipage victorieux. Une crevaison pour la #26 a ralenti la progression de l’équipage. On savait la BR01 fiable et rapide, et l’écurie SMP Racing a une nouvelle fois fait ce qu’il fallait. Victor Shaytar, Vitaly Petrov et Kirill Ladygin ont la satisfaction de placer la LM P2 russe conçue par Paolo Catone sur la dernière marche du podium. Après le GTE-Am en 2015, SMP Racing renoue avec le podium mais en LM P2.
La Gibson 015S a montré qu’elle avait de beaux restes avec une belle 4ème place pour la #42 du Strakka Racing de Kane/Watts/Leventis à 6 tours de la tête. La seconde BR01 a pris la 7ème place derrière l’ORECA 05/Eurasia Motorsport et la Ligier JS P2/Greaves Motorsport. Pour ses débuts, le Panis-Barthez Compétition a rallié l’arrivée au 8ème rang avec en prime les prix de la communication et de la meilleure assistance, sans oublier le Prix Jean Rondeau pour Timothé Buret. Les Ligier JS P2 n’ont pas été en mesure de suivre le rythme endiablé des ORECA 05 même si on en retrouve six dans les douze premiers. Dommage pour le Pegasus Racing qui pouvait voir l’arrivée sans un souci moteur à l’entame de la dernière heure pour Inès Taittinger. Manor a fait la course en tête avant d’abandonner sur sortie de piste tout comme Thiriet by TDS Racing. Ryo Hirakawa reste l’une des révélations de cette édition 2016. KCMG a connu des pépins électriques et Baxi DC Racing Alpine n’a pas vu l’arrivée suite à une sortie de piste.
Une victoire pour Frédéric Sausset…
Il aura fallu attendre le Garage 56 2016 pour qu’une auto du stand expérimental voit le damier avec la Morgan LM P2/SRT41 by OAK Racing de Frédéric Sausset, Jean-Bernard Bouvet et Christophe Tinseau. Relais de jour et relais de nuit, le quadri amputé a enchaîné les tours à un bon rythme, faisant taire les sceptiques. A aucun moment l’homme du Garage 56 n’a été dangereux en piste et aucune sortie de piste à noter pour la #84 qui a rallié l’arrivée au 39ème rang avec son chef de file dans le baquet à l’arrivée. Une bien belle initiative qui a été saluée par la présence de Fred Sausset sur le podium à l’arrivée.
Ford signe son retour au Mans par une victoire…
On attendait un duel Ford/Ferrari en GTE-Pro 50 ans après le succès des GT40 et le duel a bien eu lieu même si il a été déséquilibré. Seule la Ferrari 488 GTE/Risi Competizione aura donné du fil à retordre aux GT américaines qui faisaient leurs débuts au Mans. Joey Hand, Dirk Müller et Sébastien Bourdais sont venus à bout de la concurrence à l’issue d’une course rondement menée par le trio de la #68 du Ford Chip Ganassi USA. La catégorie GTE-Pro aura finalement été une histoire américaine avec la 2ème place pour la Ferrari 488 GTE de Malucelli/Fisichella/Vilander jusqu’au moment où on a demandé à la #82 de marquer un stop & go pour un souci de diode lumineuse. L’écurie de Giuseppe Risi a bien fait de faire confiance à Matteo Malucelli pour la classique mancelle. Le podium est complété par la Ford GT #69 de Dixon/Briscoe/Westbrook. Une autre Ford GT a terminé au 4ème rang avec la #66 de Pla/Johnson/Mücke. Scott Dixon restera comme le plus rapide avec un nouveau record du tour pour une GTE-Pro au Mans en 3.51.514. La quatrième Ford a été handicapée dès le début de course par de soucis de boîte de vitesses, d’où une place finale au-delà de la 40ème place. Attention tout de même pour le Risi Competizione à qui on a demandé de s’arrêter dans les dernières minutes pour réparer ses diodes lumineuses.
Le reste de la classe GTE-Pro aura été sans saveur. Les Ferrari 488 GTE/AF Corse ont fait illusion le samedi mais aucune des deux n’a rallié l’arrivée suite à des problèmes mécaniques (surchauffe pour la #71). De gros points s’envolent pour le championnat FIA WEC. Que dire des Porsche 911 RSR et Corvette C7.R ? Rien du tout… Fred Mako et Patrick Pilet ont fait sonner la charge en début de course dans des conditions compliquées. Dès que la piste s’est asséchée, les 911 RSR ont vite disparu des positions de tête. La #91 de Pilet/Estre/Tandy a abandonné sur casse moteur (2ème année de suite pour l’infortuné Patrick Pilet) et la #92 sur un pépin de direction assistée. Huitième place pour la Porsche 911 RSR/Dempsey Proton qui roule en FIA WEC. Comme les Porsche, les Corvette C7.R n’ont à aucun moment pu jouer la gagne à la régulière avec une seule auto à l’arrivée au 7ème rang. En donnant tout ce qu’il pouvait, Tommy Milner a laissé la #64 à la Dunlop après un choc avec les pneus. Du côté Aston Martin Racing, on se contente des 5ème et 6ème places avec quelques petits pépins, mais là aussi pas moyen de jouer devant. Il semble tout de même que les gommes Dunlop aient donné satisfaction.
La BOP qui a fait couler beaucoup d’encre cette semaine avec une révision la veille de la course a fait des mécontents. Il faudra à coup sûr en tirer les conséquences pour avoir des écarts plus serrés à l’avenir.
Victoire Scuderia Corsa et Ferrari en GTE-Am…
La classe GTE-Am a vite tourné à une domination des Ferrari 458 GTE. Invitée par l’IMSA, la Scuderia Corsa, soutenue par le Kessel Racing, a fait une course sans la moindre fausse note. Jeff Segal, Twonsend Bell et Bill Sweedler n’ont pas tremblé pour rallier l’arrivée sur la plus haute marche du podium dès leur 2ème tentative. La menace est venue de la Porsche 911 RSR/Dempsey Proton de Long/Heinemeier-Hansson/Al Qubaisi qui comptait prendre la 2ème place mais c’était sans compter sur la Ferrari 458 GTE/AF Corse de Manu Collard, François Perrodo et Rui Aguas. Le trio de la #83 a déroulé sur 24 heures. Gentleman de l’année 2015 en FIA WEC, François Perrodo confirme son statut de gentleman de haut niveau. Quant à son compère Manu Collard, un podium fait plaisir à voir surtout que c’est lui qui est allé au charbon dans la dernière heure pour aller déloger la Porsche qui doit se contenter de la dernière marche du podium. L’Aston Martin Vantage GTE de Dalla Lana/Lauda/Lamy avait un bon coup à jouer mais une sortie a fait reculer la #98. Huitième place pour la Corvette C7.R/Larbre Compétition.
Le début des 24 Heures du Mans aura connu un moment inédit avec quasiment une heure sous régime de neutralisation après l’arrivée de la pluie à quelques minutes du départ. Cette édition 2016 aura été assez tranquille sur le plan des abandons avec près de 50 autos sous le damier.
Une chance sur un million que le GP de F1 Baku donne le même spectacle…




